En Europe, les poubelles deviennent de plus en plus « intelligentes »

Pour réduire les déchets ménagers, un nombre croissant de collectivités locales en Europe ont commencé à installer des puces électroniques sur les poubelles pour faire payer les citoyens en fonction du poids de celles-ci.

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Lorsque la puce est détectée par le collecteur de déchets, elle indique aux ménages le poids exact des déchets jetés. S’ils jettent plus que le minimum, la facture sera plus élevée, et si la quantité est inférieure, elle sera réduite. [<a href="https://www.shutterstock.com/image-photo/garbage-bin-black-bags-front-green-2350425791" target="_blank" rel="noopener">Photo credit : jbstocks / shutterstock.com</a>]

Pour réduire les déchets ménagers, un nombre croissant de collectivités locales en Europe ont commencé à installer des puces électroniques sur les poubelles pour faire payer les citoyens en fonction du poids de celles-ci.

Dans le cadre du Pacte vert pour l’Europe (Green Deal), la Commission européenne a fait de la réduction et de la valorisation des déchets l’une des priorités de sa transition écologique.

En France, certaines collectivités locales estiment que la réduction des déchets ménagers doit commencer par une prise de conscience de la quantité de déchets jetés et par un paiement en conséquence. Dans cette optique, certaines municipalités ont adopté le système de compteur des déchets intelligent , également appelé « paiement aux déchets » (pay-as-you-throw en anglais).

Lancé cette année par le groupe Suez, ce système consiste à ajouter une puce électronique à la poubelle de chaque foyer. Lorsque la puce est détectée par le collecteur de déchets, elle indique le poids exact des déchets jetés. S’ils jettent plus que le minimum prévu, la facture sera plus élevée, et si la quantité est inférieure, elle sera réduite.

« On a des compteurs d’eau, de gaz ou d’électricité intelligents, alors pourquoi pas avoir un compteur de déchets intelligent ? », a déclaré Antoine Bousseau, directeur général de Suez Recyclage & Valorisation France, lors d’un entretien avec BFM Business en décembre de l’année dernière.

Ce compteur de déchets intelligent est couplé à une application smartphone fournissant des informations sur le volume de déchets produits par catégorie.

« L’objectif est de voir si je jette beaucoup, plus ou moins qu’avant, plus ou moins que mon voisin », avait expliqué M. Bousseau.

Ces données seront également mises à la disposition des autorités locales pour leur permettre de suivre et d’anticiper les volumes de déchets produits. Ces dernières pourraient ainsi adapter leurs politiques publiques de réduction et de tri des déchets.

Ce système sera mis à la disposition de 80 000 résidents de Montauban, dans le sud-ouest de la France, pour la première fois cette année.

Et il semblerait que ce système fonctionne. En effet, selon une étude de l’Agence française pour la transition écologique (Ademe), près de la moitié des collectivités qui ont mis en place des systèmes de paiement aux déchets ont constaté une réduction de 30 à 50 % des volumes de déchets ménagers résiduels.

En 2022, 6,4 millions de personnes en France disposaient d’un tel système. L’objectif est de porter ce chiffre à 25 millions d’ici 2025, conformément à la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte (TECV) adoptée par le gouvernement français en 2015.

20 États membres de l’UE ont déjà adopté des systèmes similaires

La France n’est pas la seule à avoir adopté un système de collecte des déchets basé sur l’incitation. Au sein de l’UE, 20 États membres ont déjà adopté un système de paiement aux déchets, selon l’Agence européenne pour l’environnement (AEE).

En Belgique, les premières poubelles intelligentes sont apparues en Wallonie il y a près de 17 ans. Aujourd’hui, près de la moitié des collectivités locales les utilisent pour encourager le tri et réduire la production de déchets.

La première commune à avoir mis en place le système a été Chastre en 2016. Les résultats sont impressionnants : la quantité moyenne de déchets par personne est passée de 135 kg à 74 kg.

Selon Jean-Marie Thiry, conseiller municipal à Chastre, le système permet à la municipalité d’identifier les ménages qui produisent le plus de déchets et de « être proche du système du pollueur-payeur ».

Pour ceux qui dépassent la limite, une taxe supplémentaire pouvant aller jusqu’à 600 euros a été ajoutée à leur taxe communale de base, avait-il expliqué à RTL info l’année dernière.

Carte du Centre thématique européen sur l’économie circulaire et l’utilisation des ressources (ETC CE) réalisée sur base des évaluations d’alerte précoce de l’AEE liées aux objectifs de 2025 pour les déchets municipaux et d’emballage. [Source : AEE et ETC CE, 2022]

Un outil efficace pour réduire les déchets ménagers

Jack McQuibban, du groupe écologique Zero Waste Europe, estime que ce type de politique est « vraiment efficace pour réduire les déchets ménagers ».

Cependant, les systèmes de paiement aux déchets sont encore plus efficaces lorsqu’ils sont combinés à d’autres outils tels que des collectes spécifiques de déchets organiques, des mesures de prévention et une réduction de la fréquence des collectes de déchets non recyclés, a-t-il déclaré à Euractiv.

« L’investissement initial pour mettre en place cette politique est important, mais il est souvent financé par les États et l’Europe », répond-il lorsqu’on l’interroge sur les limites du système de paiement au déchet et le coût de sa mise en œuvre. De plus, une fois le système mis en place, « les retours sont largement positifs en termes de coût du traitement des déchets et de son financement », ajoute-t-il.

L’un des principaux défis consiste à appliquer le système aux grandes zones urbaines où les logements collectifs sont la norme, principalement en raison de la nécessité de mettre en place des points de dépôt volontaires accessibles au moyen d’un badge, comme c’est le cas à Parme et Ljubljana.

Un autre problème est que certains utilisateurs, craignant que les frais pour les déchets excessifs ne soient trop élevés, jetteront leurs déchets dans la nature ou dans une autre poubelle.

Protection de la vie privée

La protection de la vie privée et des données est un autre obstacle à l’adoption généralisée des systèmes de paiement au déchet.

Au Royaume-Uni, l’association Big Brother Watch, qui milite pour la protection de la vie privée, a prévenu que l’installation de puces électroniques dans les poubelles permettrait aux conseils municipaux d’examiner les déchets ménagers et de vendre les informations recueillies à des fins commerciales.

« Les conseils attendent que le public les quitte des yeux pour commencer à surveiller nos habitudes en matière de déchets, à envahir la vie privée des gens et à introduire des taxes punitives sur ce que nous jetons », a déclaré Alex Deane de Big Brother Watch.

« Le public britannique ne veut ni de cette technologie, ni de ces amendes, ni de cette intrusion », avait-il affirmé en 2010.

Les groupes de défense de la vie privée craignent également que les données collectées ne permettent de savoir quand les gens sont en vacances et ne facilite le travail des criminels.

L’Association britannique des collectivités locales a répondu que les puces électroniques n’étaient placées dans les poubelles que dans le but d’améliorer les services au public. « Les micropuces permettent simplement d’identifier la maison à laquelle appartient une poubelle ; elles ne permettent pas aux conseils d’analyser ce que les gens jettent ou de leur infliger des amendes », a souligné un porte-parole au journal d’information britannique The Guardian.

Pour les autorités locales, l’installation de micropuces dans les poubelles permet de fournir au public un meilleur service à moindre coût.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]