En proie aux doutes, l’UE tente de rassurer les Balkans

Sur fond de crise économique et de tensions politiques, le sommet UE-Balkans occidentaux du 2 juin devrait se contenter d’un message symbolique : la confirmation de l’avenir européen irrévocable des pays de la région.

EURACTIV.fr
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Sur fond de crise économique et de tensions politiques, le sommet UE-Balkans occidentaux du 2 juin devrait se contenter d’un message symbolique : la confirmation de l’avenir européen irrévocable des pays de la région.

Sarajevo, ville à la fois symbole des déchirements et du mélange des cultures en Europe, accueille le sommet du 2 juin pour relancer l’unification européenne. Mais cette rencontre intervient dans un contexte difficile.

Les ministres des Affaires étrangères de l’UE devraient, selon la présidence espagnole du Conseil, se contenter d’appeler les pays des Balkans à aborder la question « dans l’optique de la culture européenne de l’intégration : un processus de réconciliation interne à chaque pays, ainsi qu’avec ses voisins ». Si l’objectif du sommet selon des sources diplomatiques espagnoles est de réaffirmer que « l’offre d’intégration est irrévocable », « a priori, on n’attend pas de grands changements, excepté peut-être une décision sur la libéralisation des visas », analyse Odile Perrot, une spécialiste des Balkans. La Bosnie-Herzégovine et l’Albanie, exclus de l’exemption de visas accordée à leurs voisins en décembre 2009, pourraient obtenir sa levée à l’automne selon la Commission européenne.

Les doutes de l’Union européenne

Le peu de résultats attendus par le sommet peut, entre autres, s’expliquer par une certaine fatigue qui s’est emparée des citoyens d’Europe occidentale depuis les élargissements de 2004 et 2007. Cette lassitude est perçue par les pays des Balkans qui craignent un ralentissement, voire une suspension du processus d’élargissement.

Selon le président serbe Boris Tadi?, un arrêt de l’élargissement constituerait « une erreur énorme, inexcusable et irréparable de l’Union européenne ». Le chef de l’État serbe s’est exprimé le 29 mai à Sarajevo lors d’une rencontre des présidents de Bosnie-Herzégovine, de Croatie, de Serbie et du Monténégro et ont promis d’œuvrer pour une intégration européenne. Attribuant cette fatigue à la crise économique, le président serbe a affirmé que « les pays des Balkans occidentaux ne doivent pas en subir les conséquences. »

Les États membres, en pleine réflexion sur l’avenir même de l’UE et de sa monnaie unique, pourraient en effet être tentés de considérer l’élargissement comme une question secondaire. D’autant plus qu’élargir une Union européenne en proie à une grave crise économique pourrait être vu d’un mauvais œil par les citoyens. En outre, les récentes révélations sur les comptes publics grecs ou bulgares vont probablement pousser les Européens à exiger des garanties plus fortes avant toute adhésion. Štefan Füle a notamment déclaré en mars 2010 que les institutions des pays candidats devront fonctionner correctement. Selon lui, l’UE devra non seulement s’assurer que les pays ont adopté la législation requise mais qu’ils l’ont mise en œuvre.

Les différends qui minent les Balkans occidentaux

Côté Balkans, la situation politique complexe mine également le processus d’élargissement. Si dans la plupart d’entre eux, les courants démocrates et pro-européens se sont substitués aux nationalismes, les tensions demeurent vives. Tandis que la Croatie a quasiment résolu son différend frontalier avec la Slovénie, la Macédoine et la Grèce ne sont toujours pas tombées d’accord sur le nom officiel de l’ancienne république de Yougoslavie. Ce contentieux a empêché l’ouverture des chapitres de négociations depuis l’acceptation de la candidature de la Macédoine en 2005.

Le Monténégro et l’Albanie attendent l’avis de la Commission sur leur dépôt de candidature mais doivent encore effectuer de nombreux progrès en termes de lutte contre la corruption et le crime organisé. L’Albanie doit également résoudre une crise politique qui dure depuis les élections législatives de juin 2009. Des députés européens ont récemment averti les politiques albanais que le processus d’élargissement pourrait être suspendu si le différend n’était pas résolu.

Restent trois pays dont les problèmes découlent directement des conséquences de la fin des guerres de Yougoslavie. La question du statut du Kosovo pourrait à terme compromettre son avenir européen ainsi que celui de la Serbie, qui refuse de reconnaître sa sécession. La Cour internationale de justice doit rendre un avis sur cette question dans les prochains mois, mais n’aura aucune force obligatoire. En outre, la Serbie doit poursuivre sa coopération avec le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie qui exige l’arrestation d’anciens dirigeants militaires serbes, Ratko Mladic et Goran Hadzic.

Enfin la Bosnie-Herzégovine, dernier pays de la région à ne pas avoir déposé sa candidature à l’UE et encore sous supervision internationale, demeure bloquée sur les modalités d’une réforme constitutionnelle qui doit donner davantage de pouvoir à l’État central. Divisé en deux entités très autonomes, le pays souffre de l’absence de consensus entre les classes politiques des trois communautés (Bosniaques, Croates et Serbes). Les élections législatives à l’automne 2010 seront un test crucial pour la poursuite du processus.

POSITIONS

La présidence espagnole du Conseil a déclaré que le sommet devait « soutenir les réformes [dans les pays des Balkans] et envoyer un message politique clair de la part de l’Europe, signifiant que l’offre d’intégration est irrévocable ».

Le commissaire à l’élargissement Štefan Füle affirmait en mars 2010 à EURACTIV.com qu’il fallait tirer « les leçons des élargissements précédents » et faire particulièrement attention au respect du critère politique de Copenhague, « du début du processus à sa toute fin. » Le 1er juin, il a également déclaré que la tenue de la conférence confirmait la « poursuite du processus d’élargissement de l’UE ». « Je salue l’engagement des Balkans occidentaux à intensifier le rythme des réformes dans des domaines clés et à renforcer leur coopération régionale », a-t-il ajouté.

« L’intégration des Balkans occidentaux dans la famille des nations européennes reste l’un des derniers défis pour bâtir une Europe unifiée et démocratique », a déclaré le Haut représentant pour les Affaires étrangères Catherine Ashton dans un communiqué. « A Sarajevo, l’UE va réaffirmer la place des Balkans en Europe et la perspective européenne de la région », a-t-elle ajouté.

La commission des affaires étrangères du Parlement européen a voté une résolution le 1er juin et rédigée par l’eurodéputé PPE Doris Pack, exprimant son insatisfaction sur les « progrès limités » de la Bosnie-Herzégovine. Un renforcement des institutions centrales est également demandé.

« Nous pensons qu’il existe dans l’Union une sorte de lassitude de l’élargissement », a déclaré Boris Tadi? selon les propos rapportés par Les Echos. « Mais si la politique d’élargissement s’arrête en raison de la crise économique, le bloc commettrait une erreur énorme et irréversible qui aurait des conséquences terribles dans la région ».

« L’approche européenne du « wait-and-see » n’est pas soutenable », estiment les chercheurs Heather Grabbe, Gerald Knaus and Daniel Korski dans une étude publiée par European Council on Foreign Relations. Laisser trop longtemps ces pays en dehors de l’UE réduirait considérablement la crédibilité de l’Union. « Si l’UE continue d’hésiter, sa capacité d’influence pourrait s’évanouir ». Dès lors, elle « devrait immédiatement envoyer les questionnaires à la Bosnie-Herzégovine, le Kosovo et la Serbie » pour qu’à la « fin de l’année 2011 » tous les pays aient obtenu le « statut de candidat ».

Selon le directeur de recherche du CERI Jacques Rupnik, le sommet de Sarajevo « est un moment important pour réaffirmer cet engagement européen vis-à-vis de la région. A condition que ce ne soit pas seulement l’occasion de répéter des discours qui ont déjà été maintes fois entendus dans la région. Il faudrait qu’il y ait un message politique important, nouveau vis-à-vis de la région. Et cela ne doit pas être seulement un discours général disant « oui, vous avez à terme une perspective européenne », mais des choses plus concrètes. Il faut donner à ces pays un calendrier plus clair pour l’ouverture des négociations, cela permet ensuite de décliner le programme de réformes exigé par rapport à ce calendrier », a-t-il déclaré lors d’un chat sur LeMonde.fr.

Interrogée par EURACTIV.fr sur la perte de crédibilité de l’Union dans la région, Odile Perrot, docteur en science politique et spécialiste des Balkans, estime que « l’UE n’est pas forcément plus en cause que les problèmes politiques dans les Balkans ». Les pays des Balkans ne font pas les efforts demandés. Or, « l’UE attend beaucoup de l’assouplissement des relations entre les pays et cela ne vient pas », a-t-elle poursuivi.