Européennes 2024 : ces défenseurs du climat qui veulent changer la politique de l’UE grâce à l’action
Plusieurs militants issus des mouvements de lutte pour le climat sont susceptibles d’être élus au prochain Parlement européen. Et ils espèrent bien bousculer par l'action une institution connue pour être technocratique.
Plusieurs militants issus des mouvements de lutte pour le climat sont susceptibles d’être élus au prochain Parlement européen. Et ils espèrent bien bousculer par l’action une institution connue pour être technocratique.
L’essor des mouvements de protestation en faveur du climat il y a quelques années dans l’UE a vu le nombre d’eurodéputés écologistes croître de manière significative lors des élections européennes de 2019. Alors qu’ils disposaient de 50 eurodéputés après le scrutin de 2014, ils ont obtenu 72 sièges durant la législature actuelle (2019-2024).
Au sein d’autres groupes également, l’écologie est devenue un sujet de plus en plus en vogue.
De cet engouement est né le Pacte vert pour l’Europe (Green Deal) ainsi qu’une série de mesures environnementales sans précédent — au grand dam de certaines familles politiques au sein de l’hémicycle.
En effet, certains groupes parlementaires tel que le Parti populaire européen (PPE) ont récemment mené la fronde contre la surrèglementation découlant des législations environnementales adoptées par l’UE et l’adoption de nouvelles lois.
Parallèlement à cela, des chefs d’État et de gouvernement ont appelé à une « pause règlementaire » comme les libéraux Emmanuel Macron ou Alexander De Croo (Renew), et le soutien des citoyens aux mesures environnementales semble aussi décroître.
Tout comme les mesures environnementales qu’ils défendent, les eurodéputés écologistes se trouvent menacés au Parlement européen, puisque, selon les dernières projections d’Europe Elects pour Euractiv, ils ne devraient obtenir que 48 sièges au terme des élections de juin. Au sein de l’hémicycle, ils doivent également composer avec une certaine opposition de la part de groupes tels que le PPE, plus grande famille politique européenne actuelle qui devrait quant à elle conserver sa position dominante après juin.
Face à cette situation peu réjouissante, les défenseurs de la cause climatique allemands cherchent à maintenir l’élan écologiste de l’UE par d’autres moyens que par la simple activité législative.
S’engager autrement
Les militants pour la cause climatique en lice pour obtenir un siège au Parlement européen ont clairement indiqué qu’ils souhaitaient introduire à Bruxelles des méthodes et des styles politiques nouveaux et non conventionnels afin de promouvoir la justice climatique, plutôt que de s’engager uniquement dans le travail parlementaire ordinaire.
« Aujourd’hui, la plupart des lois et des règles sont élaborées à Bruxelles […]. Mais pour l’instant, il y a beaucoup trop peu de contrôle et de couverture médiatique à Bruxelles », a expliqué l’Allemande Carola Rackete, tête de liste du parti de gauche allemand Die Linke, à Euractiv.
Cette activiste de 35 ans s’est fait connaître en 2019, lorsqu’elle était capitaine de navire pour l’ONG Sea Watch — qui parraine des missions de sauvetage en mer Méditerranée — et qu’elle avait secouru des réfugiés avant de les amener à Lampedusa, malgré l’interdiction des autorités italiennes.
Elle avait été arrêtée puis acquittée au terme d’un bras de fer avec Matteo Salvini, le président du parti d’extrême droite italien la Ligue (La Lega, Identité et Démocratie), alors ministre de l’Intérieur.
Carola Rackete est presque certaine de pouvoir entrer au Parlement européen. Son programme est axé sur la lutte contre le changement climatique, l’inégalité dans le monde et l’extrême droite.
« Je n’aurais pas l’audace de penser que je peux peser lourdement sur la politique d’Ursula von der Leyen ou de la Commission, par exemple », a reconnu Mme Rackete.
Elle souhaite plutôt faire monter la pression sur l’UE en attirant l’attention sur les politiques malavisées et en utilisant ses pouvoirs d’eurodéputée pour diriger des ressources vers les mouvements sociaux.
« Les actions innovatrices peuvent générer un niveau d’attention complètement différent pour la politique européenne que le travail purement factuel dans les commissions [du Parlement européen] », a expliqué la tête de liste.
Outre Mme Rackete, le collectif allemand Soulèvement de la dernière génération (Letzte Generation) — dont les membres sont connus pour attirer l’attention sur les questions climatiques en se collant les mains sur les routes — a une chance d’obtenir un ou deux sièges.
« Nous ne voulons pas simplement nous présenter pour voter sur la prochaine loi anti-plastique, nous voulons enfin porter la voix de la résistance au Parlement », a affirmé le porte-parole du groupe.
À ce titre, le choix probable de Lena Schilling, jeune femme de 23 ans et figure emblématique des manifestations du mouvement Fridays for Future de Greta Thunberg, comme tête de liste des écologistes autrichiens, prend son sens.
Par ailleurs, Mme Rackete est ouverte à la « désobéissance civile » et considère les réseaux sociaux comme essentiels, mais elle souhaite également donner de la visibilité aux personnes des pays du Sud en les invitant à s’exprimer devant le Parlement, a-t-elle précisé.
Le Soulèvement de la dernière génération garde le secret sur ses projets concrets, mais ses précédentes actions laissent entrevoir ce à quoi les futurs législateurs européens devraient se préparer.
Outre le fait qu’ils représentent une population plus jeune et plus écologiste, les activistes pour le climat pourraient influencer la législation de l’UE grâce à des « protestations radicales et généralisées », a analysé Luise Quaritsch, experte en politique européenne au Centre Jacques Delors, pour Euractiv.
La spécialiste a pris pour exemple les protestations massives des agriculteurs européens, qui ont déclenché plusieurs changements législatifs concernant les exigences de durabilité dans le domaine de l’agriculture.
Ne pas réduire le mandat d’eurodéputé à la protestation
Cependant, Mme Quaritsch a prévenu que ce serait une « opportunité gâchée [pour les activistes] s’ils réduisaient leur plateforme [c’est-à-dire leur présence au Parlement européen] à la protestation », notant que le travail quotidien des eurodéputés a un impact important sur les politiques adoptées à Bruxelles.
Mme Rackete et le Soulèvement de la dernière génération pourraient s’inspirer d’actions de protestation originales, à l’image de celle de l’eurodéputé du parti satirique allemand Die Partei, Nico Semsrott, qui s’est fait remarquer en confrontant Ursula von der Leyen au sujet de la transparence, vêtu d’un sweat à capuche orné de logos d’entreprises.
Désormais arrivé à la fin de son mandat, M. Semsrott est moins convaincu de la possibilité de provoquer un changement en attirant l’attention.
« Vous pouvez attirer l’attention à court terme, mais s’agit-il simplement d’effets ou d’un véritable changement ? » a-t-il expliqué à Euractiv.
« Je pense que l’on ne peut accomplir des choses au Parlement que si l’on utilise les instruments parlementaires et que l’on s’organise », a-t-il conclu.
Selon Christine Reh, de la Hertie School à Berlin, « les défenseurs du climat pourraient finir par devenir des responsables politiques tournés vers l’action, comme c’est le cas des [Verts en Allemagne], qui sont nés de la contestation ».
[Édité par Anne-Sophie Gayet]