Emma Bonino : Ce n'est pas l'euro le problème, c'est le manque de gouvernance

La crise de la zone euro résulte plutôt de problèmes politiques qu’économiques ou financiers, selon Emma Bonino, vice-présidente du sénat italien et ancienne commissaire européenne. Elle a déclaré à EURACTIV Italie qu’il s’agissait surtout d’un problème de gouvernance.

EURACTIV.com
Emma Bonino

La crise de la zone euro résulte plutôt de problèmes politiques qu’économiques ou financiers, selon Emma Bonino, vice-présidente du sénat italien et ancienne commissaire européenne. Elle a déclaré à EURACTIV Italie qu’il s’agissait surtout d’un problème de gouvernance.

 

Le sommet européen de cette semaine (28-29 juin) ne sera pas une réunion comme les autres : « Il s'agit d'une date clé pour l'UE, presque un point de non-retour », a-t-elle déclaré, insistant sur la nécessité d'aboutir à des Etats-Unis d'Europe.

 

Elle s'est exprimée en marge d'une conférence organisée para le Mouvement européen italien, en amont du mini-sommet de Rome le 22 juin dernier.

 

Mme Bonino est du même avis que le premier ministre italien, Mario Monti, qui a affirmé que les dix jours précédant le sommet de cette semaine seraient cruciaux pour l'Europe.

 

« La crise de la dette qui empire en Europe a permis que les mots « fédéralisme » et « fédéraliste » ne soient plus des concepts tabous », comme c'était le cas il y a une dizaine d'années, lorsque le succès de l'euro a anesthésié le sentiment fédéraliste sur le vieux continent, a-t-elle expliqué.

 

Lors de cette conférence, le ministre italien des affaires européennes, Enzo Moavero, et le dirigeant de l’organisation patronale italienne, Giorgio Squinzi se sont exprimé en faveur d'une intégration politique renforcée pour sauver l'Europe de la crise.

 

A l'issue de cette réunion, Romano Prodi, ancien premier ministre italien et président de la Commission européenne, a déclaré que le manque de souveraineté « revêtait une signification politique profonde ».

 

Le plus grand défi que l'Europe doit aujourd'hui relever est de progresser vers une union politique : « L'Europe doit devenir un molosse comme la Chine et les Etats-Unis », car ce n'est qu'ainsi qu'elle pourrait relever les défis économiques mondiaux. « Pour sortir de l'impasse, les pays européens doivent se montrer unis. Même l'Allemagne, l'économie la plus forte d'Europe, ne pourra pas s'en sortir seule. »

 

Les employeurs italiens, français, allemands et britanniques ont souligné la nécessité de trouver des solutions financières pour sauver l'Europe, comme le pacte budgétaire, les euro-obligations et un rôle plus important pour la BCE.

 

La plupart des décideurs politiques s'accordent à dire que pour bâtir une Europe fédérale et résoudre le dilemme de la souveraineté, l'Europe devra gagner la confiance des citoyens.

 

En référence à la crise de la dette souveraine en Italie, Mme Bonino a reconnu que son pays avait d'abord nié la réalité de la crise, puis qu'il l'avait minimisée, puis prétendu ne pas être touché pour se retrouver en grande difficulté.

 

« Mario Monti est un incident bénin », a déclaré Mme Bonino, expliquant que l'actuel premier ministre italien, un technocrate, était aujourd'hui paralysé par la politique.

 

« J'avais prédit qu'en janvier, nous serions en plein coeur d'un Vietnam parlementaire : je me suis un peu trompée dans les dates, mais nous sommes en plein dedans. M. Monti n'est pas King Kong et toutes ses propositions ne sont pas infaillibles », a-t-elle ajouté avant de souligner que ses propositions de croissance se concentraient trop sur les infrastructures lourdes et pas assez sur l'innovation numérique.