Croissance mondiale : le FMI revoit ses prévisions à la baisse
Le Fonds monétaire international (FMI) a révisé à la baisse ses prévisions de croissance mondiale, avertissant que les droits de douane imposés par Donald Trump avaient fait entrer le monde dans une « nouvelle ère » de protectionnisme économique et d'incertitude.
Le Fonds monétaire international (FMI) a révisé à la baisse ses prévisions de croissance mondiale pour 2025, avertissant que les droits de douane imposés par le président américain Donald Trump avaient fait entrer le monde dans une « nouvelle ère » de protectionnisme économique et d’incertitude quant aux politiques futures.
La croissance mondiale devrait atteindre 2,8 % cette année, note le FMI dans ses nouvelles prévisions publiées mardi 22 avril. Un chiffre bien en deçà des 3,3 % prévus dans ses estimations de janvier.
Les tensions commerciales provoquées par les droits de douane récemment imposés par les États-Unis pèsent sur les perspectives de croissance mondiale. La révision à la baisse de ces prévisions s’explique en grande partie par le ralentissement prévu de l’économie américaine, avec une croissance estimée à 1,8 %, contre 2,7 % auparavant.
La Chine, visée par d’importantes surtaxes américaines pouvant atteindre 145 %, a également vu ses prévisions de croissance diminuer, passant de 4,6 % à 4 %.
En ce qui concerne la zone euro, les perspectives de croissance ont été réduites de 0,2 point de pourcentage, passant ainsi à 0,8 %.
L’Allemagne, dont les industries exportatrices sont particulièrement exposées aux tensions commerciales mondiales, devrait afficher une croissance nulle en 2025, alors que l’institution basée à Washington prévoyait une croissance de 0,3 % en janvier.
Le FMI a également revu à la baisse ses prévisions pour la France (qui passe de 0,8 % à 0,6 %) et l’Italie (de 0,2 % à 0,3 %), respectivement deuxième et troisième économies de la zone euro.
L’Espagne, quatrième économie de la zone, est l’un des rares pays à avoir vu ses prévisions révisées à la hausse, passant de 2,3 % à 2,5 %. L’institution a expliqué que cela était dû aux efforts de reconstruction attendus après les inondations qui ont touché le pays, ainsi qu’aux retombées d’une croissance « meilleure que prévu » l’année dernière.
Les récentes promesses des gouvernements de la zone euro d’augmenter les dépenses en matière d’infrastructure et de défense devraient en partie atténuer l’impact des droits de douane imposés par Donald Trump, a noté le FMI.
Toutefois, le Fonds a appelé les pays européens à augmenter leurs dépenses en matière d’infrastructure afin de stimuler la productivité en berne de la zone euro.
En outre, le FMI ajoute que la récente initiative de l’UE visant à augmenter les dépenses de défense devrait également être financée par des coupes budgétaires ou des hausses d’impôts plutôt que par l’endettement.
« Nous entrons dans une nouvelle ère, car le système économique mondial en place pendant les 80 dernières années est en train d’être réinitialisé », a commenté Pierre-Oliver Gourinchas, chef économiste du FMI, face aux journalistes à Washington.
L’économiste français a ajouté que les droits de douane imposés par Donald Trump et les « niveaux extrêmement élevés » d’incertitude quant aux politiques futures étaient les principaux facteurs à l’origine de cette révision à la baisse.
« Si elles persistent, l’intensification des tensions commerciales et l’incertitude ralentiront considérablement la croissance mondiale », a-t-il conclu.
Depuis son retour à la Maison-Blanche en janvier, Donald Trump a imposé des droits de douane de 25 % sur l’acier, l’aluminium et les voitures, ainsi qu’une taxe de base de 10 % sur toutes les importations américaines et des droits de douane sur les produits chinois. Il a également menacé à plusieurs reprises d’imposer des taxes sectorielles sur les produits pharmaceutiques, les semi-conducteurs et le bois.
Au début du mois, le président américain a suspendu pour 90 jours les surtaxes douanières « réciproques » imposées à ses partenaires commerciaux, y compris une taxe de 20 % sur les importations en provenance de l’UE, quelques heures seulement après leur entrée en vigueur.
Cette décision a conduit Bruxelles à annoncer une « pause » similaire concernant ses mesures de rétorsion visant 21 milliards d’euros de produits américains.
D’autres organismes anticipent une plus faible croissance mondiale
Nombre d’autres analystes ont eux aussi revu à la baisse leurs prévisions de croissance pour la zone euro cette année.
La Deutsche Bank, par exemple, annonce désormais 0,5 %, contre 0,8 % précédemment. Le Conference Board, un groupe de réflexion américain, a également revu à la baisse ses prévisions pour la zone euro, qui passent de 0,9 % à 0,8 %.
Parallèlement à cela, le FMI a révisé à la hausse ses prévisions d’inflation pour cette année de 0,3 point de pourcentage, à 4,5 %.
Cette augmentation provient principalement de la révision à la hausse des prévisions d’inflation aux États-Unis, qui passent de 2 % à 3 %. L’institution a cependant laissé inchangées ses prévisions d’inflation pour la zone euro, à 2,1 %, soit un niveau légèrement supérieur à l’objectif de 2 % fixé par la Banque centrale européenne (BCE).
[Édité par Anne-Sophie Gayet]