Élections européennes : l'extrême droite française courtise les petits patrons
À l'approche des élections européennes, le parti du Rassemblement national (RN) courtise les milieux économiques français, notamment les chefs des petites entreprises, se disant convaincu que les patrons « ont intégré » que l'extrême droite pouvait accéder au pouvoir.
À l’approche des élections européennes, le parti du Rassemblement national (RN) courtise les milieux économiques français, notamment les chefs des petites entreprises, se disant convaincu que les patrons « ont intégré » que l’extrême droite pouvait accéder au pouvoir.
Mercredi (20 mars), la tête de liste du parti Jordan Bardella, 28 ans, était l’invité de la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME), deuxième organisation patronale de France.
Un « grand oral » devant ses adhérents qui lui a permis de dérouler son programme.
Exonérations de cotisations sociales, « pause réglementaire », suppression d’impôts de production : « le RN a des mesures en faveur des entreprises, le poumon économique de la société », a souligné le jeune eurodéputé.
Il a aussi signifié sa volonté de donner un coup d’arrêt à la « surtransposition » de normes européennes.
De quoi séduire des patrons français prompts à dénoncer l’empilement des normes ou le poids selon lui disproportionné des impôts sur la production en France, par rapport aux autres pays européens.
Entre les deux tours de la dernière élection présidentielle en 2022, le Medef, premier syndical patronal français avait affiché clairement sa préférence pour le programme du président Emmanuel Macron face à Marine Le Pen, la cheffe du RN.
Le Medef avait jugé que les propositions de Mme Le Pen conduiraient « le pays à décrocher par rapport à ses voisins et à le mettre en marge de l’Union européenne ».
« Dialogue avec tous les partis »
Pour justifier l’invitation de M. Bardella mercredi, la CPME a défendu un besoin de « dialogue avec tous les partis politiques », réfutant toute « indulgence coupable » envers le parti d’extrême droite, en tête des sondages pour les Européennes.
L’Union des entreprises de proximité (U2P) et le Medef prévoient d’ailleurs eux aussi d’auditionner Jordan Bardella et les principaux candidats aux Européennes courant avril.
Mais le Medef n’invite le RN qu’avant les élections : hors évènements préélectoraux, « on n’invite pas des représentants du RN ou des extrêmes, c’est une vieille tradition », souligne-t-on dans cette organisation au cœur du pouvoir économique en France.
Pas question par exemple de convier le parti à l’université d’été du mouvement.
Programme économique « indigent »
Le Rassemblement national n’a pas « besoin » des grands patrons, rétorque un fidèle lepéniste.
Plus diplomate, le député RN Alexandre Loubet pense qu’ « il n’y a pas toujours de l’adhésion » de la part du patronat « mais une curiosité, pas malveillante » à l’égard du parti.
« Ils ont intégré qu’on pouvait accéder au pouvoir », poursuit l’élu qui est directeur de campagne du parti pour le scrutin de juin.
Le RN est conforté par des sondages qui soulignent sa progression en France chez les catégories socioprofessionnelles élevées et les indépendants, deux catégories dans lesquelles l’extrême droite a jusqu’alors accusé des contre-performances.
Tout à sa stratégie de normalisation, la tête de liste RN aux Européennes, Jordan Bardella promet « une politique budgétaire et monétaire raisonnable » en cas d’accession au pouvoir.
« Nous ne ferons pas n’importe quoi », a insisté le candidat mardi (19 mars) devant le Mouvement des entreprises de taille intermédiaire, CroissancePlus et France Invest.
Qu’importe si nombre de mesures détaillées devant les patrons se décident au niveau français plutôt qu’au niveau européen, ou si l’exonération de charges sociales est jugée « un peu démagogique » par François Asselin : « L’économie, c’est quelques convictions avec beaucoup de bon sens et de pragmatisme », évacue Jordan Bardella.
Un programme à géométrie variable dénoncé début mars par Ross McInnes, le président du conseil d’administration du motoriste Safran.
Dans une tribune publiée par le quotidien économique Les Echos, le Franco-Australien avait fustigé « l’indigence » du programme économique du RN, y voyant « un dangereux mélange de Nicolas Maduro (le président vénézuélien) et Liz Truss (l’éphémère Première ministre conservatrice britannique) ».