État de droit : la Slovaquie sur la même voie que la Hongrie, avertissent des eurodéputés
Une délégation du Parlement européen s’est rendue à Bratislava pour évaluer l’État de droit en Slovaquie. À l’issue de la visite, les élus ont comparé le pays à la Hongrie, dénonçant une dérive préoccupante.
Une délégation du Parlement européen s’est rendue à Bratislava pour évaluer l’État de droit en Slovaquie. À l’issue de cette visite de deux jours, les élus ont jugé que les inquiétudes « n’étaient pas infondées » et ont comparé le pays à la Hongrie, dénonçant une dérive préoccupante.
Une délégation de quatre eurodéputés de la commission des Libertés civiles, de la Justice et des Affaires intérieures (LIBE) du Parlement européen s’est rendue à Bratislava pour une visite de deux jours visant à évaluer l’état de la démocratie et de l’État de droit en Slovaquie.
Les quatre eurodéputés — Javier Zarzalejos (Parti populaire européen, Espagne), Milan Uhrík (Europe des nations souveraines, Slovaquie), Daniel Freund (Verts/ALE, Allemagne) et Sophie Wilmès (Renew, Belgique) — ont rencontré des représentants du gouvernement slovaque, du Conseil national, du pouvoir judiciaire, du médiateur, d’organisations de la société civile et des médias.
Lors d’une conférence de presse mardi 3 juin, la députée européenne belge a déclaré qu’on lui avait demandé si la Slovaquie était en train de devenir « la prochaine Hongrie ». Ce à quoi elle a répondu : « Je ne peux pas répondre à cette question de manière très catégorique. Mais ce qui est sûr, c’est qu’il y a beaucoup de signes qui indiquent qu’ils empruntent la même voie, ce qui est inquiétant. C’est pourquoi il faut mener cette discussion difficile ».
Elle a toutefois souligné que toutes les lois controversées du gouvernement du Premier ministre Robert Fico avaient été discutées avec la Commission européenne, ce qui « montre que ce gouvernement est disposé à coopérer ».
La délégation a apprécié la « communication respectueuse » qui a prévalu tout au long de la visite.
Les eurodéputés ont exprimé des préoccupations dans trois domaines clés : liberté des médias, indépendance de la justice et rôle des ONG.
Attaques contre les médias, le pouvoir judiciaire et les ONG
Les députés européens ont condamné la rhétorique utilisée par les responsables slovaques à l’encontre des juges, des médias et des ONG, avertissant qu’elle encourage l’agressivité envers les journalistes et restreint l’accès à l’information.
Sophie Wilmès s’est notamment inquiétée de la récente restructuration de la chaîne publique STVR et du recours à des procédures législatives accélérées.
Des inquiétudes ont également été exprimées concernant le démantèlement de l’agence anticorruption NAKA et la suppression du bureau du procureur spécial, des mesures qui affaiblissent la lutte contre la corruption, affirme la délégation parlementaire.
L’eurodéputée belge a ajouté qu’une nouvelle loi obligeant les ONG à divulguer le nom de leurs donateurs pourrait dissuader les donateurs et présenter des risques pour la confidentialité des données.
Il s’agit de la deuxième délégation du Parlement européen à se rendre en Slovaquie en peu de temps. La semaine dernière, une délégation menée par le député européen tchèque Tomáš Zdechovský s’est rendue dans le pays pendant trois jours afin de contrôler l’utilisation des fonds européens.
Mais cette viste avait été marquée par de vives tensions politiques. Robert Fico avait qualifié Tomás Zdechovský d’« assassin politique » venu faire « le sale boulot de l’opposition comme un tueur à gages », tandis que le ministre de l’Intérieur, Matúš Šutaj Eštok, avait décrit la délégation comme une « expédition punitive ».
Tomáš Zdechovský avait également accusé le gouvernement d’avoir placé la délégation européenne sous surveillance.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]