Emmanuel Macron progresse chez les seniors

En France, les retraités votent généralement plus à droite que le reste de la population. Longtemps attachés aux partis traditionnels, cette élection marque un basculement en faveur du Président sortant Emmanuel Macron.

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Les retraités ont davantage voté pour Emmanuel Macron lors de ce premier tour des élections présidentielles [Shutterstock / Lordn] [Lordn]

En France, les retraités votent généralement plus à droite que le reste de la population. Longtemps attachés aux partis traditionnels, cette élection marque un basculement en faveur du Président sortant Emmanuel Macron.

Selon une enquête réalisée juste avant l’élection, celui-ci a en effet recueilli 38 % des suffrages au premier tour dans la catégorie des plus de 65 ans, contre 28% dans la population générale. 10 points de plus. Valérie Pécresse a obtenu 8,5%, le double de son résultat final national (4,8).

De la droite à Emmanuel Macron

Malgré tout, c’est un petit tournant historique qui se dessine dans le vote sénior, sachant que cet électorat plus conservateur que la moyenne est longtemps resté attaché aux structures de droite bien installées dans le champ politique. En 2017, le candidat des Républicains François Fillon atteignait 36% chez les retraités et 45% chez les « 70 ans et plus ». Le pays lui avait alors accordé 20,01% des suffrages au premier tour, l’empêchant de se qualifier. Cet électorat avait également porté Nicolas Sarkozy en 2007, lors de sa victoire, ainsi qu’en 2012 malgré sa défaite au second tour.

Or, d’après la même enquête, « à peine un cinquième » de l’électorat de François Fillon a voté cette année pour la candidate des Républicains Valérie Pécresse.

Comment expliquer ce report sur Emmanuel Macron, qui avait peu marqué l’électorat âgé en 2017 ? Sa lutte contre les gilets jaunes a pu plaire à une partie d’entre eux, globalement moins tolérant au désordre, tout comme la gestion de la Covid qui a mis les séniors au centre des préoccupations. Enfin, la guerre en Ukraine a offert une stature de chef d’État au Président, verticalité et autorité appréciées du troisième âge.

Cette élection fait également ressortir une fracture générationnelle. C’est flagrant avec les candidats Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon qui ont du mal à imprimer chez les anciens. Dimanche dernier, les retraités n’ont voté qu’à 17% pour Marine Le Pen, alors qu’elle obtient de très hauts scores chez les 25-35 ans (28,1%) et les 35-49 ans (27,2%). Une dynamique similaire pour Jean-Luc Mélenchon qui atteint 37,7% chez les 18-24 ans et 30,5% chez les 25-35 ans, tandis que les séniors ne lui ont accordé que 11% des voix.

Forte mobilisation

L’autre enseignement du vote âgé, c’est la puissance mobilisatrice de cet électorat.

Lors du premier tour, l’abstention ne dépassait pas les 12% pour la catégorie des 60-69 ans. C’est beaucoup moins que pour les 18-24 ans (42%), les 25-34 (46%) et pour les 35-49 ans (22%). Passé 70 ans, l’abstention remonte légèrement avec 23% des plus de 70 ans.

Même configuration en 2017, où l’abstention était de 16% chez les 60-69 ans et 12% chez les plus de 70 ans. Pour les élections intermédiaires, l’écart est plus notable encore : pour les municipales de 2014 (celles de 2020 sont biaisées par la crise Covid), les plus de 65 ans étaient deux fois plus mobilisés (81 %) que les 18-24 ans (47 %) !

Cette implication s’explique par un ancrage territorial qui favorise la participation à la vie sociale, que ce soit à l’échelon local et national. Rappelons que 8 retraités sur 10 sont propriétaires de leur résidence principale.

Ruée vers « l’or gris »

Emmanuel Macron et Marine Le Pen, désormais au second tour, ont placé le troisième âge au cœur de leur projet politique. Une nouvelle ruée vers « l’or gris » qui a entrainé tous les candidats. Augmentation des pensions de retraites, autonomie, pouvoir d’achat… à gauche comme à droite, le sort des ainés est devenu une priorité.

Si la réforme des retraites engagée par le Président de la République– allongement de la durée de travail à 65 ans –  a provoqué des remous dans la population, c’est moins le cas parmi les retraités. D’après un sondage IPOS ces derniers sont moins convaincus (53%) par le retour de la retraite à 60 (avant la réforme de 2010) que le reste de la population (71% parmi tous les Français).

Après avoir fait l’impasse sur la sortie de l’euro ces dernières années, la candidate du Rassemblement national est également revenue sur la retraite à 60 ans « pour tous ». Elle souhaite dorénavant « permettre à ceux qui ont commencé à travailler avant 20 ans pendant 40 annuités de prendre leur retraite à 60 ans ». Deux inflexions vues comme des compromis en faveur l’électorat âgé.

Les séniors sont-ils les nouveaux « faiseurs de rois » ? Une question légitime, d’autant que se sont constitués partout en Europe de véritables forces sociétales de défense de leurs intérêts. En France, la Confédération Française des Retraités (CFR) rassemble 6 fédérations, et revendique 1,5 million d’adhérents, l’objectif étant de « mieux faire entendre la voix des retraités ». Ce pouvoir structuré qui émerge depuis une trentaine d’année a de plus en plus d’influence sur les pouvoirs publics.

Si les plus de 65 ans représentent 19% de la population et un tiers des votants aujourd’hui, leur place dans la société ne fera que croître. En 2030, les plus de 65 ans représenteront 30 % de la population française.