Corruption : le gouverneur de la banque centrale slovaque s’accroche à son poste

Peter Kažimír a été condamné pour corruption et devra payer une amende, mais il refuse de démissionner de son poste de gouverneur à la Banque Nationale de Slovaquie, arguant que cela reviendrait à reconnaître sa culpabilité.

EURACTIV Slovaquie
Informal meeting of EU economy and finance ministers in Vienna
L’affaire remonte à 2016, lorsque Peter Kažimír était ministre des Finances sous le gouvernement du parti SMER-SD de Robert Fico. [EPA-EFE/FLORIAN WIESER]

Peter Kažimír a été condamné pour corruption et devra payer une amende de 200 000 euros, mais il refuse de démissionner de son poste de gouverneur à la Banque Nationale de Slovaquie, arguant que cela reviendrait à reconnaître sa culpabilité.

Peter Kažimír, qui siège également au Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE), a officiellement terminé dimanche 1er juin son mandat de six ans en tant que gouverneur de la Banque Nationale de Slovaquie. Il doit toutefois rester en fonction jusqu’à ce que le gouvernement slovaque nomme son successeur.

Le 29 mai, un tribunal pénal spécialisé l’a déclaré coupable et l’a condamné à une peine d’un an de prison s’il ne s’acquitait pas de l’amende de 200 000 euros.

Lundi 2 juin, il a déclaré qu’il n’avait pas l’intention de démissionner volontairement malgré le verdict, estimant qu’une telle décision serait interprétée comme un aveu de culpabilité.

« Je ferai bien sûr appel devant la Cour suprême et, si nécessaire, devant la Cour constitutionnelle ou la Cour de justice de l’UE », a-t-il commenté pour le portail d’information HNonline.

L’affaire remonte à 2016, lorsque Peter Kažimír était ministre des Finances sous le gouvernement du parti SMER-SD de Robert Fico. Les procureurs affirment qu’il aurait exercé des pressions sur le chef de l’administration fiscale de l’époque, František Imrecze, afin qu’il accorde la priorité au remboursement de la TVA pour certaines entreprises, pour un montant total de plus de 3 millions d’euros. Il aurait également remis à František Imrecze un pot-de-vin de 48 000 euros.

Il est à noter que le même juge l’avait déjà condamné en avril 2023, rendant son verdict sans audience. Peter Kažimír avait fait appel, ce qui avait donné lieu à un procès.

Dans la dernière affaire, Peter Kažimír  a également annoncé son intention de faire appel, ce qui lui permettra de rester à son poste à la banque centrale jusqu’à la fin de la procédure d’appel.

Le Premier ministre Robert Fico a condamné la décision, affirmant que des motifs politiques en sont à l’origine. Il a mis en doute l’impartialité du pouvoir judiciaire et a demandé une enquête sur les actions du juge.

La suite

Le verdict a suscité des appels à la démission de Peter Kažimír. Michal Šimečka, chef du parti d’opposition Slovaquie progressiste, a déclaré qu’il était « impensable » que l’homme reste à la tête d’une institution clé, avertissant que cela nuisait à la crédibilité de la Slovaquie et à la confiance des investisseurs.

Même le parti au pouvoir, SMER-SD, et son partenaire de coalition, le SNS, ne le soutiennent plus ouvertement pour un nouveau mandat.

Cependant, Peter Kažimír continue de bénéficier du soutien du HLAS-SD. Son chef, le ministre de l’Intérieur Matúš Šutaj Eštok, a déclaré qu’il lui accordait « toute sa confiance » et soutenait son « combat pour la justice ».

Peter Kažimír entretient également des liens de longue date avec le président slovaque Peter Pellegrini, ancien chef du HLAS qui continue d’exercer une influence sur le parti.

Ce n’est pas la seule controverse liée à Peter Kažimír. L’année dernière, le quotidien slovaque Denník N et le Centre d’investigation Jan Kuciak avaient rapporté que sa compagne avait acheté une villa de 1,5 million d’euros sur la Côte d’Azur par l’intermédiaire d’une société familiale, en utilisant des fonds acheminés via une société chypriote liée à un ami de Peter Kažimír.

Les enquêteurs ont ensuite découvert que les fonds provenaient d’une société liée à l’oligarque Jozef Brhel et n’avaient probablement jamais été remboursés. Ces transactions ont coïncidé avec le scandale de corruption « Mýtnik », qui impliquait des pots-de-vin et des contrats informatiques truqués au ministère slovaque des Finances.