Des normes d'efficacité exigeantes réduiraient les coûts pour les automobilistes
Des objectifs ambitieux en matière d'économie du carburant, comme ceux proposés par l'UE, pourraient considérablement réduire les dépenses des automobilistes, selon une étude réalisée pour Greenpeace par l'ancien directeur de l'Agence britannique pour l'environnement, Malcolm Fergusson.
Des objectifs ambitieux en matière d'économie du carburant, comme ceux proposés par l'UE, pourraient considérablement réduire les dépenses des automobilistes, selon une étude réalisée pour Greenpeace par l'ancien directeur de l'Agence britannique pour l'environnement, Malcolm Fergusson.
Selon cette étude, les coûts annuels du carburant pour les automobilistes, qui oscillent aujourd'hui entre 1235 euros au Luxembourg et 2 143 euros en Suède, pourraient chuter si des objectifs plus stricts étaient mis en oeuvre en matière de CO2.
Si l'objectif européen de 95 grammes de CO2 émis par km (g/km) pour les nouveaux véhicules est confirmé en juillet prochain, les coûts moyens du carburant par automobiliste pourraient être de 962 à 1 665 euros par an d'ici 2020. Dans leurs estimations, les auteurs du rapport tiennent également compte de l’objectif de 147 g/km pour les camionnettes.
Si l'objectif pour les voitures était ramené à 60 g/km à l'horizon 2025, les coûts du carburant continueraient de chuter pour atteindre entre 494 et 863 euros par an en 2030, peut-on lire dans cette étude.
« Nous tirons de ces chiffres un enseignement clair », a déclaré Franziska Achterberg de Greenpeace. « Une loi affaiblie ne ferait qu'augmenter de plusieurs centaines d'euros la note des conducteurs, alors qu'une loi forte les protégerait d'une augmentation fulgurante des prix. »
Les prix de l'essence atteignent aujourd'hui des niveaux record partout en Europe. Au Royaume-Uni, la situation est difficile. Le litre d'essence coûte actuellement 1,71 euro et l'organisation d'automobilistes AA prévoit une nouvelle hausse de 3 centimes avant l'été.
Dans ses recherches, M. Fergusson, qui a déjà fourni à l'UE une analyse sur la réduction des émissions de CO2 et les véhicules particuliers, distingue cinq scénarios réglementaires pour le Royaume-Uni (et d'autres États membres). Ces options vont d'un plafond législatif après 2015 à un objectif de 60 g/km d'ici 2025.
Les chiffres passés au crible
Les chiffres fournis par M. Fergusson pour un automobiliste britannique ordinaire sont les suivants :
- d'ici 2015, l'automobiliste devrait économiser 208 euros par an ;
- avec un objectif de 95 g/km pour 2020, ce chiffre grimperait à 475 euros en 2020 et 848 euros en 2030 ;
- avec un objectif de 70 g/km pour 2025, l'automobiliste économiserait 1 134 euros par an d'ici 2030 ;
- avec un objectif de 80 g/km pour 2020 et de 70g/km pour 2025, les économies obtenues seraient de 523 euros en 2020 et de 1 182 en 2030 ;
- plus ambitieux encore, un objectif de 80 g/km pour 2020 couplé à un objectif de 60 g/km pour 2025 pourrait permettre d'économiser 1 255 euros par an d'ici 2030.
Pour les nouveaux véhicules, les économies pourraient osciller entre 722 euros par an avec l'objectif de 95 g/km en 2020 et 1 512 euros par an en suivant l'objectif de 80 g/km en 2020 et 60 g/km en 2025.
En prenant en compte l'effet de rebond lié à la dépense de cet argent économisé, les estimations sont plus modestes, allant de 578 euros avec l'objectif de 95 g/km en 2020 à 1 210 euros avec le schéma 80g/60g en 2030.
En cas de prix élevé du pétrole, comme le prévoit le rapport de 2009 de l'Agence internationale de l'énergie « World Energy Outlook », ces chiffrent passent de 816 euros par an avec l'objectif de 95 g/km en 2020 à 1 928 euros par an avec l'option 80g/60g.
Le transport routier est actuellement responsable de 22 % des émissions de dioxyde de carbone au Royaume-Uni. Environ 85 % de ces émissions sont liées à la consommation de carburant et aux opérations d'entretien.
Défis à relever
Dans l'industrie automobile, certains remettent en cause l'idée que des réglementations strictes puissent réduire les coûts pour les automobilistes et affirment qu'elles ne feraient qu'augmenter les prix des voitures à l'achat.
Dans le cadre des consultations publiques de l'UE, certaines organisations d'ordinaire prêtes à intervenir ont cette fois-ci choisi de participer de manière anonyme. C'est notamment le cas de l'Association européenne des constructeurs automobiles (ACEA) et des grands constructeurs.
L'Union internationale du transport routier s'est toutefois exprimée pour son secteur, affirmant que des objectifs à long terme ne devraient pas être fixés dans la législation européenne avant que de nouvelles procédures de déclaration de la consommation de carburant et des émissions de CO2 ne soient définies.
« En attendant, les objectifs volontaires comme ceux fixés par le secteur du transport routier devraient être encouragés », a affirmé cette organisation.
Au cours de la période de consultation, la Commission a reçu deux fois plus de réponses des entreprises et des associations professionnelles que des ONG, des partis politiques et des autres parties prenantes combinés.
Bruxelles a déclaré que les constructeurs automobiles avaient « fait part de leurs inquiétudes concernant l'établissement d'objectifs à long terme » et appelé à la mise en oeuvre du cadre réglementaire existant.
Mais pour Mme Achtenberg, cette réticence n'a rien d'inhabituel.
« Les constructeurs automobiles se plaignent toujours des objectifs, mais quand ils s'y mettent, ils le font vraiment », a-t-elle déclaré à EURACTIV. « Il revient aux législateurs à Bruxelles de lancer le processus, au nom de l'environnement et de l'économie. »
Les données collectées au préalable par l' International Council on Clean Transportation indiquent que les constructeurs automobiles européens sont sur la bonne voie pour atteindre l'objectif de 130 g/km avant la date butoir de 2015.
Le niveau d'émission de CO2 des nouveaux véhicules particuliers en Europe était de 135 g/km l'année dernière, soit 3,7 % de moins qu'en 2010.