Crise énergétique : l’heure est aux solutions à long terme
Après une année 2022 marquée par la raréfaction de l’approvisionnement en gaz et la flambée des prix de l’énergie, l’UE ne se limite plus aux mesures d’urgence, mais cherche des solutions à long terme à la crise énergétique et pose les bases de la transition écologique.
Après une année 2022 mouvementée marquée par la raréfaction de l’approvisionnement en gaz et la flambée des prix de l’énergie, l’UE ne se limite plus aux mesures d’urgence, mais cherche des solutions à long terme à la crise énergétique et pose les bases de la transition écologique.
L’année dernière, les États membres ont tenté de pallier les effets de la crise énergétique en utilisant les fonds publics pour protéger les ménages les plus vulnérables et soutenir l’industrie.
Aujourd’hui, l’UE cherche à adopter des mesures à plus long terme qui ouvriront la voie à un avenir fondé sur les énergies renouvelables et protégeront les consommateurs contre des factures excessives.
« Nous sommes dans une situation particulière où nous devons voir comment passer de ce type de mesures de crise à des mesures plus structurelles », a expliqué Eero Ailio, conseiller au département énergie de la Commission européenne.
Les mesures prises par l’UE en 2022 ont permis de passer un hiver sans encombre, avec une baisse de 20 % de la demande de gaz et une solidarité accrue entre les États membres.
Mais l’Union n’est pas encore sortie de l’auberge, a annoncé M. Ailio aux participants d’un évènement EURACTIV consacré à l’impact de la guerre en Ukraine sur la transition énergétique de l’Europe.
« Les prix ont à présent baissé par rapport au niveau du mois d’août, mais ils ne sont pas bas pour autant », a déclaré le fonctionnaire, ajoutant que l’incertitude sur les prix subsistera en 2023.
Cette année, plusieurs initiatives seront prises pour renforcer l’approvisionnement énergétique national de l’UE et réduire l’impact de la volatilité des prix. Il s’agit notamment de la réforme du marché européen de l’électricité, de l’achèvement des négociations sur les objectifs en matière d’énergies renouvelables et d’efficacité énergétique, ainsi que des projets d’écologisation de l’industrie.
Finalisation de la législation européenne sur le climat
Déjà avant la crise énergétique, l’UE travaillait sur un ensemble de lois visant à réduire les émissions de 55 % avant la fin de la décennie, à diminuer la demande énergétique et à éliminer progressivement les combustibles fossiles.
Fin 2022, la plupart des lois relatives aux émissions ont été adoptées et les décisions prises montrent que l’UE est « toujours sur la bonne voie » pour atteindre ses objectifs climatiques, selon Andreas Graf, associé principal du groupe de réflexion Agora Energiewende.
Cette année devrait être marquée par la finalisation de lois visant à promouvoir les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique. La législation sur l’amélioration de la performance énergétique des bâtiments et la décarbonation du gaz sera également mise en œuvre.
Ces mesures devraient permettre à l’Europe de remplacer le gaz, onéreux et émetteur de CO2, par des énergies renouvelables et de réduire sa consommation énergétique globale.
Parallèlement à la réduction de la consommation de gaz, l’UE devra éliminer progressivement le charbon pour atteindre ses objectifs de réduction des émissions.
Toutefois, compte tenu de la volatilité actuelle des prix de l’énergie et de la probabilité de nouveaux défis posés par la Russie, l’Europe devrait réévaluer la manière dont elle élimine progressivement le charbon, a déclaré Radan Kanev, un député bulgare qui siège à la commission de l’Environnement (ENVI) du Parlement européen.
« Nous devons nous attendre à une décennie de perturbations sur les marchés de l’énergie, ce qui signifie que le gaz n’est pas une solution efficace pour les niveaux de production de charbon que nous avons ici », a déclaré M. Kanev.
L’eurodéputé bulgare a appelé l’UE à mettre les centrales au charbon en réserve plutôt que de les fermer complètement, estimant que ce combustible fossile est un « élément indispensable de la sécurité énergétique ».
Mais M. Graf a rejeté l’idée que le charbon nous ait sauvés en 2022, citant un rapport du groupe de réflexion Ember qui montre qu’il n’a représenté qu’un sixième du déficit d’approvisionnement en électricité l’année dernière.
« Ce que nous avons vu dans le secteur de l’électricité, c’est que [la consommation de] charbon a augmenté par rapport à l’année précédente, c’est clair, mais [qu’elle] est encore bien en dessous des niveaux historiques », a-t-il déclaré. Il a également fait remarquer qu’une grande partie du charbon n’a pas été utilisée, mais a été placée dans des réserves stratégiques, contribuant à stabiliser les marchés.
Le rapport Ember prévoit que le rôle des combustibles fossiles dans la production d’électricité diminuera considérablement en 2023, à mesure que les énergies renouvelables seront déployées et que la production nucléaire et hydroélectrique reviendra à la normale.
Réforme du marché de l’électricité
L’essor des énergies renouvelables devrait être soutenu par une réforme du marché de l’électricité de l’UE, attendue au printemps.
Une mise à jour du marché européen de l’électricité a toujours été nécessaire pour permettre le développement des énergies renouvelables, a déclaré M. Graf lors de l’évènement.
« Ce qui a toujours été clair, c’est que nous devrions revoir la conception du marché à long terme en raison de notre décision de passer à un marché qui serait davantage dominé par des générateurs à faible coût, notamment l’éolien et le solaire », a-t-il expliqué.
Mais ce faisant, l’UE doit veiller à ne pas ébranler la confiance des investisseurs dans les énergies renouvelables.
Ouvrir le marché de l’électricité revient à ouvrir la boîte de Pandore, a déclaré Wanda Buk, de l’Association polonaise de l’électricité (PKEE). Lors de l’évènement organisé par EURACTIV, elle a mis en garde contre l’application permanente des mesures d’urgence introduites en 2022, comme le plafonnement des revenus pour la production d’électricité bon marché.
« Nous devons les maintenir en vigueur uniquement pour une période spécifique afin qu’elles répondent à une crise à court terme », a-t-elle déclaré.
Chaque État membre a pu librement décider du niveau du plafonnement des revenus, mais la mise en œuvre de cette loi en Pologne a fait l’objet de critiques, et la société d’énergie renouvelable EDPR a même intenté une action en justice.
Selon M. Ailio, la Commission privilégiera une approche modérée plutôt qu’une approche radicale dans sa proposition, qui devrait être présentée le 14 mars prochain.
Si 2022 a été l’année des mesures d’urgence pour faire face à la crise énergétique, 2023 marquera le début de la résolution du problème à la racine afin d’éviter qu’une crise similaire ne se reproduise. Reste à savoir si l’UE y parviendra.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]