Emmanuel Macron prône l’« audace » pour contrer l’affaiblissement de l’Occident

Dans le traditionnel discours aux Ambassadeurs, lundi (28 août), le président français a plaidé pour des changements institutionnels de l’Union européenne, pour « faire face aux défis présents », dont le maintien de l’influence de l’Europe et de l’Occident.

Euractiv France
President Macron gives speech on France’s foreign policy
Pendant près de deux heures, le président français Emmanuel Macron a tracé la feuille de route de la diplomatie française, lundi (28 août) à l’Élysée, devant un parterre d’ambassadeurs. [EPA-EFE/TERESA SUAREZ / POOL]

Dans le traditionnel discours aux Ambassadeurs, lundi (28 août), le président français a plaidé pour des changements institutionnels de l’Union européenne, pour « faire face aux défis présents », dont le maintien de l’influence de l’Europe et de l’Occident dans le monde.

Pendant près de deux heures, le président français Emmanuel Macron a tracé la feuille de route de la diplomatie française, lundi (28 août) à l’Élysée, devant un parterre d’ambassadeurs.

Il a détaillé sa vision des priorités et des intérêts de la France et de l’Europe, à un moment où le « contexte international se complique et fait courir le risque d’un affaiblissement de l’occident et plus particulièrement de notre Europe ».

D’après le président français, les Européens assistent à une « dilution objective de [leur] population, de [leur] richesse produite de [leur] part dans les échanges mondiaux » et à une « remise en cause progressive de l’ordre international ».

Cela est exacerbé par les nouvelles puissances internationales, par la crise énergétique – « l’Europe n’étant pas productrice d’énergies fossiles » -, mais aussi par une « politique du ressentiment qui se nourrit ici de l’anticolonialisme réinventé ou fantasmé, là d’un anti-occidentalisme instrumentalisé ».

Un ordre international bousculé tant par « la volonté de faire émerger un ordre alternatif », comme en témoigne le sommet des BRICS élargi, que par les « tensions sino-américaines », qui ont par exemple abouti à remettre en question les règles du commerce international, a déclaré M. Macron, en référence à l’IRA américain par exemple.

Ainsi, outre les enjeux pour la diplomatie et les Armées françaises, l’un des leviers d’action se joue au niveau européen, a expliqué le chef de l’État.

D’abord, M. Macron a de nouveau plaidé pour « une plus grande implication européenne » au sein de l’Alliance atlantique. « Le pilier européen [dans l’OTAN] n’est pas l’ennemi de l’OTAN », mais doit servir à « plus prendre en charge nos responsabilités » en matière de défense.

Cela doit permettre d’effectuer une « sortie de la situation de minorité géopolitique des Européens au sein de l’OTAN », et nécessite une montée en puissance de l’industrie de défense européenne.

Cependant, il est nécessaire « penser une stabilité européenne qui ne soit pas uniquement sécuritaire », a poursuivi le président, qui souhaite construire « une Europe géopolitique ». Pour ce faire, la Communauté politique européenne (CPE), lancée peu après le début de la guerre en Ukraine, est un facteur « déterminant » pour parvenir à « une Europe de la paix ».

La quarantaine d’États membres de la Communauté se retrouveront pour un troisième sommet en un an en octobre, en Espagne, où ils échangeront autour de grands sujets comme la sécurité, l’économie, l’environnement et l’immigration.

La réforme institutionnelle de l’UE

Cela requiert, selon le président de la République, de procéder, en parallèle à l’élargissement, « en particulier à l’égard des Balkans occidentaux », à des changements institutionnels. « Le cœur de l’Europe a besoin d’être plus intégré si on veut faire face aux défis présents », a-t-il indiqué.

« Donc il nous faut une certaine audace pour accepter plus d’intégration sur certaines politiques, peut-être d’ailleurs plusieurs vitesses de cette Europe », a-t-il précisé.

Alors, « l’Union européenne sera un pilier de la stabilité, de cet ordre nouveau ».

Cela passe également par « une plus grande lucidité géopolitique et militaire des Européens, une volonté d’avoir plus d’autonomie, une volonté de préserver notre Union et de conserver aussi une dynamique d’approfondissement pour les membres qui sont prêts ».

Pour y parvenir, l’UE doit par exemple rester « ferme sur la doctrine » vis-à-vis de la Russie, a jugé le président français, ajoutant que « la Russie ne peut ni ne doit gagner cette guerre ». « Ce sera un investissement financier, diplomatique et capacitaire considérable pour les années à venir » que de poursuivre cet objectif, a-t-il reconnu.

Réforme de la gouvernance mondiale

Plus largement, pour contrer le déclin occidental, le président a plaidé pour « une réforme profonde de la gouvernance mondiale », par exemple du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale.

Cela doit servir à inclure des pays qui n’en font pas partie à ce jour, faute de quoi « nous laisserons créer un ordre alternatif et nous irons vers la marginalisation de notre propre système ».

Aussi, M. Macron a de nouveau demandé de faire preuve d’« audace », afin de travailler « à des formats nouveaux » de coopérations entre les Européens et des pays émergents, dont l’Inde, le Brésil et l’Afrique du Sud, et pour « ne pas nous enfermer dans les formats existants ».