Des politiques énergétiques disparates cohabitent en Europe
Une étude révèle de grandes disparités sur les politiques d’efficacité énergétique entre les États membres de l’UE.
Une étude révèle de grandes disparités sur les politiques d’efficacité énergétique entre les États membres de l’UE.
L'étude d’Energy Efficiency Watch, financée par l'UE, a été réalisée à partir d'entretiens avec 80 experts et plus de 665 questionnaires. D'après ses conclusions, il est aujourd'hui nécessaire de mieux harmoniser et d'intégrer les politiques en matière d'efficacité énergétique.
« Dans certains États membres, la reconnaissance des avantages de l'efficacité énergétique sur le plan économique, social, politique et environnemental donne lieu à une législation et à des programmes de financement ambitieux. D'autres ne font qu'appliquer le strict minimum (et parfois moins) imposé par les directives européennes », peut-on lire dans le rapport.
En vertu de la directive sur les services énergétiques, les États membres doivent soumettre des plans d'action pour l'efficacité énergétique (PNAEE) en 2007, 2011 et 2014. Les pays doivent décrire la manière dont ils comptent atteindre l'objectif de 9 % d'économies d'énergie d'ici 2016.
D'anciens membres de gouvernements européens ont expliqué à EURACTIV que les objectifs non contraignants de la directive étaient régulièrement ignorés, quand ils ne faisaient pas l’objet de ruses législatives.
Selon Ralf Schüle de l'Institut Wuppertal qui a participé à l’analyse des PNAEE pour l'étude, des avancées majeures ont été réalisées dans le secteur de la construction, grâce à des marchés publics axés sur l’économie d'énergie.
« Les mesures concernant différents secteurs ne sont souvent pas bien harmonisées et manquent d'une conception claire dans leur mise en place au niveau national », a-t-il prévenu.
Le rapport révèle la nécessité de changer le secteur du transport et d’adopter des politiques cohérentes dans ce domaine, dont le transport de marchandises. Sur le Vieux Continent, le secteur du transport affiche les ambitions les plus modestes.
Absence de volonté politique
Les auteurs condamnent « l'absence de volonté politique et de stratégie d'action claire », et déplorent le manque de stratégie ou de vision à long terme pour l'après-2020.
Les stratégies de la Bulgarie et du Danemark sont saluées, tout comme la planification du secteur public en France et au Royaume-Uni.
L'Italie, la République tchèque et la Slovaquie ont enregistré le moins de progrès depuis le premier PNAEE.
Selon Stefan Thomas, le directeur du groupe sur la politique de l'énergie et du climat de l'institut Wuppertal , « la mise en place d'institutions et d'infrastructures visant promouvoir l'efficacité énergétique, comme les agences de l'énergie et de protection de l'environnement, l'établissement de contraintes en matière d'efficacité énergétique et/ou de fiducies ou de financements et la création de conditions favorables pour les services énergétiques » font partie des mesures à appliquer.
Seule une minorité d'États membres ont établi une corrélation claire entre une stratégie à long terme sur l'efficacité énergétique, et une autre sur le climat, indique le rapport. Pour l'instant, l'ensemble des résultats en matière d'efficacité énergétique reste « quelque peu ambivalent », peut-on lire dans le document.
Les industries britanniques entrent dans la bataille
La publication de la nouvelle analyse européenne survient alors que la Confédération de l'industrie britannique (CBI) a demandé de réaliser de grands efforts dans le domaine de l'efficacité énergétique. La CBI a appelé à :
- la création d'un cadre réglementaire cohérent auquel participent les employeurs ;
- le soutien au secteur énergivore grâce à l'utilisation accrue de la technologie de production combinée de chaleur et d'électricité ;
- le recours à la « Business Bank » mise en place par le ministre britannique au commerce, Vince Cable, pour attirer l'attention des PME sur des programmes disponibles en matière d'économie d'énergie et sur l’élargissement de la portée du « Green Deal » (politique britannique d’amélioration de l’efficacité énergétique) pour les entreprises ;
- l'étude du système de taxes des entreprises afin de promouvoir l’efficacité énergétique en annulant les taxes sur les rénovations de propriétés abandonnées
Rhian Kelly, la directrice de la politique commerciale sur l'environnement du CBI, estime que les mesures d'économie d'énergie n'ont pas permis d'aider concrètement les entreprises britanniques. Elle juge toutefois qu'elles présentent toujours un potentiel non exploité.
« Les entreprises sont frustrées par le micmac de politiques […] bureaucratiques, complexes et coûteuses », ajoute-t-elle. « Certaines entreprises devront communiquer des informations sur leur utilisation de l'énergie et leurs émissions de différentes façons dans le cadre de plusieurs programmes. Le gouvernement devrait donc évaluer les politiques sur l'efficacité énergétique qui concernent les entreprises et aboutir à une méthode plus simple. »
Les entreprises devront également passer à la vitesse supérieure et « faire le grand saut » vers des pratiques efficaces sur le plan énergétique, selon Mme Kelly.
« Le gouvernement pourrait explorer les différentes manières d'utiliser les taxes sur les entreprises de façon plus innovante afin de récompenser les investisseurs dans la performance énergétique des bâtiments », souligne-t-ell.