Environnement : comment accroître l’influence de l’UE dans la mer Noire?

Avec l’adhésion de la Bulgarie et de la Roumanie en 2007, la région est entrée dans le voisinage direct de l’UE. Mais sans contribution active de la part des territoires concernés, l’influence de l’UE dans cet espace restera limitée, selon les experts.

EURACTIV.fr

Avec l’adhésion de la Bulgarie et de la Roumanie en 2007, la région est entrée dans le voisinage direct de l’UE. Mais sans contribution active de la part des territoires concernés, l’influence de l’UE dans cet espace restera limitée, selon les experts.

Elargissement à la Turquie, Union pour la Méditerranée, politique de voisinage, Partenariat oriental ou encore Partenariat stratégique avec la Russie, l’UE se présente comme un acteur politique engagé dans la mer Noire mais peine encore à développer une vision claire et globale en direction de cette région.

L’énergie et l’environnement sont au cœur des priorités stratégiques identifiées par les institutions communautaire dans le pourtour de la mer Noire, devenu depuis 2007 partie intégrante de ses nouvelles frontières. Pour mieux coordonner son action dans ces domaines, la Commission européenne a lancé en avril 2007 le programme Synergie pour la mer Noire.

Ces deux thèmes ont également été débattus lors du sommet de la mer Noire organisé par l’Assemblée des Régions d’Europe les 15 et 16 février. Les principales institutions européennes ainsi que les experts et décideurs publics du pourtour de la mer Noire jusqu’au Danube étaient présents pour l’occasion.

Les efforts fournis par l’UE, dans le prolongement de sa politique d’élargissement, pour garder le contrôle sur son environnement proche et favoriser la convergence des territoires voisins vers ses propres normes sont en effet de plus en plus importants. Ils montrent la volonté de l’Union de se forger un profil de puissance régionale normative, à travers son modèle environnemental.  

Les institutions communautaires militent, entre autres, pour une gestion durable et intégrée de l’eau dans la mer Noire, seule frontière commune à tous les pays de la région, particulièrement touchée par la pollution d’origine terrestre.

« 211 millions de tonnes de pétrole transiteront par la mer Noire en 2010 » a estimé le directeur exécutif de la commission pour la protection de la mer Noire contre la pollution, Ahmet Kideys. « L’UE veut participer à l’effort de nettoyage », a-t-il ajouté.

Pour ce faire, l’Union préconise l’utilisation des cadres territoriaux existants –par exemple l’Eurorégion mer Noire formellement constituée depuis 2008–  autant que l’ensemble des programmes et financements mis à disposition des acteurs territoriaux par l’Europe, et répertoriés durant la rencontre. 

Confusion

Mais, selon certains acteurs régionaux, la stratégie européenne déployée dans la zone manque d’efficacité.

Durant la rencontre, ils  ont dénoncé le manque de cohérence et de lisibilité de l’action communautaire, confirmant ainsi les craintes exprimées dès le lancement du processus Synergie de la mer Noire.

« Il serait mieux que tout le monde dépende des mêmes programmes, car il y a dans la mer Noire des États membres et non-membres de l’UE. Pour chaque pays ou presque des principes différents s’appliquent », a commenté Sergi Glebov, professeur à l’université d’Odessa en Ukraine. « Pourtant, le bassin d’expertise de l’UE est très important. Au-delà des financements, l’Union peut nous apporter une assistance et l’expérience dont nous avons absolument besoin maintenant pour lutter contre la pollution », a-t-il ajouté en référence à l’exemple réussi de l’Eurorégion en Mer Baltique.

Hande Ozsan Bozatli, vice-présidente du Conseil provincial d’Istanbul, a également appelé l’ensemble des organisations européennes qui ont des objectifs communs dans la région, comme le Conseil de l’Europe, l’UE ou encore l’ARE, à coordonner leur action. « Nous aimerions avoir un seul interlocuteur, sans cela c’est la confusion », a-t-elle déclaré.

« Depuis 2000, la situation s’est améliorée grâce à l’action conjuguée des pays frontaliers, mais de nouveaux problèmes transversaux émergent toujours au niveau environnemental », a conclu Ahmet Kideys. 

Projets concrets

Au problème de la lisibilité de l’action de l’UE s’ajoute le manque de coordination sur place. Sans un effort décisif de la part des décideurs politiques régionaux du bassin de la mer Noire, le soutien apporté par l’UE ne pourra porter pleinement ses fruits.

Développer la confiance mutuelle au sein de la mer Noire fait partie intégrante des objectifs stratégiques de l’UE, de plus en plus engagée en faveur des processus de régionalisation et d’une coopération entre collectivités concernées par des problématiques similaires.

D’où l’appel lancé lundi 15 février par l’ARE en direction des acteurs régionaux, invités à surpasser leurs intérêts géopolitiques souvent différents au profit d’une approche intégrée et durable. «La question stratégique doit être réglée par la politique européenne ou nationale, mais pour la réalisation, le rôle des régions est très fort », a souligné Klaus Klipp, secrétaire général de l’ARE.

« Pour la plupart d’entre nous, c’est la première fois que nous nous rencontrons », a expliqué Ahmet Kideys.

« L’expérience montre que 100% des financements sont alloués lorsque ce sont les régions qui développent des projets concrets. Ceux-ci sont plus modestes, certes, mais l’argent n’est pas détourné, comme c’est souvent le cas avec les États dans certaines régions », a pourtant expliqué Ibrahim el Ali, fondateur de l’ONG BlueGreen qui œuvre pour la protection de l’environnement au Liban.

Le manque de ressources humaines, techniques et financières fait également trop souvent obstacle aux réalisations concrètes. Stefan Harte, directeur des projets à la Banque européenne d’investissement (BEI) et Klaus Klipp ont invité les responsables régionaux à prendre part aux discussions en cours sur la redéfinition du budget post-2013 de l’UE. « Pour le moment, il n’y a pas de ligne budgétaire pour la mer Noire mais après 2013, tout est ouvert », ont-ils déclaré.

 « Aller vers une gestion intégrée suppose une réorganisation des services publics dans notre région et des réformes institutionnelles », a précisé le directeur de l’administration d’Odessa, Mykola Serdyuk, pour expliquer le manque de compétence dont souffrent par ailleurs les régions.