En coulisses, l’Ukraine continue d’insister sur les livraisons militaires

Alors que l’Ukraine s’apprête à affronter un nouvel hiver de guerre, elle continue d’insister sur l’urgence des livraisons de munitions et de matériel de défense aérienne, mais les discussions sur cette aide militaire se déroulent de moins en moins sous les feux des projecteurs.

EURACTIV.com
President Volodymyr Zelenskyi Presented Ukraine’s Plan For Victory To Verkhovna Rada
Depuis deux ans et demi, le président ukrainien Volodymyr Zelensky ne cesse de demander aux dirigeants européens et mondiaux une aide militaire supplémentaire pour lutter contre les forces russes sur le terrain. [Andrii Nesterenko/Global Images Ukraine via Getty Images]

Alors que l’Ukraine s’apprête à affronter un nouvel hiver de guerre, elle continue d’insister sur l’urgence des livraisons de munitions et de matériel de défense aérienne, mais les discussions sur cette aide militaire se déroulent de moins en moins sous les feux des projecteurs.

Depuis deux ans et demi, le président ukrainien Volodymyr Zelensky ne cesse de demander aux dirigeants européens et mondiaux une aide militaire supplémentaire pour lutter contre les forces russes sur le terrain.

Mais à quelques semaines du début d’un hiver qui s’annonce difficile pour les forces armées ukrainiennes, les discussions sur le soutien militaire semblent se dérouler de plus en plus à huis clos.

Après avoir rencontré les ministres de la Défense de l’OTAN jeudi 17 octobre et leur avoir présenté son « plan de victoire », le président ukrainien n’avait qu’une seule demande à formuler publiquement en matière de soutien militaire.

« Nous demandons aux membres de l’OTAN de se tenir prêts à annoncer une aide financière [militaire] de 40 milliards d’euros d’ici le prochain sommet de l’OTAN qui se tiendra à La Haye cet été », a-t-il déclaré à la presse au siège de l’Alliance à Bruxelles.

Au lieu de s’étendre sur les besoins de l’Ukraine en matière de défense, Volodymyr Zelensky a remercié ceux qui l’ont soutenu et a demandé une nouvelle fois que l’Ukraine soit invitée à rejoindre l’alliance militaire occidentale. « Inviter l’Ukraine à adhérer à l’OTAN nous renforcera sur le plan diplomatique et nous rapprochera d’une paix équitable », a-t-il affirmé.

Les besoins de l’Ukraine sont exposés dans le plan de victoire en cinq points, que le responsable politique a également présenté aux dirigeants de l’Union européenne (UE) plus tôt dans la journée de jeudi. Il s’agit notamment de la levée des restrictions sur l’utilisation des armes occidentales et d’une contribution à la défense aérienne ukrainienne.

Jeudi, le président ukrainien a simplement déclaré aux journalistes qu’il fallait « équiper les troupes » ukrainiennes.

Kiev ne semble actuellement plus chercher à faire publiquement pression sur le Royaume-Uni, les États-Unis et la France pour qu’ils autorisent l’utilisation des armes qu’ils ont fournies contre les troupes russes sur le territoire russe.

Au fil des ans, certains des États soutenant l’Ukraine se sont abstenus de communiquer des informations publiques sur leurs livraisons à Kiev, de peur de rendre publiques des informations qui pourraient ensuite être utilisées par la Russie.

« [Le président russe] Vladimir Poutine est le seul à bénéficier du débat public à ce sujet », a déclaré à Euractiv le ministre britannique de la Défense, John Healey, lorsqu’il a été interrogé sur les annonces à venir concernant la levée des interdictions, en marge de la réunion ministérielle.

De son côté, le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, a assuré que « tant que l’Ukraine ne fera pas partie de l’OTAN, nous veillerons à ce qu’elle dispose de tout ce dont elle a besoin pour s’imposer ».

Le Néerlandais, qui a récemment pris la tête de l’alliance militaire, a ajouté que « pour [que l’Ukraine puisse] l’emporter […] il sera essentiel que nous [lui] fournissions une aide militaire ».

Parallèlement à cela, l’impact de l’aide fournie actuellement sur le champ de bataille reste assez flou, puisque l’on ignore dans quelles capacités militaires les aides fournies par les pays de l’OTAN ont été investies exactement.

Les stocks de Kiev et les livraisons à venir restent un sujet sensible, étant donné que Moscou stocke des armes et se prépare à cibler pendant l’hiver les infrastructures critiques du pays, notamment l’industrie de la défense et les centrales électriques.

La Russie a l’avantage

En coulisses donc, les partisans de l’Ukraine « continuent à se concentrer sur la défense aérienne, sur l’approvisionnement en munitions et sur le maintien et l’augmentation du niveau d’assistance militaire », a indiqué un responsable de l’OTAN à Euractiv.

Une éventuelle offensive ukrainienne au printemps « pourrait fournir une occasion de changer la dynamique du champ de bataille, et c’est certainement ce que nous recherchons », a-t-il ajouté.

Les livraisons d’aide s’effectuent parallèlement aux pourparlers diplomatiques menés par l’Ukraine et ses soutiens, même si Vladimir Poutine n’a montré aucun intérêt à s’asseoir à la table des négociations.

À l’heure actuelle, la Russie « continue de faire des progrès tactiques modestes mais réguliers à l’ouest », a précisé un haut responsable de l’OTAN, bien que Moscou ne dispose pas des munitions et des unités nécessaires pour « une offensive majeure réussie ».

Néanmoins, pour l’instant, l’Ukraine reste désavantagée sur le terrain : « La Russie conserve un avantage quantitatif significatif sur l’Ukraine en termes de munitions, d’effectifs et d’équipements », a également déclaré le haut responsable.

Selon les données de l’OTAN, les forces russes recrutent environ 30 000 nouveaux soldats par mois. Le pays produit également environ 3 millions de munitions par an, soit à peu près le même niveau que tous les membres de l’OTAN réunis, et peut maintenir cette production pendant plusieurs années.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]