Crise au Moyen-Orient : l’UE reste un « havre de paix » pour les exilés, selon la Commission
La Commission européenne refuse de spéculer sur le nombre de réfugiés qui pourraient arriver au sein de l'Union, en conséquence de la crise au Moyen-Orient, mais Bruxelles a clairement indiqué que l’Europe restait un « havre de paix » pour les personnes fuyant les conflits.
La Commission européenne refuse de spéculer sur le nombre de réfugiés qui pourraient arriver au sein de l’Union, en conséquence de la crise au Moyen-Orient, mais Bruxelles a clairement indiqué que l’Europe restait un « havre de paix » pour les personnes fuyant les conflits.
La crise au Moyen-Orient cause de sérieux maux de tête à l’Union européenne (UE), ses États membres s’efforçant en vain de trouver une position commune sur le sujet. Le continent pourrait cependant devoir gérer de nouvelles vagues d’exilés si le situation sécuritaire sur le terrain venait à s’aggraver.
La question migratoire est devenue un sujet central en Europe, à la suite des élections européennes de juin, alors que les formations d’extrême droite ont le vent en poupe.
Interrogé par Euractiv pour savoir si l’Europe était prête à faire face à d’éventuelles vagues d’exilés en provenance du Moyen-Orient, un porte-parole de la Commission européenne a répondu : « Nous ne spéculons pas sur des scénarios hypothétiques ».
« Plus généralement, l’UE reste un havre de paix pour les personnes contraintes de quitter leur foyer en raison de persécutions, de guerres, de conflits ou de catastrophes naturelles, conformément à la Convention de Genève », a-t-il ajouté.
Le fonctionnaire souligne également que les États de l’UE doivent garantir un accès efficace à l’asile à leurs points de passage frontaliers et statuer sur les demandes d’asile en se basant sur des évaluations individuelles.
Plus d’un million de personnes déjà déplacées
Au Liban, les Nations unies soulignent que plus d’un million de personnes ont déjà été déplacées, en raison principalement des frappes aériennes israéliennes. Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (BCAH), 90 % des personnes concernées ont fui au cours de la semaine écoulée, et les déplacés sont déjà plus nombreux que durant la guerre de 2006.
Le Liban est le pays du monde qui compte le plus grand nombre de réfugiés par habitant, et il accueille déjà plus de 1,5 million de ressortissants syriens et palestiniens.
« Nous sommes en contact étroit avec le gouvernement libanais sur tous les aspects de la crise. Cette question a également été abordée par les ministres des Affaires étrangères de l’UE lors de la réunion extraordinaire informelle qui s’est tenue lundi [30 septembre] soir », explique un porte-parole de la Commission européenne.
Selon les autorités libanaises et le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), plus de 100 000 personnes ont déjà franchi la frontière syrienne.
« Il y a des signes clairs que le nombre de personnes qui traversent la frontière pour retourner en Syrie augmente », a déclaré à Euractiv Helena Hahn, analyste politique au European Policy Center (EPC).
Inquiétudes quant aux réfugiés syriens au Liban
Selon Helena Hahn, il est encore trop tôt pour évaluer si une nouvelle crise migratoire se prépare pour l’UE. De nombreuses questions se posent en revanche déjà sur les conditions du retour dans leur pays d’origine des Syriens réfugiés au Liban.
Il est pour l’heure impossible de savoir dans quelles régions ces réfugiés reviennent, mais en l’absence de toute protection dans leur pays d’origine, ces retours pourraient entrainer de nouveaux déplacements vers la Jordanie ou la Turquie.
Selon certaines sources à Bruxelles, si les arrivées devaient se multiplier aux frontières de l’UE, les États membres ne devraient plus être tenus de relancer une nouvelle demande d’asile, si le demandeur a déjà reçu ce statut ou une protection suffisante dans un pays tiers.
Ce qui serait le cas de nombreux Syriens ayant obtenu la protection du Liban, mais qui se retrouvent maintenant à devoir également fuir ce pays. La collaboration de pays tiers comme la Turquie ne semble cependant pas garantie.
Les sanctions contre la Syrie
Euractiv a également été informé que Chypre — et supposément d’autres États membres — ont avancé l’idée d’assouplir les sanctions de l’UE contre la Syrie, afin d’aider ce pays à gérer les réfugiés qui reviennent sur place.
« Les discussions sur les sanctions sont confidentielles et restent au sein du Conseil […]. Il ne nous appartient pas de commenter de prétendues propositions émanant d’États membres », a commenté un porte-parole de la Commission.
Toutefois, le fonctionnaire a « rappelé » que les États de l’UE devaient prendre à l’unanimité toute décision concernant des sanctions contre un pays tiers. Et selon certains diplomates à Bruxelles, il est difficile à l’heure actuelle de dégager un consensus.
Le fonctionnaire européen a également déclaré que les sanctions de l’UE contre le régime de Bachar el-Assad comprennent des interdictions de voyager, le gel de certains avoirs, des sanctions sectorielles sur les armes et les technologies à double usage que le régime pourrait utiliser contre la population .
Le casse-têtes géopolitique de Chypre et de la Grèce
La Grèce est particulièrement préoccupée par l’escalade militaire au Moyen-Orient et a déjà pris des initiatives diplomatiques avec le Liban et l’Autorité palestinienne.
Le ministre grec des Affaires étrangères, Giorgos Gerapetritis, a rencontré son homologue libanais, Abdallah Bou Habib, et lui a promis de pousser pour que l’Europe prenne des mesures pour débloquer une aide médicale aux citoyens libanais blessés.
Le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis a aussi rencontré Mahmoud Abbas, le chef de l’Autorité palestinienne, en marge de l’Assemblée générale de l’ONU à New York.
Mardi 2 octobre, des sources gouvernementales grecques ont expliqué à Euractiv qu’Athènes était « très inquiète » de la situation au Moyen-Orient et a appelé à une « désescalade immédiate ». Les mêmes sources ont souligné qu’il y avait un risque que le conflit s’étende dans la région.
La Grèce se trouve dans une situation géopolitique complexe. Elle entretient des liens étroits avec Israël pour exercer une pression contre la Turquie, mais doit parallèlement éviter de nouvelles vagues de migrants en provenance du Moyen-Orient.
En juin dernier, l’ancien chef du Hezbollah, Sayyed Hassan Nasrallah — tué par une frappe israélienne la semaine dernière — avait menacé Chypre, déclarant que le Hezbollah pourrait frapper le pays s’il continuait de permettre à Israël d’utiliser ses aéroports et ses bases à des fins militaires.
Chypre a indiqué qu’elle n’avait jamais été impliquée dans la crise du Moyen-Orient et qu’elle ne prévoyait pas de l’être, tandis qu’Ankara a informé ses partenaires de l’UE que Nicosie est devenue un « centre d’opérations ».
[Édité par Anna Martino et Laurent Geslin]