Efficacité énergétique : la feuille de route 2050 devrait permettre de relancer les négociations
Le Danemark, qui prendra le 1er janvier la tête de la présidence tournante de l’UE, devrait utiliser la feuille de route 2050 sur l’énergie pour encourager la conclusion d’un accord pour la directive sur l’efficacité énergétique.
Le Danemark, qui prendra le 1er janvier la tête de la présidence tournante de l’UE, devrait utiliser la feuille de route 2050 sur l’énergie pour encourager la conclusion d’un accord pour la directive sur l’efficacité énergétique.
La ministre danoise Ida Auken, qui présidera au cours des six prochains mois les négociations sur l'environnement et l'énergie avec les 27 ministres européens, devrait présenter au Conseil ses « priorités vertes » aujourd'hui (19 décembre).
Face à l'échec des négociations pour des mesures contraignantes sur l'efficacité énergétique, elle a déclaré que son message serait : « Nous devons arrêter d'agir comme si de rien n'était ».
La directive sur l'efficacité énergétique reste une priorité pour les Danois, mais ils se montrent moins optimistes quant au calendrier, a déclaré à EURACTIV un acteur du secteur industriel.
La directive dans l'impasse budgétaire
Les gouvernements devraient accorder une importance particulière à l'efficacité énergétique dans la mesure où elle a un impact positif sur l'utilisation de combustibles fossiles.
« L'efficacité énergétique doit suivre son potentiel économique », avance la Commission dans sa feuille de route 2050, mais ce potentiel est freiné par le manque de volonté politique, a déclaré à EURACTIV un fonctionnaire de l'UE.
« Les coûts sont trop élevés », et les Etats membres ne peuvent pas imposer des factures plus lourdes aux consommateurs, selon cette même source. « Cette initiative serait extrêmement impopulaire, et tous les dirigeants politiques au pouvoir ne pensent à l'avenir qu'à court terme, peut-être sur trois ou quatre ans. »
Il existe pourtant un moyen d'éviter cela, qui consisterait à proposer des services. « Si les entreprises énergétiques se concentraient davantage sur les services, la situation pourrait s'améliorer », a expliqué un fonctionnaire européen. « Mais qu'adviendrait-il a lors s'il n'y a aucune demande pour ce service? Les consommateurs ont d'autres priorités plus urgentes ».
Les négociations pour la directive sur l'efficacité énergétique sont au point mort en l'absence d'un accord sur les modalités de financement. L'eurodéputé en charge de cette proposition au Parlement européen, Claude Turmes, a déclaré que sans modalités de financement, cette directive resterait « un vœu pieux ».
La feuille de route sur l'énergie renforce la pression
La présidence danoise de l'UE se montrera peut-être trop impatiente de conclure un accord pour attendre que les Etats membres aient trouvé un compromis pour la directive sur l'efficacité.
La directive serait juridiquement contraignante, et constituerait donc une « législation solide attrayante pour les investisseurs » a déclaré Ulrich Bang, responsable des affaires internationales de la Danish Energy Association.
Même s'il est pour l'instant peu probable que le Conseil prenne une position commune sur cette directive, la feuille de route 2050 pour l'énergie, publiée par la Commission le 15 décembre, « mettra sur pied le cadre de financement nécessaire pour les investisseurs », a déclaré M. Bang.
Cela ne signifie pas qu'il relâche son attention sur cette loi, mais qu'il tentera de donner une autre direction aux discussions.
EURACTIV a cru comprendre que la présidence danoise coordonnerait ses efforts pour travailler en parallèle sur la directive sur l'efficacité énergétique et sur la feuille de route 2050 pour l'énergie.
Cette feuille de route représente un accord politique et son approbation ne pose aucun problème, dans la mesure où elle n'est pas contraignante pour les Etats membres.
« Mais elle n'est pas considérée comme aussi importante que la directive sur l'efficacité énergétique, puisqu'elle ne force pas les Etats membres à s'engager. »
Les Danois tenteront de fixer des objectifs ambitieux, a déclaré Jørgen Knud Henningsen, conseiller éminent sur les questions d'énergie et d'environnement auprès du groupe de réflexion European Policy Centre.
« J'espère qu'ils maintiendront leurs efforts pour atteindre ces objectifs. Actuellement, on a tendance à élaborer des feuilles de route, mais celles-ci ne sont pas de réelles politiques », a déclaré M. Henningsen. « Le rôle de la Commission n'est pas de fournir des analyses des groupes de réflexion, mais bien de présenter des propositions. »
Elle pourrait servir, en revanche, à encourager les législations importantes. En d'autres termes, elle pourrait créer une dynamique favorable à la mise en œuvre de la directive sur l'efficacité, selon des experts européens. « Il est probable que la présidence danoise atteigne ses objectifs pour cette feuille de route », a affirmé Ulrich Bang.
« Si vous m'aviez posé la question il y a une semaine, j'aurais répondu que c'était impossible, mais les choses ont changé depuis que les dirigeants européens ont appelé à un accord urgent sur ces politiques énergétiques lors du dernier sommet », a ajouté M. Bang.
« Ils diront probablement que les deux politiques sont leur priorité, mais je pense qu'ils entameront des négociations sérieuses sur la feuille de route », a déclaré M. Henningsen. Mais ces négociations n'excluent pas la directive sur l'efficacité énergétique.
« Le défi pour le gouvernement danois sera d'avoir une vision à long terme, et de ne pas se concentrer sur son mandat. L'opposition doit consentir à des mesures à long terme, et j'espère qu'elle les soutiendra », a-t-il affirmé.
Les Danois pourraient suivre le modèle de la présidence polonaise, qui ne visait pas à conclure un accord contraignant sur l'énergie, mais a réussi à sceller un accord politique sur le paquet relatif aux infrastructures énergétiques, qui a eu un impact sur la proposition relative à l'efficacité énergétique.
L’efficacité énergétique parmi les détails
L'efficacité joue un rôle important dans les sept scénarios de la feuille de route 2050 sur l'énergie, et la directive sur l'efficacité énergétique est évoquée dans le texte de cette feuille de route, a déclaré à EURACTIV une source de l'UE.
La demande en énergie primaire devrait chuter de 16 à 20 % d'ici 2030 et de 32 à 41 % d'ici 2050, comparée à son apogée en 2005-2006. « Seules les économies d'énergie pourront nous permettre d'atteindre nos objectifs. L'enjeu est de taille pour le débat sur la directive sur l'efficacité énergétique », a déclaré Samuel Flückiger, du European Climate Foundation.
M. Flückiger a décrit la feuille de route 2050 pour l'énergie comme une continuation des objectifs 2020 pour l'énergie et le climat. Elle servira de plateforme de discussion pour la directive sur l'efficacité énergétique. Cette dernière devrait encourager la mise en œuvre de la feuille de route. « Si la directive apporte des résultats concrets sur le terrain, cela pourrait nous encourage à atteindre les objectifs établis par la feuille de route 2050 pour l'énergie.
Mais ces objectifs ne pourront être atteints que si 10 conditions sont remplies, la première étant « l'adoption rapide de la proposition actuelle sur l'efficacité énergétique ».