Élections slovaques : la victoire du socialiste Robert Fico ravit Viktor Orbán et inquiète l'UE

La victoire du pro-Poutine Robert Fico aux élections slovaques a réjoui Budapest, qui voit un allié accéder au pouvoir. Bien que le futur gouvernement ne soit pas encore connu, les appels au « réveil » de l’Europe se multiplient sur fond de craintes croissantes concernant les campagnes de désinformation de l’IA.

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Smer-SD party Robert Fico’s press conference after Slovakia’s parliamentary election 2023
Le Smer-SD (NI) de Robert Fico, initialement pressenti comme vainqueur, a obtenu 24,8 % des voix et cinq sièges aux élections européennes. [EPA-EFE/MARTIN DIVISEK]

La victoire du pro-Poutine Robert Fico aux élections slovaques a réjoui Budapest, qui voit un allié accéder au pouvoir. Bien que le futur gouvernement ne soit pas encore connu, les appels au « réveil » de l’Europe se multiplient sur fond de craintes croissantes concernant les campagnes de désinformation de l’intelligence artificielle (IA).

Le parti SMER-SSD de Robert Fico a remporté samedi (30 septembre) les élections législatives slovaques avec 23,37 % des voix, suivi par le parti libéral Slovaquie progressiste (PS) et ses 18 %, suivi du parti HLAS et ses 14,7 % et qui pourrait donc devenir le faiseur de rois.

Tout au long de la campagne législative, M. Fico, connu pour ses positions pro-Poutine, a déclaré que le soutien militaire à l’Ukraine « n’a fait que prolonger le conflit » et s’est engagé à lutter contre « les sanctions qui font plus de mal à l’UE qu’à la Russie ».

S’il parvient à former une coalition opérationnelle, il a clairement indiqué qu’il n’enverrait pas plus d’armes et de munitions à l’Ukraine.

À la suite des résultats, la présidente slovaque Zuzana Čaputová a déclaré qu’elle respecterait la tradition politique et donnerait au vainqueur une chance de former un gouvernement. Une coalition avec le Parti national slovaque (SNS) et HLAS pourrait donner à M. Fico une majorité confortable.

M. Fico a déclaré que ses priorités après son entrée au gouvernement seraient de mettre en place des contrôles à la frontière avec la Hongrie et de renvoyer le procureur spécial et le chef de la police, qui ont passé les dernières années à enquêter sur la corruption politique de l’ère SMER.

« Devinez qui est de retour ! Félicitations à Robert Fico pour sa victoire incontestable aux élections législatives slovaques. Il est toujours bon de travailler avec un patriote », a commenté le Premier ministre hongrois Viktor Orbán, alimentant ainsi les spéculations selon lesquelles M. Fico et M. Orbán deviendraient des alliés pour défier les autres États membres en matière de soutien à l’Ukraine et à l’État de droit.

Mais l’ancien premier ministre Peter Pellegrini, leader de HLAS, pourrait également former une coalition avec Slovaquie Progressiste, le Mouvement chrétien-démocrate (KDH) et le parti libertaire Liberté et solidarité (SaS).

Selon le Denník N, HLAS pourrait se laisser convaincre si l’un de ses membres est pressenti pour être Premier ministre de cette coalition.

Cependant, les commentaires récents de Pellegrini suggèrent qu’il préfère une coalition avec M. Fico. Lors d’un débat télévisé, il a déclaré que le SMER était plus proche idéologiquement de son parti, tout en critiquant les nationalistes du SNS.

Or, une coopération avec le SNS offrirait au SMER dix voix incontournables. Les sondages préélectoraux indiquaient plutôt qu’il devrait coopérer avec le parti d’extrême droite Republika. Sauf que M. Pellegrini, le faiseur de rois, n’en veut pas.

L’UE doit se réveiller, selon Nathalie Loiseau

En réaction à ces élections, l’eurodéputée française Nathalie Loiseau et chef de campagne pour 2019 de la délégation française pro-Macron Renaissance a déclaré à la télévision que l’Europe devait se réveiller suite aux résultats.

« Il y a un risque pour ce pays, il y a un risque pour d’autres pays aussi » de tomber dans des récits pro-russes, a-t-elle déclaré sur Franceinfo dimanche (1er octobre).

« Ceux qui disent que les partis racistes, populistes [et] pro-russes ne peuvent pas accéder à des fonctions supérieures feraient mieux de regarder du côté de Bratislava », a-t-elle ajouté.

Le bureau de M. Macron, qu’Euractiv a contacté dimanche, a refusé de commenter. Au moment de la rédaction de cet article, ni les ministres des Affaires étrangères ni les ministres de l’UE n’avaient commenté les résultats.

L’eurodéputée française Valérie Hayer, co-chef de la délégation Renaissance au Parlement européen, a, elle, parlé d’un « jour sombre pour l’Ukraine et l’unité de l’Occident », tandis que M. Fico a affirmé que la Slovaquie avait des « problèmes plus urgents » que la guerre en Ukraine.

La victoire de M. Fico est « préoccupante », alors qu’une « réflexion sur l’avenir de l’Europe et de la démocratie est nécessaire », a posté Pierre Moscovici, ancien commissaire européen aux affaires économiques et financières, sur X.

Věra Jourová, préoccupée par la désinformation

Dimanche (1er octobre), la vice-présidente de la Commission européenne chargée de la Transparence, Věra Jourová, a déclaré que la Commission respectait les résultats des élections législatives slovaques. Elle n’a pu néanmoins taire ses craintes liées à la désinformation ayant accompagné ces élections.

Par exemple, une fausse vidéo produite par une intelligence artificielle a circulé en Slovaquie avant les élections, avec le leader de Progressive Slovakia (Renew) Michal Šimečka « annonçant » une augmentation des prix de la bière. Mme Jourová a prévenu que l’utilisation abusive de la technologie pourrait menacer la démocratie européenne.

« C’est la Slovaquie progressiste qui a dû faire face à un élan de désinformation sans précédent. C’est ce qui ressort de toutes les enquêtes dont je dispose et des plateformes qui m’ont fourni un rapport sur l’état des campagnes de désinformation la semaine dernière. Nous avons constaté que l’espace slovaque d’information a été largement inondé par l’extrême droite, mais aussi par des sources pro-Kremlin », a déclaré Mme Jourová à la télévision tchèque dimanche.

Katarína Klingová, chargée de recherche à GLOBSEC, un groupe de réflexion, partage le même point de vue. Selon elle, la campagne législative slovaque a été marquée par un niveau élevé de désinformation en ligne et de récits pro-russes.

« Ce sont les acteurs politiques nationaux qui sont les principaux auteurs et diffuseurs de désinformation [en Slovaquie] », a déclaré M. Klingová.

Mme Jourová n’a pas voulu spéculer sur l’influence que cela aurait pu avoir sur les résultats.

« Nous respectons le choix des citoyens slovaques. Ils ont eu la possibilité de décider de manière autonome, mais avec un haut degré de manipulation », a déclaré la commissaire tchèque.

Mme Jourová estime que la nouvelle loi sur les services numériques, qui est entrée en vigueur à la fin du mois d’août, pourrait déjà avoir un impact sur les élections européennes de l’année prochaine.

En vertu de ce règlement, les plateformes en ligne doivent garantir une meilleure protection de la vie privée des utilisateurs et lutter contre les contenus illégaux. Elles ne doivent pas, par exemple, contenir d’appels à la violence et au meurtre, de messages alarmistes ou d’approbation d’agressions.

Les socialistes européens mal à l’aise

À Bruxelles, le SMER est affilié aux socialistes européens (PSE), qui ont désormais toutes les raisons de se sentir mal à l’aise.

Les socialistes européens ont toujours critiqué le Parti populaire européen (PPE) de centre droit pour la présence du parti Fidesz d’Orban dans ses rangs.

Bien que le Fidesz ait finalement été exclu du PPE, les socialistes européens n’ont jamais pris les mesures adéquates pour faire face à leur propre démon.

En 2022, alors qu’il était dans l’opposition, M. Fico a déclaré à plusieurs reprises que les journalistes constituaient « un groupe criminel organisé ayant pour objectif de briser l’État slovaque » et a demandé à la police slovaque d’enquêter sur eux.

Ses démêlés avec les journalistes ne sont pas nouveaux, et M. Fico a même été contraint de démissionner de son second mandat de Premier ministre à la suite du meurtre du journaliste d’investigation Jan Kuciak et de sa fiancée. Au moment de son assassinat, Kuciak enquêtait sur la corruption au sein du gouvernement et du cercle de M. Fico.

Le parti SMER a été le premier à être suspendu du Parti socialiste européen (PSE) pour dix mois en 2006, en réponse à son gouvernement de coalition avec le Parti national slovaque d’extrême droite. Le SMER a également été menacé de suspension en 2015 en raison de la rhétorique anti-migrants de son leader.

Depuis lors, le PSE a accordé un soutien mitigé au SMER, compte tenu de ses racines socialistes et de la nécessité de disposer des quatre eurodéputés que le parti apporte au Groupe des socialistes et démocrates européens (S&D) au Parlement européen.

Le PSE a également été confronté à des appels répétés à prendre des mesures contre le parti de M. Fico et, dans une lettre ouverte, les eurodéputés slovaques de Renew et du PPE ont écrit que M. Fico « aidait à diffuser la propagande du Kremlin ».

Avant les élections, la présidence du PSE a révélé dans une déclaration qu’elle avait discuté avec le SMER-SSD de ses préoccupations concernant les positions rapportées de M. Fico et a souligné l’importance de défendre les valeurs sociales-démocrates, y compris la démocratie, le respect du droit international, l’opposition à l’agression et le soutien aux valeurs progressistes au sein de tous les partis membres du PSE.

Contacté par Euractiv, un porte-parole du S&D a confirmé que le groupe était « entièrement d’accord » avec la déclaration de la présidence du PSE et qu’il partageait les inquiétudes concernant les positions de Robert Fico, leader du SMER-SD, telles qu’elles ont été rapportées.