Des réformes sont nécessaires pour éviter de nouvelles crises de la dette

Douze économies européennes, dont la Grande-Bretagne, l'Italie et la France, souffrent de faiblesses qui minent leur croissance et doivent donc être combattues, a déclaré l'UE mardi, alors qu'elle renforce sa surveillance pour éviter une répétition de la crise de la dette.

EURACTIV.com / Reuters
Olli Rehn 11 Jan 2012_picnik.jpg
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Douze économies européennes, dont la Grande-Bretagne, l'Italie et la France, souffrent de faiblesses qui minent leur croissance et doivent donc être combattues, a déclaré l'UE mardi, alors qu'elle renforce sa surveillance pour éviter une répétition de la crise de la dette.

Passant d'un bulle immobilière potentielle en Suède à une réduction dramatique des exportations belges, la Commission européenne a énuméré ce qu'elle considère comme des problèmes structurels majeurs qui laissent 12 membres sur 27 dans l'UE vulnérables face aux attaques du marché et aux perturbations mondiales.

« Il s'agit de s'attaquer aux déséquilibres macroéconomiques dangereux », a déclaré Olli Rehn, le commissaire européen aux affaires économiques et monétaires, lorsqu'il a rendu publics les résultats du premier rapport sur le mécanisme d'alerte. « La procédure peut sembler compliquée, mais il s'agit en réalité d'un outil d'évaluation assez simple. »

L'exécutif européen tentera d'examiner plus en profondeur les économies belge, britannique, bulgare, chypriote, danoise, finlandaise, française, hongroise, italienne, slovène, espagnole et suédoise.

Les pays de l'UE qui reçoivent des aides financières, à savoir la Grèce, la Roumanie, le Portugal et l'Irlande, n'ont pas été pris en compte dans cette analyse qui sert à détecter d'éventuels problèmes économiques.

Dans le cadre de l'utilisation de ce nouvel outil, l'UE formulera des recommandations sur la manière de faire face aux bulles immobilières, aux déficits persistants, à un manque chronique de compétitivité et à des niveaux de dette privée et publique excessive. Si les Etats membres ne suivent pas ces recommandations, ils risquent des amendes ou, pour les pays les plus pauvres, un gel des fonds structurels de l'UE alloués au développement économique.

Alors que la crise de la dette dans la zone euro entame sa troisième année, le rapport de la Commission relaye les avertissements de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international qui ont prévenu ces dernières semaines que l'Union européenne, qui génère 22 % de la production mondiale, risquait de stagner sur le plan économique si les décideurs politiques n'agissaient pas.

Le Fonds monétaire international prévoit une contraction de 0,5 % pour la zone euro en 2012 ce qui, selon le FMI, pourrait entraîner le monde entier dans la récession.

L'Allemagne n'est pas sur la liste noire

Les économies de l'UE ne sont pas toutes logées à la même enseigne : l'Allemagne ne fait en effet pas partie de la liste noire présentée par la Commission. Suite à une brève chute des exportations fin 2011, beaucoup d'économistes pensent que l'Europe pourra éviter la récession en 2012.

Mais la France, la Grande-Bretagne, l'Italie et l'Espagne, les autres grandes économies de l'UE, doivent mettre en oeuvre des réformes, a affirmé l'UE.

La France, qui a perdu sa notation de crédit AAA en janvier dernier, a enregistré l'une des pertes de parts de marché les plus importantes en matière d'exportations mondiales dans l'UE ces dernières années et la hausse des salaires la rend de moins en moins compétitive, peut-on lire dans ce rapport.

La Commission a expliqué que la dette publique de l'Italie, qui représente environ 120 % de son PIB, était un sujet d'inquiétude étant donné sa faible croissance économique. L'inquiétude des investisseurs quant à la capacité de Rome à gérer sa dette a fait grimper l'écart entre les obligations italiennes à 10 ans et les Bunds allemands à des niveaux record en novembre dernier et a forcé M. Berlusconi à démissionner.

Rome reste en première ligne de la crise de la dette dans la zone euro et le premier ministre, Mario Monti, peine à convaincre les marchés qu'il peut réformer l'économie italienne.

Concernant la Grande-Bretagne, qui ne fait pas partie de la zone euro, la perte de parts de marché à l'exportation enregistrée au cours de la décennie passée, les niveaux élevés d'endettement des ménages et la hausse des prix du logement sont problématiques pour Bruxelles.

Moody's a cité les perspectives de croissance « matériellement plus faibles » de la Grande-Bretagne pour les années à venir. L'agence de notation a également affirmé que le pays risquait de perdre sa notation AAA, mais le ministre des finances, George Osborne, a affirmé que Londres mettrait en oeuvre les mesures prévues pour réduire la dette britannique.

L’agence a également prévenu qu'elle pourrait dégrader la France et l'Autriche, ainsi que six autres pays, dont l'Italie, l'Espagne et le Portugal, justifiant cette annonce par les risques croissants liés à la crise de la dette.

« Une correction est en cours […] et le processus de désendettement a commencé », a déclaré la Commission en référence aux efforts consentis pour réduire la dette, ainsi que les prix du logement dans l'Union. « Nous ne savons pas encore jusqu'où iront ces mesures, ni combien de temps cela va durer. »

L'UE veut punir l'Espagne pour son déficit et son inaction

Dans le même temps, Reuters a rapporté que Bruxelles pourrait entreprendre une action contre le nouveau gouvernement espagnol d'ici au mois de mai, car celui-ci a repoussé les mesures d'austérité en vue des élections régionales le mois prochain.

Trois hauts fonctionnaires de l'UE ont confié à Reuters qu'une décision finale devait encore être prise, mais que la Commission européenne pensait que le nouveau gouvernement avait gonflé les chiffres du déficit pour 2011, afin que les données pour l'année en cours semblent meilleures.

En outre, l'Espagne ne s'attèle pas assez rapidement à la détérioration de ses finances publiques en 2012, ce qui risque de mettre en péril la croissance à plus long terme du pays, ont ajouté ces fonctionnaires.

Lorsque Reuters lui a demandé si M. Rehn prendrait des mesures et recommanderait que les ministres des finances de l'Union des Vingt-Sept adoptent des sanctions contre Madrid, un des fonctionnaires a répondu :  « C'est très probable. »

L'Espagne fait l'objet d'une procédure de déficit excessif depuis avril 2009 pour avoir dépassé la limite de 3 % du PIB. Vingt-trois membres de l'UE font l'objet d'une telle procédure, mais Madrid pourrait devoir payer des amendes allant jusqu'à 0,1 % de son PIB si elle ne parvient pas à réduire son déficit.