En visite au Maroc, Josep Borrell promet la « tolérance zéro » pour les pots-de-vin

Lors de sa visite au Maroc jeudi, le chef de la diplomatie de l’UE a promis une politique de « tolérance zéro » pour la corruption, alors que le pays impliqué dans le scandale de trafic d’influence qui secoue le Parlement européen depuis plusieurs semaines.

Euractiv.com
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Dans un discours prononcé à Rabat aux côtés du ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, Josep Borrell a déclaré avoir « soulevé la question » de l’enquête sur la corruption avec son homologue, mais a ajouté qu’il attendait la conclusion des procédures officielles. [Twitter/@JosepBorrellF]

Lors de sa visite au Maroc jeudi (5 janvier), le chef de la diplomatie de l’UE, Josep Borrell, a promis une politique de « tolérance zéro » pour la corruption, alors que le pays impliqué dans le scandale de trafic d’influence qui secoue le Parlement européen depuis plusieurs semaines.

Dans un discours prononcé à Rabat aux côtés du ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, M. Borrell a déclaré avoir « soulevé la question » de l’enquête sur la corruption avec son homologue, mais a ajouté qu’il attendait la conclusion des procédures officielles avant d’en discuter davantage.

« Nous sommes péoccupés par ces événements rapportés par la presse. Ils sont inquiétants et les accusations sont graves », a affirmé M. Borrell après la réunion.

« La position de l’UE est claire : il ne peut y avoir d’impunité pour la corruption. Tolérance zéro », a-t-il déclaré, ajoutant que le bloc attendra la décision finale d’une enquête judiciaire sur cette affaire.

La visite de deux jours de M. Borrell se déroule quelques semaines après que la police belge a perquisitionné plusieurs adresses utilisées par des législateurs européens et d’autres fonctionnaires. Les policiers y ont trouvé 1,5 million d’euros en espèces, des sommes que les médias belges ont associés au Qatar et au Maroc.

Quatre suspects sont actuellement en détention, dont l’eurodéputée grecque Eva Kaili. Son compagnon, l’assistant parlementaire italien Francesco Giorgi, aurait fait des aveux aux procureurs belges et affirmé que le Maroc était impliqué.

Alors que le Qatar a nié tout acte répréhensible et qualifié les accusations d’être « sans fondement » et « gravement mal informées », le Maroc n’a pas commenté publiquement l’affaire.

S’exprimant aux côtés de M. Borrell à Rabat, M. Bourita a déclaré que les liens du Maroc avec l’UE doivent être protégés contre le « harcèlement » au Parlement européen.

Dans ce qui semble être une tentative de contrer les accusations, il a promis que « le Maroc défendra ses intérêts et compte sur ses partenaires pour défendre le partenariat » avec l’UE.

« Ce partenariat fait également face à des attaques au sein des institutions européennes, notamment au Parlement, à travers des questions dirigées contre le Maroc, qui sont le résultat de machinations et d’une volonté de nuire à ce partenariat », a déclaré M. Bourita à l’issue de sa rencontre avec M. Borrell, sans toutefois faire directement référence à l’affaire de corruption.

Mercredi (4 janvier), Peter Stano, porte-parole du chef de la diplomatie européenne pour les affaires étrangères, a défendu la visite, affirmant qu’il n’y avait jusqu’à présent aucune preuve de méfaits marocains.

« N’oublions pas qu’il s’agit d’accusations à ce stade. Il n’y a pas de preuve, l’enquête n’est pas terminée », a-t-il rappelé aux journalistes à Bruxelles.

« Personne n’a officiellement dit, du point de vue judiciaire, que le Maroc, en tant que pays, est coupable et que le Maroc doit être évité dans les contacts internationaux », a déclaré M. Stano, ajoutant que le voyage de M. Borrell au Maroc « était prévu depuis un certain temps ».

Relations entre l’UE et le Maroc

Le Maroc est « le premier partenaire économique et commercial de l’UE sur le continent africain », a souligné jeudi le Premier ministre marocain Aziz Akhannouch dans un communiqué, évoquant les 45 milliards d’euros d’échanges commerciaux en 2021.

Le pays d’Afrique du Nord a conclu d’importants accords agricoles et de pêche avec l’UE, notamment concernant les eaux au large du Sahara occidental, un territoire contesté.

En effet, le Maroc contrôle environ 80 % du territoire de cette région, où le Front Polisario cherche depuis longtemps à obtenir son indépendance.

Rabat considère que le Sahara occidental fait partie intégrante de son Royaume et a proposé un statut de territoire autonome pour le territoire contesté, tout en insistant sur le fait qu’il pourra conserver sa souveraineté.

Les Nations unies ont récemment nommé un envoyé pour le processus de paix sur le territoire, qui stagne depuis longtemps déjà, dans un contexte de tensions croissantes entre le Maroc et l’Algérie, qui soutient le Front Polisario.

Ces dernières années, la perspective d’un référendum sur l’indépendance s’est éloignée. L’ONU a cessé de faire référence à un vote et évoque plutôt la recherche d’une solution réaliste, mutuellement acceptable et basée sur le compromis.

À Rabat, M. Borrell a réitéré jeudi le soutien de l’UE au processus, exprimant l’espoir d’une solution « juste, pragmatique, durable et mutuellement acceptable ».

Le chef de la diplomatie de l’UE a également salué le « rôle important » de Rabat dans la paix et la stabilité de la région, en particulier en Libye, et a annoncé le lancement de nouvelles initiatives pour renforcer davantage le partenariat Maroc-UE, notamment une conférence au sommet sur la sécurité qui se tiendra prochainement à Rabat.

M. Borrell a également annoncé que l’aide de l’Union européenne au pays passerait à 1,6 milliard d’euros pour la période 2021-2027 à 1,4 milliard pour la période 2014-2020.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]