Égalité des sexes : un bilan « largement insuffisant » selon Oxfam France, malgré des avancées majeures

Alors que l’égalité entre les femmes et les hommes était « la grande cause du quinquennat » selon Emmanuel Macron, le rapport de l’ONG Oxfam France dresse un bilan « largement insuffisant », malgré des avancées majeures sur plusieurs mesures concrètes.

Euractiv France
Meeting on gender equality to mark international Women’s Day
Le président sortant Emmanuel Macron (G) avec la ministre déléguée chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes, Elisabeth Moreno (D). [EPA-EFE/LUDOVIC MARIN / POOL MAXPPP OUT]

Alors qu’Emmanuel Macron avait annoncé que l’égalité entre les femmes et les hommes serait « la grande cause du quinquennat », le rapport de l’ONG Oxfam France, publié au début du mois de mars, dresse un bilan « largement insuffisant », malgré des avancées majeures sur plusieurs mesures concrètes.

Avec la candidature d’Emmanuel Macron à sa propre succession, récemment annoncée, le temps du bilan des principaux chantiers de son mandat est venu.

Si un certain nombre d’efforts mis en place par le président sortant sont salués, notamment en matière de représentation des femmes dans les institutions, l’auteure du rapport, Sandra Lhote Fernandes, se désole que « le pouvoir reste une affaire d’hommes » même sous la présidence d’Emmanuel Macron.

Des postes stratégiques largement occupés par des hommes

Certes, le groupe parlementaire du parti présidentiel est l’un des plus féminisés avec 48 % de femmes députées. Mais les « postes stratégiques et prestigieux » demeurent occupés par des hommes, à l’exception du ministère des Armées, dirigé par Florence Parly, et Sylvie Goulard avant elle.

Les cabinets ministériels ne font pas exception, étant dirigés à 80 % par des hommes. Les deux tiers des conseillers, à Matignon ou à l’Élysée, sont des hommes.

Un budget en hausse, mais insuffisant

Quant au budget du ministère chargé des Droits des femmes, il a quasiment doublé entre 2016 – avant l’arrivée à l’Élysée d’Emmanuel Macron – et aujourd’hui, en passant de 27 millions d’euros à plus de 50 millions en fin de quinquennat. Si l’on ajoute les budgets alloués aux ministères de la Justice et de l’Intérieur qui sont consacrés à l’égalité entre les femmes et les hommes, le montant atteint 1,3 milliard d’euros.

Cela demeure « insuffisant » selon les associations qui ont contribué au rapport, qui, plus particulièrement, considèrent le budget alloué à la lutte contre les violences conjugales « trois fois inférieur aux besoins ». Face aux 360 millions d’euros mis sur la table par le gouvernement, les associations en attendaient 1 milliard.

Même si quatre lois dédiées à la lutte contre les violences ont été votées, qui ont permis d’allonger les délais de prescription pour les agressions sur les mineurs, ou encore de généraliser les mécanismes de protection des femmes victimes de violence, les auteurs du rapport accusent le gouvernement d’avoir choisi une « politique des petits pas ».

Un problème de mise en œuvre des mesures annoncées

C’est la mise en œuvre des mesures qui est en réalité décriée. Par rapport aux bracelets anti-rapprochement, les juridictions n’ordonneraient pas suffisamment de les porter, et lorsqu’elles le font, presque un tiers des dispositifs resteraient inactifs. Parmi les mesures rendues possibles par les engagements du gouvernement, la saisie des armes blanches des auteurs de violences n’est encore que trop faiblement prononcée.

La formation inachevée des forces de l’ordre à l’accueil des femmes victimes de violence est également considérée comme problématique, avec 90 000 policiers et gendarmes formés selon la ministre déléguée chargée de l’égalité femmes-hommes, sur 250 000 au total.

Trop peu de résultats sur l’égalité professionnelle

Encore une fois, les efforts du gouvernement sont salués, mais sont jugés insuffisants, notamment en relation aux résultats obtenus. L’instauration du congé paternité a certes permis des avancées, même si – d’une durée de 4 semaines – il est plus court qu’ailleurs en Europe et n’est pas obligatoire.

Les quotas mis en place pour les directions des entreprises sont considérés comme une avancée majeure, qui devrait permettre de « briser le plafond de verre », comme cela s’est produit pour les conseils d’administration après la loi Copé-Zimmerman.

Sur le plan strictement financier, les revalorisations de salaires dans les métiers à prédominance féminine, comme le milieu sanitaire, sont positives, même si le niveau de salaire des soignants reste bas dans son ensemble, indépendamment du sexe.

La lutte contre les pensions alimentaires impayées, étendue depuis le 1er mars, est aussi un enjeu majeur pour les familles monoparentales. Désormais, une agence de l’Etat leur versera les pensions alimentaires impayées, dès le premier mois de défaillance par l’ex-conjoint et sera chargée d’engager une action de recouvrement contre celui-ci. Etant donné que la plupart des familles monoparentales sont des femmes, les mouvements féministes ont salué cette avancée.

Des « efforts » salués en matière de diplomatie féministe et de droits sexuels et reproductifs

Les associations ayant participé à la rédaction du rapport se félicitent également de la mise en place d’une « diplomatie féministe », qui est selon elles à poursuivre. Cette action passe par un plaidoyer de la France pour l’égalité des sexes au niveau international, mais aussi par des mesures plus concrètes, comme le soutien des « mouvements féministes des Suds » par une enveloppe de 120 millions d’euros, engagés, entre autres, en faveur de l’entrepreneuriat des femmes en Afrique.

Plusieurs mesures très spécifiques sont aussi saluées par les organisations féministes, à l’instar de l’allongement du délai de l’IVG de 12 à 14 semaines, la mise en place de la PMA ouverte aux couples de femmes et aux femmes seules, mais aussi la gratuité de la contraception pour les femmes jusqu’à 25 ans. La lutte contre la précarité menstruelle, qui était jusque-là « un tabou », fait désormais partie des engagements des autorités qui « devront être tenus ».

Enfin, dans le cadre scolaire, il est déploré que l’obligation de tenir des cours d’éducation à la vie sexuelle et affective, pourtant obligatoires, ne soit pas suffisamment respectée, alors qu’elle serait un « formidable outil de promotion de l’égalité » entre les sexes et de lutte contre les discriminations.