Difficile pour Giorgia Meloni de trouver une légitimité au niveau européen

Fratelli d’Italia de Giorgia Meloni a clairement remporté les élections italiennes, et les observateurs prévoient déjà un changement dans les équilibres politiques de l’Union européenne.

EURACTIV Italie
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Les analystes estiment que l’une des voies à suivre pour la présidente des Conservateurs et Réformistes européens (ECR) et candidate pressentie pour devenir Premier ministre en Italie est d’accroître le poids d’ECR dans la prise de décision. [EPA-EFE/ALESSANDRO DI MEO]

Le parti Fratelli d’Italia (Frères d’Italie) de Giorgia Meloni a clairement remporté les élections italiennes et les observateurs prévoient déjà un changement dans les équilibres politiques de l’Union européenne. Toutefois, il reste à voir si elle cherchera à se rapprocher de la droite traditionnelle de l’UE — le Parti populaire européen (PPE) — pour « légitimer » son parti ou si elle se rapprochera plutôt du front anti-UE — Identité et Démocratie (ID).

Alors que le décompte des voix est toujours en cours, Mme Meloni est considérée comme la « véritable » gagnante des élections, son parti Fratelli d’Italia (FdI) ayant obtenu plus de 26 % des voix, suivi de la Lega (la Ligue) avec 8 % et de Forza Italia (Allez l’Italie).

Les analystes estiment que l’une des voies à suivre pour la présidente des Conservateurs et Réformistes européens (ECR) et candidate pressentie pour devenir Premier ministre en Italie est d’accroître le poids d’ECR dans la prise de décision.

Selon Arturo Varvelli, chef du bureau de Rome du Conseil européen pour les relations internationales (European Council on Foreign Relations, ECFR), il existe deux options viables : « Elle peut continuer à s’aligner sur [Viktor] Orbán, ou elle peut prendre une voie plus institutionnelle et modérée et poursuivre une ligne politique conservatrice dans un sens plus traditionnel ».

Toutefois, il est trop tôt pour dire ce qui va changer pour l’UE et l’équilibre des pouvoirs au sein de celle-ci, estime M. Varvelli.

« Les alliés européens pourraient voir Giorgia Meloni avec beaucoup de suspicion. Son insistance rhétorique sur l’intérêt national de l’Italie et d’autres pays glorifie une notion d’intégration européenne qui ne contribuera guère à renforcer la souveraineté européenne », a-t-il expliqué.

Pour Edoardo Bressanelli, professeur associé de sciences politiques à l’École supérieure Sainte-Anne de Pise, « la position du groupe ECR à droite du PPE le rend pertinent sur le plan politique ».

Il y a une convergence substantielle entre le centre-droit et la droite en termes de changement climatique, de migration et d’une position ferme vis-à-vis de la Russie, ce qui rend la collaboration facile, a-t-il déclaré.

Un parti comme FdI pourrait être intéressé par un rapprochement avec le PPE tout en restant en dehors de celui-ci afin de se « légitimer » aux niveaux européen et international.

Le type d’alliés que Mme Meloni aura en fin de compte dépend de l’agenda qu’elle mettra en avant.

« Le prochain gouvernement italien sera confronté à des défis majeurs : l’invasion russe de l’Ukraine et sa propre situation économique et financière, mais il pourrait également décider d’introduire de nouveaux dossiers tels qu’un agenda pour la migration et l’État de droit », explique Teresa Coratella, responsable de programme du bureau de l’ECFR à Rome.

Des sujets tels que la migration ou l’État de droit séduiront les groupes eurosceptiques, notamment ceux qui se sont empressés de la féliciter pour ses victoires électorales, comme le parti d’extrême droite espagnol Vox, le Rassemblement national (RN) de Marine Le Pen en France, le parti Fidesz de l’actuel Premier ministre hongrois Viktor Orbán ou encore le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki.

En juillet 2021, les partis d’extrême droite de seize États membres de l’UE, dont le RN en France, le parti Droit et Justice (Prawo i Sprawiedliwość, PiS) en Pologne, le Fidesz en Hongrie et la Lega en Italie, ont signé un document faisant référence à des « partis de droite » unissant leurs forces pour réformer l’UE.

Il n’en reste pas moins que traiter avec les partis eurosceptiques ne sera pas une tâche facile.

En avril dernier, après sa victoire électorale dans son pays, M. Orbán s’est rendu à Rome pour rencontrer l’ancien vice-premier ministre et leader de la Lega, Matteo Salvini. Ils ont discuté d’un nouveau « centre-droit » en Europe pour lutter contre la montée des socialistes, mais la dirigeante du parti FdI, Giorgia Meloni, n’était pas présente à la réunion.