Emmanuel Macron se prononce à nouveau pour une levée de l'anonymat sur internet
Dans un entretien accordé au journal Le Point, le président sortant et candidat à sa réélection, Emmanuel Macron, réaffirme son opposition à l'anonymat en ligne et dit ne pas fermer la porte à un démantèlement des plateformes.
Dans un entretien accordé au journal Le Point, le président sortant et candidat à sa réélection, Emmanuel Macron, réaffirme son opposition à l’anonymat en ligne et dit ne pas fermer la porte à un démantèlement des plateformes.
Emmanuel Macron pourrait bien relancer la discussion autour de l’anonymat en ligne, serpent de mer du débat public depuis les débuts d’internet.
« Dans une société démocratique, il ne devrait pas y avoir d’anonymat. On ne peut pas se promener encagoulé dans la rue. Sur Internet, les gens s’autorisent, car ils sont encagoulés derrière un pseudo, à dire les pires abjections », a déclaré le président sortant au journal Le Point.
Ce n’est pas la première fois que M. Macron appelle à s’attaquer à l’anonymat en ligne. En janvier 2019, il disait déjà son ambition d’aller « vers une levée progressive de toute forme d’anonymat » dans le cadre d’une discussion menée dans le cadre du « Grand débat national ».
Un positionnement qui n’est pas nouveau donc, mais qui contraste avec celui de son secrétaire d’État au Numérique, Cédric O.
Quelques jours après l’assassinat de Samuel Patty en octobre 2020, M. O écrivait sur Medium que « la question de “l’anonymat” en ligne est un très mauvais combat » au motif que les utilisateurs sur les réseaux sociaux ne sont « pas anonymes, mais simplement sous pseudonyme ».
« Une obligation d’identification serait non seulement aisément contournable, mais aussi juridiquement très incertaine », prévenait-il alors.
L’anonymat sur Internet n’existe pas en réalité, car cela supposerait que les forces de l’ordre et la justice n’aient aucun moyen de remonter jusqu’aux personnes ayant commis des infractions en ligne.
Or, les fournisseurs d’accès et les réseaux sociaux eux-mêmes disposent d’une grande quantité d’informations sur leurs clients et utilisateurs : nom, adresse, coordonnées bancaires, téléphones, adresse IP, etc.
Démantèlement des géants américains ?
Dans son interview accordée au journal, Emmanuel Macron ne s’arrête pas là et s’en prend plus globalement aux « plateformes [qui] viennent utiliser nos libertés antiques ou post-révolutionnaires pour les détourner de leur essence ». « Il faut créer un ordre public, comme dans la rue. Ce n’est pas l’état de nature ! », estime-t-il.
« Sur les réseaux sociaux, on peut tuer des réputations, propager des fausses nouvelles, pousser des gens au suicide », poursuit-il, critiquant au passage la « vision du monde » de Mark Zuckerberg et d’Elon Musk, « actionnaire de Twitter et […] libertarien ».
Selon le chef d’État, ce qu’il appelle les « directives » DMA et DSA, les deux règlements phares en cours de finalisation à Bruxelles pour réguler le marché numérique et les contenus en ligne, « sont un début de réponse » au problème.
S’il n’est « pas trop tard » pour que l’Europe rattrape son retard et propose des alternatives aux géants américains, « il ne faudra pas exclure un démantèlement si cela se révélait nécessaire », souligne M. Macron, prenant en exemple le président américain Theodore Roosevelt et ses politiques antitrust.
Sur le sujet du cloud, le président français assume que bâtir des solutions françaises et européennes « prendra du temps et représentera un investissement énorme ». « Assurer notre souveraineté dans les domaines des plateformes, des applications mobiles, des métavers, du cloud de la cybersécurité nous prendra dix ans », juge-t-il.