Environnement : les Tories veulent « moins de bâton et plus de carotte » [FR]
La multiplication de la régulation environnementale dans l’UE n’est ni efficace en termes de coûts, ni démocratiquement acceptable : c’est ce qu’a déclaré hier Nick Herbert, le secrétaire d’Etat « fantôme » pour l’Environnement, l’alimentation et les affaires rurales.
La multiplication de la régulation environnementale dans l’UE n’est ni efficace en termes de coûts, ni démocratiquement acceptable : c’est ce qu’a déclaré hier Nick Herbert, le secrétaire d’Etat « fantôme » pour l’Environnement, l’alimentation et les affaires rurales.
M. Herbert donnait son premier discours à Bruxelles, qui esquisse sa vision politique et anticipe les prochaines élections générales au Royaume-Uni, qui devraient permettre aux conservateurs de reprendre le pouvoir. Un changement de gouvernement pourrait permettre à M. Herbert de récupérer le portefeuille de l’environnement actuellement détenu par Hilary Benn du Labour.
Dans la plus pure tradition conservatrice eurosceptique, M. Herbert a expliqué que la régulation européenne est souvent un moyen non efficace en termes de coût pour s’attaquer aux problèmes environnementaux, ajoutant qu’il existait des réponses moins coûteuses et moins intrusives. De plus, les réglementations en provenance de Bruxelles manquent de légitimité démocratique et risquent donc d’être extrêmement impopulaires, selon le probable prochain locataire de Whitehall.
Le secrétaire « fantôme » a cité un certain nombre d’échecs environnementaux de l’UE, y compris le soutien aux biocarburants, qui de son point de vue ne reposait pas sur des bases scientifiques et ne prenait pas en compte les émissions résultant de changement d’utilisation indirecte des sols. Un autre échec, selon M. Herbert, concerne la législation sur les pesticides, qui menaceraient la production alimentaire selon lui.
Vous pouvez introduire une directive pour définir des standards sévères pour la qualité de nos rivières et de nos ruisseaux, mais si pour mettre en place ces standards vous avez besoin de travaux de construction intensifs en carbone, on se retrouve alors en train de détricoter certains des progrès vers la neutralité en termes de carbone que le gouvernement et l’industrie ont réalisés, a expliqué M. Herbert.
Au Royaume-Uni, des standards de qualité de l’eau rigoureux existent déjà, ce qui signifie que respecter des standards européens un peu plus sévères ne se fera pas sans des coûts financiers et carboniques importants. Cela apparaîtra sans doute pesant et difficile à justifier devant une audience sceptique, a-t-il expliqué.
M. Herbert a expliqué que nous sommes maintenant passés dans une nouvelle ère où la défense des actions environnementales est moins évidente puisqu’il pourrait y avoir plus de perdants que de gagnants.
Davantage de régulation environnementale serait sans doute à la fois difficile à faire passer et ineffectif pour changer les comportements dans ces cas-là, a-t-il dit.
Besoin d’un système incitatif
M. Herbert a expliqué que ce dont l’Union avait réellement besoin, c’était d’un changement philosophique, c’est-à-dire passer d’une attitude de donneur de leçon à celle de fournisseur d’incitations à changer de comportement.
Il a défendu l’idée des programmes volontaires afin d’amener de plus grands changements comportementaux nécessaires à tous : consommateurs, entreprises et gouvernements. Il a mis en avant les accords volontaires dans l’industrie visant à réduire la quantité d’emballages ainsi que les projets communautaires destinés à améliorer l’efficacité énergétique.
Des rapports ont prouvé cependant que les accords volontaires ne produisent le plus souvent pas les résultats espérés puisqu’il n’existe aucune possibilité de les faire appliquer. Par exemple, l’échec de l’industrie automobile à respecter ses engagements volontaires de réduction des émissions de CO2 des voitures a conduit l’UE à définir des seuils obligatoires de réduction de CO2 dans le cadre de son paquet énergie climat (EURACTIV LinksDossier sur les Voitures et le CO2).
L’un des instruments européens en accord avec la préférence des conservateurs pour le marché est le système d’échange d’émissions (SCEQE ; UE ETS LinksDossier). Selon M. Herbert, donner un prix au CO2 fait de la pollution une ressource limitée et envoie le bon signal aux entreprises pour qu’elles réduisent leurs émissions de manière efficace en termes de coûts.
Mais M. Herbert ne s’est pas attardé pas sur la question de savoir comment donner un prix aux émissions dans des secteurs clefs de l’agriculture et des transports, qui ne sont pas inclus dans le SCEQE.
La capacité des fermes de changer de comportement en termes de production alimentaire est très limitée, a déclaré le ministre « fantôme ». Il a expliqué que les meilleures opportunités se trouvaient dans le traitement des déchets agricoles pour produire de l’énergie.
Nous devons nourrir les gens, a t-il dit, refusant de commenter la question de la possibilité d’introduire une taxe carbone afin de donner un prix au CO2 dans ce secteur (EURACTIV 29/09/09).
L’euroscepticisme et les aspirations écologiques inconciliables
Les conservateurs britanniques essaient de se présenter comme un parti progressiste en matière d’environnement. Mais ils ont les pires difficultés à réconcilier leur prétendus succès environnementaux avec leur volonté de récupérer de l’influence contre Bruxelles, alors que l’UE a été le précurseur de la mise en place de standards environnementaux sur le plan international ces dernières décennies.
Personne ne peut douter de l’importance de mener la danse pour combattre les problèmes environnementaux d’aujourd’hui ou le besoin fréquent de coopération internationale, a dit M. Herbert, appelant l’UE à prendre la tête des négociations internationales pour la conclusion d’un traité climatique post-Kyoto en décembre.
Le ministre a expliqué qu’il n’y avait aucune contradiction entre cette vision et l’opposition de son parti au traité de Lisbonne, qui donnerait une voix plus forte à l’UE sur la scène internationale.
Je ne considère pas que davantage d’intégration soit utile pour la protection environnementale, a déclaré le ministre « fantôme » de l’environnement. Il a affirmé que qualifier l’UE d’union environnementale n’était qu’une tentative de justifier les efforts vers davantage d’intégration.