En visite en France, Saakachvili appelle l’UE à prendre ses responsabilités

Si Mikheïl Saakachvili veut que l’UE prenne ses responsabilités face à ses voisins proches, cette dernière peine à définir une stratégie pour le Caucase. Parallèlement, deux députés plaident pour une relance de la diplomatie française dans la région.

EURACTIV.fr

Si Mikheïl Saakachvili veut que l’UE prenne ses responsabilités face à ses voisins proches, cette dernière peine à définir une stratégie pour le Caucase. Parallèlement, deux députés plaident pour une relance de la diplomatie française dans la région.

Deux jours avant la visite du premier ministre russe Vladimir Poutine en France, le président géorgien Mikheïl Saakachvili a été reçu par Nicolas Sarkozy le 8 juin à Paris. Un symbole qui a son importance pour le président géorgien qui a déclaré dans un entretien à 20 minutes le 7 juin que sa « visite enterre les efforts de la Russie pour isoler notre pays ».

Cela ne l’a pas empêché de manifester sa préoccupation face à la vente par la France de navires Mistral à la Russie. Le président français a justifié sa position et a déclaré, selon l’Elysée, que « si on attend de la Russie qu’elle se comporte en partenaire dans tous les domaines, y compris dans le domaine de la sécurité et de la défense, il faut la traiter en partenaire dans tous les domaines ».

Nicolas Sarkozy a également assuré le président géorgien que la France était « l’un des principaux soutiens de la Géorgie » auprès de l’Union européenne et qu’elle « poussait pour que les négociations pour un accord d’association et un accord de libre-échange puissent s’engager dès cet été ».

« L’Europe doit prendre plus de responsabilités »

Pour le président géorgien, l’avenir européen de son pays est une priorité. S’exprimant lors d’une conférence organisée par le CERI le 8 juin, il a expliqué qu’il voulait que la région du Caucase suive « le modèle euro-atlantique ».  

Considérant son pays comme « un laboratoire démocratique » dans l’espace post-soviétique, il a rappelé que l’UE, malgré la crise qu’elle traverse, exerçait toujours un « fort pouvoir d’attraction » dans la région, moteur d’une transformation politique, économique et sociale.

Il a cependant appelé l’UE « à prendre plus de responsabilités dans la région ». Outre la politique de voisinage, il a déclaré espérer davantage, considérant la Géorgie comme « un membre de la famille » européenne.

A l’heure actuelle, il n’existe pas de réelle stratégie de l’UE vis-à-vis du Caucase. Tiraillée entre des visions différentes d’États membres plutôt russophiles et hostiles à un nouvel élargissement comme la France, et des États d’Europe orientale favorables à une poursuite des adhésions, l’UE peine à définir un agenda pour le Caucase.

Le Parlement européen l’a fait remarquer et a donc voté une résolution le 20 mai, appelant l’UE à « mener une stratégie plus active dans la région du Caucase en vue de renforcer la stabilité, la prospérité et de faciliter le règlement des conflits ».

Une vision partagée par des députés français, Roland Blum (UMP) et Christian Bataille (PS), auteurs d’un rapport d’information parlementaire sur la situation dans la région. A l’occasion de sa présentation le 2 juin, ils ont déclaré que « l’Europe peine à définir une stratégie pour son action dans le Caucase ». Christian Bataille a même déploré que « l’UE n’existe pas politiquement sur terrain ».

Relance de la diplomatie française dans le Caucase

Conscients des intérêts français dans la région tels que la paix et l’énergie, les deux députés proposent une relance de la diplomatie française dans le Caucase. N’évoquant à aucune reprise la mise en place du Service européen pour l’action extérieure, ils ont pris pour exemple le rôle de la France dans le Groupe de Minsk, qui œuvre à trouver une résolution pacifique au conflit entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan.

Evoquant les bonnes relations de la France dans la région, cette position peut étonner quand on sait que le président Saakachvili a semblé davantage appeler l’UE à agir dans la région le 8 juin.

Interrogés par EURACTIV.fr sur la capacité de la France à faire valoir ses intérêts en matière énergétique, les députés ont reconnu que « la France ne peut pas agir seule » en raison des investissements considérables. « Il faut se mettre d’accord entre Européens », a concédé Christian Bataille.