Des outils participatifs pour aider à l’intégration des Ukrainiens déplacés

Alors que les mécanismes de codécision dans les municipalités ukrainiennes ont été suspendus en raison de la guerre, les outils participatifs pourraient tout de même aider au soutien et à l’intégration des Ukrainiens déplacés, estiment des experts.

EURACTIV.com
This article is part of our special report "Budgétisation inclusive : donner à chacun la chance de participer"
Residents and internally displaced people receive meals from volunteers in Irpin amid the Russian invasion
Après l’invasion russe, les villes ukrainiennes ont été contraintes de mettre fin aux projets participatifs et toutes les ressources locales ont été réaffectées à l’effort de guerre et aux besoins humanitaires. Pourtant, les experts pensent que les outils participatifs pourraient encore jouer un rôle crucial en temps de crise. [[EPA-EFE/ROMAN PILIPEY]]

Alors que les mécanismes de codécision dans les municipalités ukrainiennes ont été suspendus en raison de la guerre, les outils participatifs pourraient tout de même aider au soutien et à l’intégration des Ukrainiens déplacés, estiment des experts.

Avant la guerre, des centaines de villes et de municipalités ukrainiennes avaient mis en place des initiatives participatives, ce qui permettait aux citoyens de prendre part au processus décisionnel local.

À Lviv, par exemple, jusqu’à 200 000 habitants prenaient part au processus de budgétisation participative en votant ou en soumettant des idées de projets susceptibles d’être financés par le budget de la ville, explique Volodymyr Kebalo, chargé de projet au Conseil de l’Europe en Ukraine.

Il estime que cet outil participatif a contribué à renforcer la confiance entre les habitants et les gouvernements locaux.

De plus, le budget participatif est « un bon moyen de lutter contre la corruption et d’engager les citoyens dans la vie publique », précise Leonid Donos, directeur de l’Association Communities Participatory Development.

Après l’invasion russe, les villes ukrainiennes ont été contraintes de mettre fin aux projets participatifs et toutes les ressources locales ont été réaffectées à l’effort de guerre et aux besoins humanitaires.

Pourtant, les experts pensent que les outils participatifs pourraient encore jouer un rôle crucial en temps de crise.

Les personnes déplacées à l’intérieur du pays

À cause de la guerre, l’Ukraine recense actuellement environ 7 millions de personnes déplacées à l’intérieur du pays.

« Nous devons adapter les politiques et les décisions en fonction de leurs besoins et les faire participer au processus décisionnel », a déclaré M. Kebalo.

Le Conseil de l’Europe emploie actuellement une approche participative incluant des consultations et des ateliers pour élaborer la nouvelle politique régionale d’éducation dans la région de Lviv.

« L’objectif est d’identifier et d’intégrer les besoins des enseignants et des élèves déplacés dans le processus éducatif et de rendre l’environnement éducatif bénéfique pour eux », a-t-il expliqué.

M. Donos travaille quant à lui avec le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) afin de mettre en œuvre le volet participatif de l’aide humanitaire.

L’objectif est de « créer un espace de discussion avec les personnes déplacées », afin de comprendre leurs besoins et de favoriser la coopération avec les habitants et les autorités locales, a-t-il expliqué.

Les réfugiés dans des pays d’accueil

Josh Lerner, directeur de People Powered, pense que les mécanismes de codécision peuvent également contribuer à réduire les tensions entre les réfugiés et les populations locales dans les pays qui accueillent des Ukrainiens fuyant la guerre.

« Je pense qu’il est vraiment important de le faire maintenant, le plus rapidement possible, mais aussi de le faire avec précaution », a-t-il indiqué.

Selon lui, à long terme, « les populations peuvent éprouver du ressentiment » lorsqu’elles constatent que des ressources sont consacrées aux nouveaux arrivants.

« Si vous n’avez pas d’espaces de discussion et de délibération, alors le ressentiment peut prendre des formes hideuses », a poursuivi M. Lerner.

La reconstruction de l’Ukraine

Les systèmes participatifs pourraient même jouer un rôle dans la reconstruction de l’Ukraine, selon Serhiy Loboyko, conseiller du gouvernement de la ville de Kiev et directeur du Centre pour le développement des innovations.

« Au stade du développement et de la hiérarchisation des projets de reconstruction, les municipalités des différentes régions auront des priorités différentes », a-t-il confié à EURACTIV, ajoutant qu’« il est important de ne pas simplement reconstruire, mais de le faire mieux et d’impliquer les citoyens, les ONG et les entreprises locales ».

En outre, une approche participative de la planification et du financement de la reconstruction de l’Ukraine au niveau local pourrait venir renforcer la confiance des donateurs internationaux.

« Il sera important pour eux de voir que les citoyens et les parties prenantes locales peuvent travailler ensemble avec les gouvernements locaux, contrôler le processus de mise en œuvre et, de cette façon, minimiser les risques de corruption ou de mauvaise exécution par les gouvernements locaux ou les sous-traitants », a-t-il ajouté.