Espagne : ne dites pas sauvetage mais « ligne de crédit »
Le premier ministre espagnol présente le renflouement européen des banques ibériques sous un jour positif, en occultant le contexte de l’intervention et ses conséquences.
Le premier ministre espagnol présente le renflouement européen des banques ibériques sous un jour positif, en occultant le contexte de l’intervention et ses conséquences.
Comme son voisin irlandais, le patient espagnol va se voir administrer une injection d’argent européen, peut-être à hauteur de 100 milliards d’euros, pour remettre son système bancaire sur pied. Comme son voisin irlandais, l’Espagne sera secondée par les fonctionnaires de la Troïka, formée par la Commission européenne, la BCE et le Fonds monétaire international, qui veillera au respect de l’objectif de réduction du déficit à 3% du PIB en 2014.
Dissimulation
La décision a été prise formellement le 9 juin, à l’issue d’une téléconférence des chefs d’État de la zone euro. Conclusion, selon le Premier ministre espagnol qui s’exprimait au lendemain de l’Eurogroupe : « Hier, la crédibilité de l’euro a vaincu. » Au cours d’une conférence de presse à la Moncloa (siège de l’exécutif espagnol), Mariano Rajoy s’est livré à un étrange exercice de dissimulation. Il n’aurait pas obtenu de plan de sauvetage, mais une « ligne de crédit » en faisant « pression » sur ses partenaires européens. Cet argent est octroyé sans « conditionnalité » ni impact sur le déficit public du pays, a-t-il ajouté. Mais le sursis accordé aux banques espagnoles est un prêt, dont les intérêts pèseront forcément sur les finances du pays.
En moins d’une demi-heure, le dirigeant a arrangé un scénario qui a fait le bonheur de la presse anglo-saxonne : « L’Espagne renflouée, le premier ministre triomphe », titre le Guardian. « Rajoy salue la victoire du sauvetage », renchérit le Financial Times. « Vous dites tomate, je dis ‘bailout’ : comment l’Espagne a accepté d’être sauvée », complète le magazine américain The Time.
Pour les journalistes espagnols également, la ficelle est un peu grosse : « Ce n’est pas un sauvetage, c’est une ligne de crédit à des conditions avantageuses. Et l’UE nous offre le service de porcelaine et un grille-pain », se gausse sur twitter Rafael Cereceda, correspondant d’Euronews.
Zapatero porte le chapeau
L’intervention en Espagne du fonds européen de stabilité financière (FESF) a fait l’objet de nombreux atermoiements ces dernières semaines. Afin d’éviter cette option, Mariano Rajoy avait dans un premier temps imaginé un renflouement de Bankia via l’émission d’obligations souveraines. Il avait également multiplié les appels du pied à la BCE pour que celle-ci reprenne ses rachats de dette sur le marché secondaire, dans l’espoir que les taux d’emprunt de l’Espagne se détendent.
Ses demandes étant restées lettre morte, Mariano Rajoy tente sans doute de garder la face en renvoyant la balle à son prédécesseur socialiste José Luis Zapatero. Pour le dirigeant conservateur, les banques espagnoles auraient dû recevoir une « ligne de crédit » européenne trois ans plus tôt.