Élection en Roumanie : le candidat d’extrême droite Călin Georgescu et la candidate pro-UE Elena Lasconi bientôt départagés

Les Roumains se rendront aux urnes dimanche 8 décembre pour le dernier tour de l’élection présidentielle afin de départager le pro-russe Călin Georgescu et la pro-européenne Elena Lasconi.

EURACTIV Roumanie
Pro-Europe Rally Held In Bucharest, Ahead Of Presidential Election Runoff
Les élections présidentielles roumaines sont cruciales en raison du rôle du président en tant que gardien de la constitution, médiateur entre le pouvoir de l’État et la société, et commandant en chef des forces armées. [Andrei Pungovschi/Getty Images]

Les Roumains se rendront aux urnes dimanche 8 décembre pour le dernier tour de l’élection présidentielle afin de départager le candidat controversé d’extrême droite pro-russe Călin Georgescu, et la pro-européenne Elena Lasconi, qui a une chance de devenir la première femme présidente du pays.

Au premier tour, Călin Georgescu a obtenu environ 22 % des voix, tandis qu’Elena Lasconi a récolté un peu plus de 19 % des suffrages.

Le vote en Roumanie commence dimanche, tandis que le vote au sein de la diaspora débute  vendredi et se poursuit jusqu’à dimanche — les prédictions actuelles montrent que les résultats pourraient aller dans les deux sens.

Selon un sondage publié mercredi, Călin Georgescu dispose d’une légère avance avec 47 % des voix, contre 43 % pour Elena Lasconi. Par ailleurs, 6,5 % des électeurs prévoient de s’abstenir, tandis que 2,7 % restent indécis.

Le sondage, réalisé par Atlas Intel du 2 au 4 décembre, ne prend pas en compte les électeurs étrangers qui ont voté pour Călin Georgescu au premier tour.

L’ascension du candidat d’extrême droite est largement perçue comme une protestation contre un système politique accusé de corruption et de stagnation. Bien qu’il se présente comme un « homme de l’extérieur », Călin Georgescu, âgé de 62 ans, a occupé plusieurs postes au sein du gouvernement, notamment au ministère des Affaires étrangères.

Les élections présidentielles roumaines sont cruciales en raison du rôle du président en tant que gardien de la constitution, médiateur entre le pouvoir de l’État et la société, et commandant en chef des forces armées.

Le président détermine également la politique étrangère, de sorte que l’impact d’un dirigeant anti-européen et anti-OTAN aurait une forte incidence.

Călin Georgescu a qualifié le bouclier antimissile de Deveselu (une base roumaine de l’OTAN) de « honte nationale » et a appelé à sa réévaluation.

« Tout sera évalué, les avantages pour l’avenir et les résultats constatés jusqu’à présent. Nous devons évaluer », a-t-il déclaré lors d’une émission télévisée mardi.

Le président a notamment le pouvoir de nommer le Premier ministre, sous réserve de l’approbation du parlement. S’il est élu, Călin Georgescu pourrait proposer George Simion, chef du parti extrémiste AUR, pour le poste.

Toutefois, le bloc d’extrême droite ne détient que 32 % des sièges au parlement, ce qui rend l’approbation peu probable.

En revanche, les partis pro-européens — le Parti social-démocrate (PSD), le Parti national libéral (PNL), l’Union sauvez la Roumanie (USR), l’Union démocrate magyare de Roumanie (UDMR) et les représentants des minorités nationales — ont annoncé mercredi qu’ils prévoyaient de former un gouvernement de coalition.

Elena Lasconi a annoncé qu’elle pourrait nommer le dirigeant du PSD, Marcel Ciolacu, au poste de Premier ministre, en dépit de la rhétorique anti-PSD de sa campagne. Cette décision potentielle a suscité des critiques et pourrait nuire à ses chances électorales.

Allégations d’ingérence électorale à la manière de l’Ukraine

Des documents confidentiels des services de renseignement, rendus publics mercredi par le président sortant Klaus Iohannis (Indépendants), ont révélé des irrégularités dans la campagne de Călin Georgescu. Bien qu’il n’ait déclaré aucune dépense de campagne, le Service roumain de renseignements (SRI) a identifié plus d’un million d’euros acheminés vers une campagne TikTok par deux hommes d’affaires. Cette campagne, coordonnée via Telegram et Discord, enfreint la législation roumaine et rappelle des tactiques utilisées en Ukraine avant l’invasion russe.

Le département d’État américain s’est dit préoccupé par l’ingérence de la Russie dans les élections roumaines et a averti que les propositions de Călin Georgescu — notamment la nationalisation de grandes entreprises et l’obligation pour l’État de détenir 51 % du capital — pourraient décourager les investissements américains.

Le ministère roumain des Affaires étrangères a réitéré son engagement à sauvegarder les institutions démocratiques.

Le bureau du procureur général a enquêté sur d’éventuelles fraudes électorales et sur le blanchiment d’argent en réponse aux révélations.

Dans le contexte des élections roumaines, la Commission européenne a renforcé son contrôle sur TikTok en vertu du Règlement sur les services numériques (DSR), comme l’a annoncé Henna Virkkunen, vice-présidente exécutive chargée de la Souveraineté technologique, de la Sécurité et de la Démocratie.

Pendant ce temps, l’eurodéputé Cristian Terheş et d’autres, ont demandé à la Cour constitutionnelle d’annuler le premier tour de l’élection présidentielle, citant des rapports de renseignement alléguant l’implication d’un « acteur étatique » derrière la campagne de Călin Georgescu.

Par ailleurs, le candidat d’extrême droite a provoqué une nouvelle controverse en apparaissant en public avec un dirigeant de la Néo-Légion — bien qu’il ait nié tout lien avec le mouvement —, qui est officiellement interdit en Roumanie. « Mon mandat apportera de l’ordre, de la discipline et peu de mots », a-t-il déclaré.

Jeudi, environ 3 000 Roumains ont organisé une manifestation pro-UE à Bucarest.