Médecins et députés européens exigent un accès plus sûr à l'IVG dans l'UE

Des parlementaires européens et des experts en santé des femmes appellent à garantir le droit à des avortements sûrs dans toute l'Union européenne, soulignant que la santé sexuelle et reproductive est un droit humain fondamental.

Euractiv.com
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Au sein de l'UE, il n'existe pas de législation commune sur le droit à l'avortement ; chaque pays décide de sa propre politique en la matière. [[Photoroyalty/Shutterstock]]

Des parlementaires européens et des experts en santé des femmes appellent à garantir le droit à des avortements sûrs dans toute l’Union européenne, soulignant que la santé sexuelle et reproductive est un droit humain fondamental.

Des experts et des députés européens ont débattu de la santé reproductive et sexuelle des femmes et de l’accès à l’avortement dans l’Union européenne, mardi 19 septembre, au sein de la commission des droits de la femme et de l’égalité des genres (FEMM).

« De nombreuses femmes pratiquent l’avortement de manière illégale et dangereuse », a déclaré l’eurodéputé polonais Robert Biedroń (S&D), président de la commission FEMM, à l’approche de la Journée internationale de l’avortement, qui aura lieu le 28 septembre.

Au sein de l’UE, il n’existe pas de législation commune sur le droit à l’avortement ; chaque pays décide de sa propre politique en la matière.

En Espagne et en France, depuis le 2 mars 2022, il est possible d’avorter jusqu’à 14 semaines. En Suède, le délai est de 18 semaines, aux Pays-Bas de 22 semaines et au Royaume-Uni de 24 semaines. À Malte, l’avortement est totalement interdit et en Pologne, l’interdiction est presque totale.

« Ce droit doit être garanti. Toutes les femmes ne sont pas sur un pied d’égalité en Europe », a déclaré l’eurodéputée italienne Isabella Adinolfi, du Parti populaire européen (PPE).

Mais même dans les pays de l’UE où l’avortement est autorisé, l’accès à des soins simples et sûrs n’est pas toujours facile.

En Espagne, 13 % des adolescentes qui se font avorter le font entre la neuvième et la treizième semaine de grossesse. « C’est très tard », a alerté la gynécologue et fondatrice de l’association AlmabyWomen Laia Sanchez lors des débats, dénonçant le manque d’accès à l’information et l’absence de cours sur la santé sexuelle et reproductive.

Pour que les citoyens européens puissent mieux se protéger contre les maladies sexuellement transmissibles et éviter les grossesses non désirées, il est essentiel de comprendre la santé sexuelle et reproductive.

Les avortements clandestins, pratiqués illégalement par des opérateurs non agréés, peuvent entraîner des troubles de la fertilité, des problèmes de santé mentale et, dans les cas les plus graves, la mort.

Selon l’ONG Médecins du Monde, une femme meurt toutes les neuf minutes des suites d’un avortement illégal.

Un accès qui se restreint aux Etats-Unis et en Europe

En juin 2022, aux Etats-Unis, la très conservatrice Cour suprême a annoncé révoquer le droit constitutionnel à l’avortement, aussi appelé arrêt Roe v. Wade, laissant ainsi le choix à chaque Etat de décider de maintenir ce droit ou non.

Depuis, treize Etats ont annoncé l’interdiction totale d’avoir recours à l’interruption volontaire de grossesse dont l’Utah, le Dakota du Sud, le Kentucky, le Wisconsin, l’Alabama, le Missouri, la Louisiane, l’Arkansas ou encore l’Oklahoma.

Le droit à l’avortement recule dans certains pays européens également, ont alerté les expertes présentes lors de la réunion de la commission FEMM.

En 2000, la Hongrie a restreint l’accès à l’IVG en imposant une période d’attente et de réflexion obligatoire. Depuis l’année dernière, les femmes qui souhaitent avorter sont tenues d’écouter les battements de cœur du fœtus lors d’une échographie.

La Slovaquie a également mis en place une période d’attente obligatoire en 2009, et en 2018, vingt projets de législations restrictives ont été présentés par des parlementaires anti IVG. Tous les projets ont été rejetés, mais avec une très faible majorité, a expliqué Camille Gervais du Center For Reproductive Rights aux eurodéputés.

Persécution en Pologne

La Pologne possède l’une des lois les plus restrictives d’Europe en matière d’avortement, après un arrêt rendu en 2020 par la Cour constitutionnelle polonaise n’autorisant l’accès à l’avortement qu’en cas de viol, d’inceste ou lorsque la vie de la mère est en danger.

Le gouvernement polonais cible des personnes pour des activités présumées liées à l’avortement, intensifiant un climat de peur qui accroît les risques pour les femmes et les filles, a déclaré Human Rights Watch (HRW) dans un communiqué de presse publié jeudi (14 septembre).

« La poursuite impitoyable par les autorités polonaises des personnes qui tentent d’obtenir ou de fournir des soins de santé de base ne peut être décrite que comme une chasse aux sorcières », a déclaré Hillary Margolis, chercheuse sur les droits des femmes à HRW.

« Le gouvernement utilise abusivement la police et les tribunaux pour faire avancer son programme de lutte contre les droits, en introduisant ses politiques abusives dans les domiciles privés, les chambres d’hôpital et les cabinets médicaux », a-t-elle ajouté.

Depuis janvier 2021, au moins six femmes sont décédées après que des médecins ont refusé d’interrompre leur grossesse en dépit de complications qui mettaient en danger leur santé ou leur vie, ce qui reste un motif légal d’avortement en Pologne, selon le communiqué de presse de HRW.

Récemment, la Pologne est allée encore plus loin dans la persécution des femmes qui souhaitent avorter ou qui ont avorté. Selon le New York Times, des scientifiques polonais ont mis au point un test clinique qui permet de savoir si une femme a avorté ou non.

Le test détecte des traces de misoprostol ou de mifépristone, les molécules utilisées dans l’avortement médicamenteux. Le bureau du procureur de la ville de Wroclaw a déclaré au New York Times que les autorités du pays avaient déjà utilisé ces tests en cas de doute sur l’issue d’une grossesse.

« La santé et les droits sexuels et génésiques sont des droits humains fondamentaux. Ce n’est pas une question d’idéologie, c’est une question de santé. J’appelle le Conseil et la Commission européenne à adopter des normes européennes identiques pour tous », a déclaré en conclusion l’eurodéputé croate Predrag Fred Matić (S&D) au Parlement.

[Édité par Nathalie Weatherald]