Déficit : le délai accordé à Paris irrite la droite allemande
La souplesse accordée par Bruxelles provoque de très vives réactions dans les rangs du parti libéral et de la CDU. Certains de leurs membres condamnent l'inertie présumée du gouvernement français en matière de réformes.
La souplesse accordée par Bruxelles provoque de très vives réactions dans les rangs du parti libéral et de la CDU. Certains de leurs membres condamnent l’inertie présumée du gouvernement français en matière de réformes.
Vendredi 3 mai, le Commissaire européen Olli Rehn aux Affaires économiques a jugé « raisonnable de prolonger de deux ans » le calendrier de résorption des déficits donné à la France. Le pays a donc jusqu’à fin 2015 pour ramener son déficit sous la barre des 3% du PIB.
Pour le gouvernement, Bruxelles finit par accréditer la thèse française sur la croissance « au premier rang de nos priorités », rappelle François Hollande. En déplacement dans le Doubs le 3 mai, le Président a cependant promis de ne pas abuser des dérogations données par la Commission.
Paris n’a « même pas commencé à entreprendre des réformes »
Ce délai supplémentaire est tout à fait possible, estime Wolfgang Schauble. Le pacte « permet une certaine flexibilité », convient le ministre des Finances allemand dans une interview au Monde, rappelant néanmoins « que des exigences claires » de « réformes accompagnent » ces nouveaux délais.La France toujours le canard boiteux de l’Europe ?
Le sursis de la France a été une nouvelle occasion pour les libéraux allemands (FDP) de remettre en cause ses choix dans la politique économique et budgétaire. Pour les libéraux, très attachés à la sobriété budgétaire, la Commission fait preuve de laxisme envers les choix économiques de Paris.
« On voit maintenant où mène la mauvaise politique de la France. Un plus grand chômage, des impôts au plus haut, de faibles investissements et pas de croissance », a violemment critiqué Patrick Döring, le secrétaire général du parti.
Les parlementaires du parti d’Angela Merkel, la CDU, sont aussi très réservés sur ce nouveau délai. Spécialiste des questions européennes chez les conservateurs Michael Stübgen, estime dans le magazine Focus que Paris n’a « même pas commencé à entreprendre des réformes ». « Dans ce contexte, une extension (du délai) donne seulement un signal : « continuez comme ça » a aussi déclaré M. Stuebgen.
Les ministres de l’économie et des finances, M. Schäuble et Pierre Moscovici se rencontreront mardi 7 mai dans le cadre des 50 ans de l’amitié franco-allemandes à Berlin lors du Conseil économique et financier franco-allemand.