Crise de la dette : l’Irlande peut-elle renégocier son prêt ?

Le nouveau premier ministre irlandais, Enda Kenny, négocie avec les dirigeants européens afin de revoir les termes du prêt accordé par l’UE en novembre. Quelles sont ses marges de manœuvre?

EURACTIV.fr
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Le nouveau premier ministre irlandais, Enda Kenny, négocie avec les dirigeants européens afin de revoir les termes du prêt accordé par l’UE en novembre. Quelles sont ses marges de manœuvre?

Le nouveau premier ministre irlandais, Enda Kenny, a entamé des négociations vendredi 4 mars, à Helsinki, lors de la réunion des chefs d’État et de gouvernement conservateurs de l’Union européenne.

Son parti, le Fine Gael, dans l’opposition depuis 14 ans, a remporté les élections législatives du 25 février avec 36% des voix. Conformément à ses promesses de campagne, le premier ministre irlandais compte renégocier le taux d’intérêt de 5,8% appliqué au prêt 85 milliards d’euros de l’Union européenne et du FMI. Ce taux est considéré  comme « punitif » par les Irlandais.

Avis partagés

Dans une interview accordée le 7 mars au quotidien économique allemand Handelsblatt, le commissaire européen chargé des affaires économiques et monétaires, Olli Rehn, a appelé à la renégociation des termes des prêts accordés à l’Irlande et à la Grèce. « Il y a un danger à ce que nous surchargions les deux pays avec des conditions de crédit bien trop strictes », a-t-il expliqué.

En marge de la réunion des dirigeants conservateurs de l’UE, le 4 mars, la chancelière allemande, Angela Merkel, avait, quant à elle, clairement fait comprendre qu’il y aurait des contreparties. « Il sera toujours question de recevoir et de donner. Cela n’a aucun sens d’aider un pays si aucune condition nouvelle n’est fixée sur d’autres points », a-t-elle précisé.

Dans l’ensemble, les dirigeants européens de droite se sont montrés plutôt ouverts à la demande de l’Irlande. « Aucune voix ne s’est élevée contre », a affirmé le président du PPE, Wilfried Martens, lors d’une conférence de presse. Néanmoins, la déclaration du premier ministre finlandais, Mari Kiviniemi, est plus tiède. « Nous devons parvenir à un accord raisonnable et général mais toute nouvelle demande de l’Irlande sera accueillie de manière mitigée », a-t-il affirmé.

Dans le cadre de la réunion des leaders socialistes européens, le président du Parti socialiste européen (PSE), Poul Nyrup Rasmussen, a enjoint les États membres de l’UE à se mettre d’accord sur une baisse des taux d’intérêts accordés à l’Irlande et à la Grèce. « Nous avons un message du PSE au conseil européen : il est temps pour vous de décider d’abaisser le taux d’intérêt pour la Grèce et l’Irlande », a-t-il déclaré à la presse le 4 mars dernier, à Athènes.

L’argumentaire irlandais

Face aux déclarations prudentes des dirigeants européens, l’Irlande devra donc présenter de solides arguments. Lesquels ?

D’après Jérôme Creel, économiste à l’OFCE, le prêt accordé par les États membres de l’UE permet à l’Irlande de ne pas subir des taux d’intérêt de 9% sur les marchés financiers. Néanmoins, les créanciers s’enrichissent sur le dos du pays  : « La France emprunte sur les marchés autour de 3%  tandis qu’elle prête à la Grèce où à l’Irlande autour de 5%, ce qui n’est pas tolérable », explique-t-il.

Par ailleurs, l’Irlande peut faire prévaloir les efforts déjà consentis dans le cadre de son plan d’austérité. Les économies prévues s’élèvent à 15 milliards d’euros, dont 10 milliards de coupes dans les dépenses et 5 milliards de hausses d’impôts. Parmi les mesures prises, le gouvernement précédent a décidé une baisse sensible du salaire minimum, des retraites et des prestations sociales.

La difficile reprise économique de l’Irlande constitue, elle aussi, un argument crédible. Selon les chiffres d’Eurostat, le produit intérieur brut a reculé de 7,6 % en 2009 et de 0,2% en 2010 . Le taux de chômage s’établit entre 13% et 14% depuis un an, soit le troisième taux le plus élevé de l’Union européenne après l’Espagne et la Slovaquie. Enfin, les déficits publics de l’Irlande ont dépassé les 30% du PIB en 2010.

Un cas de « jurisprudence »

Malgré ces chiffres, la baisse du taux d’intérêt de son prêt n’ira pas de soi  : « L’enjeu est de savoir dans quelle mesure cette demande pourrait faire ‘jurisprudence’ et s’appliquer à la Grèce ou à d’autres pays menacés par l’intervention du Fonds européen de stabilité financière (FESF), comme le Portugal », explique Jerôme Creel. D’où la tiédeur de certains dirigeants.

Afin de convaincre ses partenaires, l’Irlande devra mettre sur la table la question du taux d’imposition des entreprises. Aujourd’hui de 12,5%, il est actuellement le plus faible d’Europe.

Mais l’Irlande est-elle prête à taxer davantage ses entreprises ? L’économiste irlandais John Fitzgerald est formel : « Une telle mesure serait dommageable pour l’économie du pays. Le FMI semble l’avoir compris, mais pas l’Union européenne. »  Jusqu’en 2008, le faible taux d’imposition des entreprises a permis une croissance spectaculaire du « tigre celtique » en favorisant les investissements directs étrangers.

L’Allemagne, qui a le deuxième taux d’imposition sur les sociétés le plus faible d’Europe –15,8% en 2009– a tout intérêt à négocier ce point afin de renforcer sa place de « locomotive » de l’Europe. La première version du pacte de compétitivité franco-allemand proposait d’ailleurs de coordonner le taux d’intérêt de l’impôt sur les sociétés. En 2009, ce taux était de 27% en Italie et de plus de 30% en France.

CALENDRIER :

  • 11 mars : Réunion des dirigeants de la zone euro sur les objectifs de compétitivité
  • 24 et 25 mars : Sommet européen sur la gouvernance économique