Economiser des milliards d’euros grâce à l’efficacité énergétique

  Selon l’AIE, des milliards d’euros d’investissements pour l’énergie propre sont nécessaires partout dans le monde avant 2050, afin de freiner les émissions de carbone. C’est ce qu’affirme un nouveau rapport qui pourrait servir de base à un débat sur certaines des politiques énergétiques européennes les plus controversées.

EURACTIV.fr
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Selon l’AIE, des milliards d’euros d’investissements pour l’énergie propre sont nécessaires partout dans le monde avant 2050, afin de freiner les émissions de carbone. C’est ce qu’affirme un nouveau rapport qui pourrait servir de base à un débat sur certaines des politiques énergétiques européennes les plus controversées.

Ce rapport de l’Agence internationale de l'énergie publié hier (11 juin) explique que même si les investissements dans l'énergie propre sont essentiels pour réduire la consommation de carburants fossiles, améliorer l'efficacité énergétique demeure le meilleur moyen de mieux gérer l'énergie dans les décennies à venir.

Ce document a été publié alors que le Parlement européen, la Commission et le Conseil, s'apprête à mener ce mercredi leurs négociations finales sur la directive relative à l'efficacité énergétique.

Ce débat complexe s'est enlisé sur la portée de la directive, dans la mesure où les États membres ont rejeté les objectifs contraignants en faveur de l'efficacité.

La directrice générale de l'AIE, Maria van der Hoeven, a déclaré à EURACTIV que les dirigeants nationaux devraient « revoir » leur position sur les objectifs contraignants. Le rapport de son agence appelle à « une action gouvernementale ferme » afin d'encourager l’efficacité et le développement d'une énergie faible en carbone.

L'ancienne ministre néerlandaise de l'économie a également expliqué à la presse que le monde « ne parvenait pas à exploiter les nouvelles technologies » qui permettraient de réduire les émissions de gaz à effet de serre.

L'AIE, basée à Paris, estime à 36 000 milliards de dollars (28 000 milliards d'euros) le coût de la réduction des émissions de carbone de 50 % d'ici 2050 (par rapport aux niveaux de 2005) pour limiter l'augmentation à long terme des températures mondiales à 2 °C. Cette somme vient s'ajouter aux 100 000 milliards de dollars (79 700 milliards d'euros) d'investissements dans le secteur de l'énergie, déjà prévus par les politiques actuelles.

L'efficacité peut rapporter gros

Selon cette étude de l'AIE, le retour sur le plus grand investissement sera considérable. L'économie d'énergie à long terme sur l'investissement de 79 700 milliards d'euros permettrait de couvrir les investissements dans la technologie énergétique faible en carbone par trois fois, selon Bo Diczfalusy, le directeur des politiques et technologies énergétiques durables à l’AIE.

« Il est difficile de surestimer l'importance de l'efficacité énergétique qui est presque toujours rentable à long terme, permet de réduire les émissions et de renforcer la sécurité énergétique », explique les experts dans ce rapport intitulé «  Energy Technology Perspectives ».

« Il faudra appliquer des normes et des codes de performance plus stricts, notamment dans les secteurs du bâtiment et des transports. »

L'AIE cite les progrès réalisés sur l'économie de carburant pour les véhicules et les transports électriques. La production d'énergie solaire et éolienne a progressé de 42 et 27 % par an en moyenne au cours de la dernière décennie, mais ce ne sera pas suffisant pour répondre à la demande qui devrait doubler entre aujourd'hui et 2050, selon les chiffres de l'agence.

Outre ses recommandations en matière d'investissements dans l'efficacité et le développement des énergies renouvelables, l'AIE appelle au développement des « réseaux intelligents » qui permettent de réduire le gaspillage d'électricité lors des transmissions. L'« équilibre énergétique » nécessaire pour une planète de 9 milliards d'habitants (contre 7 milliards aujourd'hui) devrait, selon l'agence, impliquer des sources d'électricité bien plus controversées comme le nucléaire et les biocarburants.

L'enthousiasme de l'UE pour les carburants dérivés des plantes a été tempéré par des inquiétudes grandissantes quant au fait que la production de ces carburants ne soit peut-être pas sans danger pour l'environnement. Ces cultures seraient par ailleurs en concurrence directe avec les cultures vivrières.

Plus d'un milliard de personnes ont besoin d'énergie

Le monde est confronté à des défis majeurs. Au sein de l'UE, 40 % des centrales électriques ont été construites il y a plus de 30 ans. Bon nombre d'entre elles sont des centrales au charbon très polluantes. Ce rapport note que le défi majeur reste de trouver des ressources financières pour investir dans de nouvelles centrales ou moderniser les technologies dépassées. Il s'agit là d'« une excellente opportunité d'améliorer considérablement l'efficacité et de réduire l'impact environnemental de la production d'électricité », selon le document.

Les Nations unies et l'UE prévoient d'investir dans les énergies renouvelables dans le cadre de leur projet d'aider des millions d'habitants de pays en développement à avoir accès à l'électricité dès la génération à venir.

En avril, les fonctionnaires européens ont témoigné leur soutien au secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, qui a demandé de l'aide pour les 1,5 milliard de personnes qui n'ont pas encore accès à l'électricité.

Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a promis d'allouer des fonds européens pour soutenir les investissements privés et publics en faveur de projets d'énergie renouvelable dans les pays en difficulté. Il a mentionné une initiative pour le développement énergétique de 50 millions d'euros, ainsi que d'autres financements. M. Barroso s'est également engagé à inclure l'accès à l'énergie dans la contribution de l'UE à la conférence des Nations unies sur le développement durable, qui débutera le 20 juin prochain à Rio de Janeiro, au Brésil.