Emmanuel Macron accusé de piller le programme de la droite
Après l’annonce du programme d’Emmanuel Macron jeudi dernier (17 mars), la candidate Les Républicains Valérie Pécresse, ainsi que ses soutiens, a réagi en dénonçant le plagiat du programme de la droite.
Après l’annonce du programme d’Emmanuel Macron jeudi dernier (17 mars), la candidate Les Républicains Valérie Pécresse, ainsi que ses soutiens, a réagi en dénonçant le plagiat du programme de la droite, que le président sortant cherche à séduire.
En 2017, le jeune candidat Emmanuel Macron avait forgé le « en même temps ». En 2022, il récidive en distillant des mesures qui sont des marqueurs forts, tantôt de la droite, tantôt de la gauche. Même s’il assure qu’il s’en « fiche royalement, présidentiellement » de savoir comment les commentateurs et ses adversaires le classent sur l’échiquier politique.
De droite sur l’économie
Marque de la droite libérale depuis toujours, la méritocratie est placée au cœur du projet présidentiel pour les cinq années à venir, si Emmanuel Macron était réélu en avril prochain.
Parmi les propositions qui a le plus fait réagir, celle de conditionner le versement du revenu de solidarité active (RSA) à des heures d’activité était déjà présente dans le programme de Valérie Pécresse, qui préconisait que les bénéficiaires du RSA donnent « 15 heures d’activité à la société ». M. Macron va même un peu plus loin, en proposant « 15 à 20 heures par semaine pour une activité permettant d’aller vers l’insertion professionnelle ». Le centre qui dépasse la droite… par sa droite.
Quant à la retraite, le président sortant reprend encore une fois une proposition chère à la droite, et durcit ses propres positions par rapport à 2017. À l’époque, dans son programme, il n’était pas question de report de l’âge de départ légal à la retraite, tandis qu’aujourd’hui, un allongement progressif « jusqu’à 65 ans » a été annoncé par le candidat à sa propre succession. De quoi faire grincer des dents Mme Pécresse, qui compte également poursuivre cet objectif.
Cette stratégie s’inscrit dans la nécessité, selon M. Macron, de « travailler plus », formule martelée lors de la conférence de presse de jeudi dernier, et qui fait étrangement écho, dans les oreilles de l’électeur de droite, au slogan sarkozyste « travailler plus pour gagner plus ».
Le thème des successions est un sujet à part, puisque la quasi-totalité des candidats – de droite comme de gauche – souhaite une baisse de la fiscalité en la matière. Emmanuel Macron et Valérie Pécresse ont néanmoins des propositions proches, souhaitant une défiscalisation des successions à hauteur, respectivement, de 150 000 € et de 200 000 €.
Ils envisagent de même la création d’un nouvel abattement spécifique pour les héritiers en ligne indirecte (pour les neveux et nièces par exemple).
Question chère à l’électorat libéral et de droite, la fiscalité devrait être un levier pour l’amélioration du pouvoir d’achat, selon M. Macron, ainsi que pour l’ensemble des candidats de la droite.
Tous assurent qu’ils supprimeront la redevance audiovisuelle – qui coûte 138 euros annuels aux ménages –, mais pas avec les mêmes conséquences : Mme Pécresse et M. Macron considèrent comme nécessaire le maintien du service public de l’audiovisuel ainsi que son financement, tandis que les candidats d’extrême droite promettent de le supprimer.
Quelle riposte pour la droite ?
Ainsi, avec un président sortant plutôt centriste, mais qui chasse de plus en plus sur les terres de la droite, la question de la riposte et du ton à adopter à son égard se pose. D’autant plus dans un contexte où nombre de personnalités influentes de la droite annoncent leur ralliement au camp présidentiel.
Valérie Pécresse insiste d’abord sur le fait que son programme – hormis dans ses aspects économiques – s’oppose à celui d’Emmanuel Macron, « un projet du déni et de la contrefaçon », qu’elle juge laxiste sur les questions de sécurité et d’immigration notamment.
Elle s’interroge aussi sur la crédibilité de M. Macron, qui voudrait, selon elle, « faire croire qu’il fera dans les cinq prochaines années ce qu’il n’a pas fait dans les cinq dernières ». Mme Pécresse avance sa capacité à réformer, s’indignant de « l’immobilisme » qui aurait caractérisé la politique des gouvernements successifs d’Emmanuel Macron.
Réserve de voix et électorat macroniste de plus en plus à droite
Cette stratégie du candidat Macron s’inscrit dans un chantier de déstabilisation – voir de siphonnage – de la droite modérée, débuté en 2017. Au lendemain de son élection à la tête de l’État, il nommait plusieurs personnalités de droite dans l’exécutif – Édouard Philippe à Matignon, Bruno Le Maire et Gérald Darmanin à Bercy.
Elle a ainsi permis d’attirer progressivement de plus en plus d’électeurs de droite, séduits par l’action présidentielle, jusqu’à parvenir à un rééquilibrage de l’électorat macroniste, penchant désormais vers la droite. Pour la première fois, les électeurs de François Fillon de 2017 seraient maintenant plus à voter pour Emmanuel Macron (à hauteur de 39 %) que pour Valérie Pécresse (36 %), selon le dernier baromètre de l’institut de sondages Ipsos, publié lundi (21 mars).
Les réserves de voix sont également plus importantes à la droite d’Emmanuel Macron qu’à sa gauche, étant donné les faibles scores dont sont crédités ses concurrents socialiste et écologiste. C’est donc bien grâce à l’électorat de Mme Pécresse qu’il peut espérer les meilleures évolutions, étant donné que plus de la moitié des électeurs de la candidate Les Républicains ne sont toujours pas certains d’accorder leur voix à cette dernière.
Interrogé sur la possibilité de proposer à Valérie Pécresse un ministère dans son prochain gouvernement s’il était réélu, Emmanuel Macron a simplement fait savoir qu’il « n’exclu[ait] rien »… La tentative de phagocytage de la droite continue, mais la candidate LR semble, pour l’heure, y résister.