La commissaire à l’Environnement, Jessika Roswall, dévoile sa feuille de route pour une économie circulaire compétitive

Une économie circulaire compétitive et un approvisionnement accru en matières premières critiques, tels sont les projets de la commissaire européenne à l’Environnement, Jessika Roswall, pour le Clean Industrial Deal ou Pacte pour une industrie propre.

EURACTIV.com
Hearing Of The Commissioners-Designate Jessika Roswall
Jessika Roswall, commissaire européenne à l'Environnement, à la résilience en matière d’eau et à l'économie circulaire compétitive, répond aux questions lors d'une audition au Parlement européen le 4 novembre 2024 à Bruxelles, en Belgique. [Thierry Monasse/Getty Images]

Une économie circulaire compétitive et un approvisionnement accru en matières premières critiques, tels sont les projets de la commissaire européenne à l’Environnement, Jessika Roswall, pour le Clean Industrial Deal ou Pacte pour une industrie propre.

Euractiv s’est entretenu avec la responsable politique pour discuter des solutions qu’elle souhaite mettre en œuvre alors que la course mondiale aux matières premières essentielles est lancée.

Ce qui suit est une transcription éditée.

Euractiv : Qu’espérez-vous réaliser en tant que commissaire à l’Environnement avec le Pacte pour une industrie propre ?

Jessika Roswall : Une économie circulaire compétitive. C’est un sujet dont nous parlons depuis longtemps, mais nous n’en voyons pas les résultats. Il y a maintenant une dynamique sur laquelle j’espère m’appuyer.

J’espère également stimuler la bioéconomie et en faire une industrie et un secteur encore plus importants qu’ils ne le sont actuellement.

Dans votre récent discours prononcé à la Conférence de Munich sur la sécurité, vous avez mentionné la nécessité de réformer le marché européen des matières premières secondaires. Cela impliquera-t-il une réglementation plus poussée des secteurs, au-delà du règlement sur l’économie circulaire (Circular Economy Act) prévu ?

Je pense qu’il est nécessaire d’en faire plus, peu importe qu’il s’agisse d’une réglementation ou d’objectifs, car l’une des choses que je veux vraiment faire est d’obtenir des résultats. Nous devons mener ce dialogue avec les parties prenantes afin de déterminer les efforts nécessaires.

Quelles actions circulaires pensez-vous voir mises en œuvre sur le terrain d’ici à la fin de votre mandat ?

En ce qui concerne les matières premières essentielles aujourd’hui, le recyclage est très, très faible. Nous avons déjà mis en place une législation, mais nous savons que nous manquons d’infrastructures et de techniques pour réellement tirer profit des matériaux dont l’industrie a besoin. Nous misons aussi sur une incitation économique, car, si nous lisons le rapport Draghi, il y a de l’argent à gagner [avec une approche circulaire].

Allons-nous continuer à acheter des matières vierges moins chères au même rythme qu’aujourd’hui ? Par exemple, les plastiques ?

Il n’est pas durable de continuer ainsi, avec les plastiques, l’acier, voire tous les matériaux. Et nous ne pouvons pas être simplement dépendants, nous devons avoir plus d’autonomie. Nous devons mieux utiliser le plastique et augmenter l’échelle technique afin de pouvoir bénéficier des avantages économiques du recyclage.

L’UE se penche également sur les matières premières critiques sur son propre territoire. Comment allez-vous garantir que ces matières premières sont issues de sources durables ?

Je continue de me concentrer sur l’utilisation secondaire des matières premières qui sont déjà dans le système. Mais nous allons avoir besoin de beaucoup plus de matières premières critiques et nous sommes tous en concurrence à ce sujet, car nous voulons tous passer au vert et au numérique. Donc, bien sûr, nous devons également continuer l’extraction.

L’une des actions auxquelles je participe concerne les règles d’autorisation, et, dans ces décisions, il faut trouver un équilibre entre tous les différents intérêts.

En matière d’autorisations, l’une des préoccupations est d’accélérer l’approbation des études d’impact sur l’environnement.

Oui, mais je pense que nous devons également être plus rapides. En ce qui concerne l’extraction, bien sûr, il y a d’autres éléments à ajouter aux autorisations. Mais c’est possible, et les États membres comprennent qu’ils doivent accélérer sur le sujet. Je ne vois pas de contradiction entre des normes environnementales élevées et la compétitivité.

Comment allez-vous éviter les impacts sociaux et environnementaux dans les pays tiers où la Commission encourage les partenariats sur les matières premières critiques ? Surtout maintenant que la directive sur les chaînes d’approvisionnement durables pourrait être réduite dans la proposition de « simplification » de la semaine prochaine ?

Nous avons des règles trop complexes, et c’est quelque chose qui nous rend moins compétitifs que d’autres régions. Nous devons donc agir là-dessus. Nous savons par ailleurs que nous ne serons pas autosuffisants. Pour l’UE en particulier, il est nécessaire de collaborer et de coopérer avec d’autres pays. Ces accords doivent donc mettre en exergue des lignes directrices fortes.

Des règles seraient donc stipulées dans ces accords, c’est ce que vous voulez dire ?

Ce serait important, il me semble, et cela pourrait contrebalancer les normes élevées que nous avons eues au sein de l’UE en termes de conditions de concurrence équitables.

Êtes-vous déterminée à proposer une interdiction générale des PFAS (substances per- et polyfluoroalkyles), ou produits chimiques dits « éternels », si c’est ce que l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) propose à l’issue de son évaluation ?

Je me suis engagée à essayer d’obtenir une interdiction des PFAS dans les produits de consommation. Ensuite, nous avons le processus de l’ECHA. Je ne sais pas exactement ce qui viendra après. Mais pour moi, c’est une question vraiment urgente.

Nous devons également stimuler l’innovation. Nous savons qu’il existe des moyens de dépolluer. Cela coûtera cher, mais nous devons le faire.

Concernant les PFAS, votre prédécesseur, le commissaire Virginijus Sinkevičius, s’est lui-même fait tester pour connaître sa concentration de PFAS dans le sang. Avez-vous fait de même ?

Non, je ne l’ai pas fait. Mais en Suède, je vis dans une région où des activités de défense utilisent des mousses ignifuges et j’ai un petit-enfant, donc le sujet compte beaucoup pour moi.

(sn)