Deux Français et un Belge inculpés pour espionnage en Iran

L’Iran a inculpé un ressortissant belge et deux Français pour espionnage et atteinte à la sécurité nationale. Mercredi, la ministre belge des Affaires étrangères Hadja Lahbib a reçu la confirmation de l’identité du Belge inculpé.

/ Euractiv.com
NATO Foreign Ministers Meeting in Bucharest
La ministre belge des Affaires Etrangères Hadja Labib. [Robert Ghement/EPA-EFE]

L’Iran a inculpé un ressortissant belge et deux Français pour espionnage et atteinte à la sécurité nationale. Mercredi, la ministre belge des Affaires étrangères Hadja Lahbib a reçu la confirmation de l’identité du Belge inculpé.

Ces derniers mois, l’Iran a accusé plusieurs étrangers d’alimenter les protestations nationales survenues après la mort de Mahsa Amini lors de sa détention. La jeune femme avait été arrêtée en septembre par l’unité spéciale de la police chargée de faire appliquer les règles vestimentaires pour les femmes – un événement qui avait plongé le pays dans des manifestations monstres.

Mardi (3 janvier) un porte-parole de la justice iranienne a déclaré que l’Iran avait inculpé un ressortissant belge ainsi que deux Français pour espionnage et activités contre la sécurité nationale du pays, rapporte le média al Arabiya.

Le travailleur humanitaire Olivier Vandecasteele étant le seul Belge actuellement emprisonné dans le pays, il ne pouvait s’agir que de lui.

Mercredi (4 janvier), son identité a finalement été confirmée à la ministre belge Hadja Lahbib lors d’un entretien avec son homologue iranien.

M. Vandecasteele avait été arrêté en Iran en février 2022 et condamné à 28 ans de prison en décembre. Il était détenu à la prison d’Evin, en Iran, pour un motif inconnu et a été transféré vers un autre lieu non divulgué en août.

Depuis lors, la Belgique exige sa libération. « M. Vandecasteele est innocent et doit être libéré », a déclaré mercredi le ministère belge des Affaires étrangères, selon l’agence de presse Belga. « En attendant, nous demandons que ses conditions de détention s’améliorent. »

À Noël, M. Vandecasteele a été autorisé à passer un appel téléphonique à sa famille au cours duquel il a réitéré combien ses conditions de détention étaient difficiles, rapportait le média Le Soir hier. Sa famille a notamment appris qu’il se trouvait désormais dans une cellule en sous-sol, sans lumière naturelle ni air frais.

Amnesty International demande la libération de M. Vandecasteele, mais également que les autorités iraniennes indiquent le lieu où le Belge est détenu, veillent à ce qu’il soit bien traité et à ce qu’il puisse avoir un avocat de son choix. L’organisation demande aussi qu’il puisse avoir des contacts réguliers avec sa famille et les services consulaires belges.

Échange de prisonniers

La Belgique avait négocié, en mars dernier, un échange de prisonniers avec l’Iran, qui aurait permis d’échanger Assadollah Assadi, un diplomate iranien accusé de terrorisme détenu en Belgique, contre M. Vandecasteele. Cependant, la Cour constitutionnelle belge a finalement décidé de suspendre l’accord le mois dernier, M. Assadi pouvant échapper à sa sentence et être libéré aussitôt arrivé en Iran. En février, la Cour décidera si le traité doit être abandonné ou non.

Selon plusieurs organisations et médias belges, il semblerait que Téhéran cherche à utiliser Olivier Vandecasteele comme monnaie d’échange contre Assadollah Assadi.

En décembre, le SPF Affaires étrangères avait appelé les ressortissants belges en Iran à quitter le pays dès que possible étant donné le « risque accru de détention arbitraire dans le cadre de la détérioration actuelle de la situation sécuritaire dans tout l’Iran ».

« Il est formellement conseillé aux ressortissants belges, y compris ceux ayant la double nationalité, de ne pas se rendre en Iran pour quelque raison que ce soit », peut-on lire dans le communiqué, toujours valable aujourd’hui.

Deux Français également inculpés 

Deux ressortissants français — dont la date d’arrestation et les noms n’ont pas été révélés — « ont été arrêtés pour espionnage et collusion contre la sécurité nationale », rapporte Al-Jazeera, citant le porte-parole du pouvoir judiciaire iranien, Masoud Setayeshi, lors d’une conférence de presse mardi (3 janvier).

La ministre française des Affaires étrangères, Catherine Colonna, avait déclaré à la mi-novembre que deux ressortissants français anonymes avaient été détenus en Iran, portant à sept le nombre total de personnes originaires de France détenues dans le pays.

Mme Colonna avait par ailleurs demandé le 20 décembre à son homologue iranien, Hossein Amir-Abdollahian, la « libération des otages » français détenus par l’Iran.

À l’instar de la Belgique, la France et plusieurs autres pays craignant des arrestations arbitraires ont appelé leurs citoyens à quitter l’Iran et à éviter de s’y rendre.

Des caricatures qui passent mal

En outre, mercredi après-midi, les relations entre Paris et Téhéran se sont encore détériorées alors que l’ambassadeur de France dans le pays, Nicolas Roche, a été convoqué au ministère iranien des Affaires étrangères.

Cette convocation fait suite à la publication par l’hebdomadaire satirique Charlie Hebdo de caricatures « insultantes pour les autorités religieuses chiites et les valeurs nationales et religieuses de l’Iran ».

« L’acte insultant et indécent d’un magazine français publiant des caricatures des autorités religieuses et politiques ne restera pas sans réponse efficace et ferme », a déclaré M. Amir-Abdollahian sur Twitter.

Il a poursuivi en affirmant que le gouvernement français avait choisi « la mauvaise voie » et que le journal avait été ajouté à la liste des sanctions.

En réponse à ce tweet, Nathalie Loiseau, eurodéputée française et ex-ministre chargée des Affaires européennes (2017-2019), a qualifié la réponse iranienne aux caricatures de « tentative d’ingérence » et de « menace » envers le journal français.

« Que ce soit parfaitement clair : le régime répressif et théocratique de Téhéran n’a aucune leçon à donner à la France », a-t-elle écrit sur Twitter.