En Moldavie, la jeunesse de retour d'exil rêve de l'UE
Après plus de dix ans à l'étranger, Mihai Lupascu est rentré en Moldavie au printemps, convaincu que « c'était le bon moment pour faire la différence » et aider son pays à sortir de la sphère d'influence russe.
Après plus de dix ans à l’étranger, Mihai Lupascu est rentré en Moldavie au printemps, convaincu que « c’était le bon moment pour faire la différence » et aider son pays à sortir de la sphère d’influence russe.
À la veille du sommet de la Communauté politique européenne (CPE), qui verra affluer jeudi (1er juin) près de 50 dirigeants dans ce petit Etat voisin de l’Ukraine, de jeunes Moldaves ont confié à l’AFP leurs espoirs de rejoindre au plus vite l’Union européenne (UE).
À la suite de l’indépendance en 1991, cette ex-république soviétique, très vulnérable économiquement, a subi un exode de ses ressortissants. Aujourd’hui un tiers de l’électorat, soit plus d’un million de Moldaves, vit à l’étranger de manière permanente ou temporaire, pour 2,6 millions sur place.
À 33 ans, M. Lupascu fait partie de ceux qui sont revenus sur leur terre natale après le tournant de l’offensive russe – une tendance récemment saluée par la présidente pro-européenne Maia Sandu même si elle reste difficilement quantifiable.
Ingénieur réseaux en France, il a quitté en avril sa « seconde patrie » pour un poste de secrétaire d’Etat au ministère du Développement économique et de la numérisation.
« J’ai senti que la Moldavie vivait un moment historique », a-t-il raconté à l’AFP, chemise bleue et air sérieux dans son bureau situé au sein de l’imposant édifice gouvernemental de la capitale Chisinau.
Il a d’abord assisté de loin à l’évolution politique sous l’égide de la nouvelle dirigeante, qui a accédé au pouvoir fin 2020 avec le soutien massif de la diaspora.
« Ce phénomène Sandu », comme il l’appelle, lui a redonné espoir « alors qu’on croyait que tout était perdu dans un pays dirigé par des politiciens corrompus ».
« Le petit dernier de l’UE »
Puis « quand la guerre en Ukraine a éclaté, nous avons davantage pris conscience des risques », explique Mihai Lupascu, disant avoir « ressenti le besoin d’agir pour contribuer au changement ».
Dans un pays constamment tiraillé entre l’Occident et la Russie, « nous devons nous extirper de l’influence russe et bâtir une société démocratique » sur le chemin de l’adhésion à l’UE, insiste le responsable politique.
Pour la Moldavie qui a reçu en juin 2022 le statut de candidat officiel, accueillir ce rassemblement inédit jeudi est perçu comme une étape clé, commente pour l’AFP Florent Parmentier, spécialiste de la Moldavie.
« Ni en guerre, ni trop grand, pas encore las d’être bloqué dans l’antichambre de l’UE à la différence des Balkans occidentaux », le pays veut « se positionner comme le bon élève européen », souligne ce professeur de Sciences Po Paris.
Au-delà des réelles divergences qui traversent la société, « les Moldaves sont plus attachés à l’intégration européenne qu’à n’importe quelle autre alternative, faute d’avoir la possibilité d’un horizon régional en paix », note-t-il, enquêtes d’opinion à l’appui.
Rejoindre le club fermé des 27, « devenir le petit dernier de l’UE », Corina Moisei-Dabija, influenceuse littéraire de 30 ans, « le souhaite du fond de son cœur ».
Après avoir vécu en Roumanie, elle a décidé de revenir « pour le meilleur et pour le pire, dans ces quelques kilomètres carrés que représente notre petit pays », aux portes de la guerre.
Sur une terrasse ensoleillée de Chisinau, la jeune femme, un livre à la main, salue les changements de ces dernières années mais appelle à aller plus loin pour « éradiquer la mentalité collective de népotisme ».
« Nous devons nous détacher du passé et nous tourner vers l’avenir, en assainissant pas à pas les échelons du pouvoir », conclut-elle.