Exclusif : Kallas fait un parallèle entre Israël et l’apartheid

Également dans l'édition de vendredi : le CFP, le pacte sur la migration, Bardella

/ EURACTIV.com

Vous lisez Rapporteur ce vendredi 12 juin. Ici Nicoletta Ionta, en compagnie d’Eddy Wax à Bruxelles.

À savoir :

🟢 Exclusif : Kallas a comparé le comportement d’Israël à l’apartheid

🟢 Les capitales riches se révoltent contre les projets budgétaires

🟢 Le pacte de l’UE sur la migration entre en vigueur


L’Europe, vue de Bruxelles


Le service diplomatique de l’UE a vécu jeudi ce que l’on ne peut qualifier que d’expérience de mort imminente – du moins selon les médias –, passant en l’espace d’un seul cycle d’actualités d’une dissolution imminente à un renforcement potentiel.

Kaja Kallas, la cheffe du SEAE, s’est empressée de se mettre sur la défensive, appelant à l’unité suite à des informations indiquant que des responsables français avaient étudié des moyens de réformer la structure et le fonctionnement du service extérieur de l’Union.

Kallas a déjà connu un mandat politiquement chargé à la tête du service diplomatique de l’UE, gérant les tensions avec Ursula von der Leyen sur la question de la visibilité, adoptant une ligne ultra-dure envers la Russie et essuyant des critiques pour des propos perçus comme en décalage avec ses collègues commissaires et les positions dominantes de l’UE.

Rapporteur peut révéler d’autres commentaires de Kallas qui risquent d’intensifier l’examen minutieux de son leadership à un moment où la sensibilité institutionnelle est exacerbée.

Selon des responsables et des diplomates qui se sont entretenus avec mes collègues Sarantis Michalopoulos et Magnus Lund Nielsen, Kallas a comparé le traitement réservé par Israël aux Palestiniens à l’époque de l’apartheid en Afrique du Sud lors de discussions de haut niveau à Mexico.

Ces remarques marqueraient une rupture avec la ligne officielle de l’UE en matière de politique étrangère.

« L’UE critique Israël et soutient une solution à deux États. La comparaison avec l’apartheid est inacceptable et ne correspond pas à la politique de l’UE. C’est un gros problème si elle tient ce genre de propos alors qu’elle représente officiellement l’UE sur la scène internationale », a déclaré un diplomate européen.

Cela intervient également alors que Kallas peine à obtenir le soutien du Conseil pour de nouvelles mesures contre Israël – allant de la restriction des échanges commerciaux avec les colonies illégales de Cisjordanie à des sanctions contre le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben-Gvir.

Le bureau de Kallas a été contacté lundi pour commenter ces informations, mais a refusé de confirmer ou d’infirmer ces faits. Lisez l’article complet.

Les partisans de la rigueur budgétaire sortent les griffes

Les nouveaux chiffres relatifs aux dépenses du budget de l’UE pour la période 2028-2034 ont immédiatement suscité une vive réaction de la part des pays contributeurs nets, qui estiment qu’on leur demande de financer une liste de souhaits toujours plus longue.

Le ministre néerlandais des Finances a rejeté la proposition, la qualifiant de « no-go box » (boîte sans issue, en référence à la « négobox » de l’UE), tandis que la ministre suédoise des Affaires européennes a indiqué qu’elle s’attendait à ce que le plan de la présidence chypriote soit « plus en phase avec la réalité ». Un diplomate d’un pays contributeur net a quant à lui déclaré qu’il ne s’agissait « d’aucune base pour un accord ».

Le projet de cadre prévoit une réduction « modérée » de 2 % – soit environ 33 milliards d’euros – par rapport à la proposition de 1 760 milliards d’euros présentée par la Commission l’été dernier, rapporte ma collègue Victoria Becker.

Les ambassadeurs de l’UE examineront ces chiffres dimanche, suivis par les ministres des Affaires européennes mardi, avant que les dirigeants ne s’attaquent à la question lors du sommet du Conseil européen de la semaine prochaine. Lisez l’article complet.

Premier test pour le pacte européen sur la migration

Le pacte phare de l’UE sur la migration entre en vigueur aujourd’hui, mais des doutes subsistent quant à la préparation de certains gouvernements nationaux.

Plusieurs pays de l’UE peinent à satisfaire à ses exigences juridiques et techniques de grande envergure, la Hongrie figurant parmi les plus à la traîne. Cela soulève des questions quant à la nécessité pour Bruxelles de sévir contre les capitales non conformes.

Interrogé sur la question de savoir si la Commission utiliserait des « mesures coercitives » pour mettre la Hongrie au pas, le commissaire à la migration Magnus Brunner a déclaré mercredi au Rapporteur que le pacte prévoyait déjà à la fois des incitations et des sanctions. « Le pacte comporte des mesures coercitives et des incitations. Ainsi, vous ne recevez de financement, vous ne recevez d’argent, que si vous appliquez le pacte », a-t-il expliqué.

Péter Magyar, le Premier ministre hongrois, qui s’opposait autrefois fermement au pacte de migration de l’UE, garde désormais toutes ses options ouvertes. Pressé par le parti d’opposition Fidesz d’exclure sa mise en œuvre, il a éludé la question, se contentant d’affirmer qu’« il n’y aura pas de migrants illégaux en Hongrie » sous un gouvernement Tisza.

Brunner a toutefois fait part de sa confiance envers les nouveaux dirigeants hongrois. « Je pense que le nouveau gouvernement est très constructif », a-t-il déclaré. « Notre travail consiste à expliquer les avantages pour la Hongrie et à les rendre visibles sur le plan politique. »

L’UE selon Bardella

Jordan Bardella a profité d’une intervention à Bruxelles jeudi pour esquisser sa vision nationaliste de l’Europe, soutenant que l’Union avait besoin d’une réinitialisation politique plutôt que de réformes progressives.

Le chef du Rassemblement national a appelé Ursula von der Leyen à démissionner, l’accusant d’être responsable du « déclin dans lequel se trouvent les Nations européennes ». Il a également laissé entendre qu’un futur gouvernement français dirigé par Marine Le Pen ou par lui-même chercherait à remodeler l’UE de l’intérieur.

Bardella a en outre fait valoir que le statut de la France, l’un des plus gros contributeurs au budget de l’Union, devrait se traduire par une plus grande influence dans le processus décisionnel de l’UE. Lisez l’article complet d’Eddy.

Une tempête (budgétaire) de critiques

Plusieurs ministres des Finances de l’UE ont vivement critiqué la proposition de Bruxelles visant à assouplir les règles budgétaires de l’Union lors de la réunion de l’Eurogroupe hier soir.

S’exprimant ensuite à Luxembourg, Valdis Dombrovskis, commissaire européen à l’économie, a indiqué que les ministres avaient averti que l’assouplissement proposé – destiné à amortir les répercussions économiques du conflit avec l’Iran – pourrait compromettre la viabilité budgétaire et même « évincer » les dépenses de défense.

L’Allemagne, la France, les Pays-Bas, la Finlande et l’Estonie figuraient parmi les pays ayant fait part de leurs inquiétudes, ont confié des responsables à mon collègue Thomas Moller Nielsen. L’Italie et l’Espagne ont soutenu cette initiative.

La directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, qui a participé à la réunion, a fait écho à ces inquiétudes. Son message aux gouvernements fortement endettés : « S’il vous plaît, s’il vous plaît, s’il vous plaît… faites très attention à ne pas dépenser de l’argent que vous n’avez pas. »

Un référendum suisse menace les relations avec l’UE

Bruxelles suivra de près le scrutin référendaire qui se tiendra ce week-end en Suisse et qui pourrait bouleverser la plupart des accords conclus avec ses voisins européens.

Cette initiative, présentée par ses partisans comme un effort en faveur de la durabilité, vise à freiner l’immigration et à plafonner la population suisse à 10 millions d’habitants. Si elle est approuvée, les experts préviennent qu’elle pourrait remettre en cause certains éléments du vaste ensemble d’accords conclus entre Berne et Bruxelles et avoir des répercussions sur le demi-million de citoyens suisses vivant dans l’UE.

Les sondages indiquent un scrutin serré, même si le camp du « non » semble légèrement en tête. Lisez l’article complet de Magnus Lund Nielsen.

Voici trois nouveaux articles d’Euractiv :


Les capitales


PARIS 🇫🇷

Les élections présidentielles françaises de 2027 sont confrontées à des « menaces lourdes » liées à des ingérences étrangères, a averti jeudi le Premier ministre Sébastien Lecornu, affirmant que « l’ensemble de la classe politique » pourrait être pris pour cible. Cet avertissement fait suite à plusieurs campagnes de déstabilisation liées aux récentes élections locales. Lecornu a également mis en garde contre la montée du « mercenariat numérique » – des opérations cyber déployées non seulement pour influencer la politique, mais aussi pour servir des intérêts privés ou financiers.

– Elisa Braun

BERLIN 🇩🇪

Le Parlement allemand a une nouvelle fois mis un frein aux projets d’achat du ministère de la Défense, réduisant de manière drastique une demande portant sur 900 réservoirs de carburant après que les députés se sont insurgés contre le prix. La commission des budgets n’a approuvé que 300 unités, invoquant une forte augmentation par rapport à un contrat similaire conclu il y a cinq ans. Ce refus fait écho à des inquiétudes exprimées ailleurs en Europe, la Roumanie ayant averti que certains fournisseurs avaient gonflé leurs prix de 30 % après le lancement du programme de prêts de défense SAFE de l’UE. Lisez l’article complet.

– Kjeld Neubert

LONDRES 🇬🇧

Le ministre britannique de la Défense, John Healey, a démissionné jeudi à la suite d’une polémique sur les dépenses militaires, avertissant que le retard pris par Keir Starmer dans la mise en œuvre de son plan d’investissement dans la défense risquait de rendre le pays « moins sûr ». Le ministre des Forces armées, Al Carns, et l’assistante de Healey, Pamela Nash, ont également démissionné. Dan Jarvis, un ancien officier de l’armée, a été nommé ministre de la Défense, ces départs ayant intensifié la pression sur Starmer à l’approche d’une élection partielle cruciale.

– Christina Zhao

ROME 🇮🇹

L’Italie prépare une refonte en profondeur de ses forces armées qui permettrait d’augmenter les effectifs de près de 40 000 personnes d’ici 2033 et de créer un nouveau système de réserve à plusieurs niveaux, selon un projet de loi consulté par Euractiv. Cette réforme permettrait la mobilisation rapide de réservistes en cas de crise majeure, alors que Rome cherche à renforcer sa préparation tout en envisageant, selon certaines informations, de réduire sa demande de prêt SAFE. Lisez l’article complet.

– Pietro Guastamacchia

STOCKHOLM 🇸🇪

La politicienne Stina Isaksson, membre des Démocrates suédois, a été exclue du parti d’extrême droite après avoir distribué des tracts multilingues exhortant les familles immigrées à « empêcher les services sociaux de vous prendre vos enfants ». La campagne, publiée en suédois, en arabe, en somali et en albanais, a suscité des critiques pour avoir fait écho à la campagne de désinformation de 2021 sur la LVU. Isaksson s’est excusée pour ces tracts « maladroits » mais a nié avoir diffusé de fausses informations. Elle conservera ses mandats régionaux et municipaux en tant qu’indépendante jusqu’à la fin de l’année.

– Charles Szumski

SOFIA 🇧🇬

Le président Roumen Radev a affirmé jeudi que la Bulgarie avait « déjà donné suffisamment » d’aide militaire à l’Ukraine, confirmant l’arrêt de tout nouveau don d’armes et de munitions provenant des stocks de l’armée. Le ministre de la Défense, Dimitar Stoyanov, a déclaré que les exportations de l’industrie de défense bulgare se poursuivraient. Depuis 2022, Sofia a approuvé 13 programmes d’aide militaire à Kiev, dont beaucoup ont été remboursés par le Fonds européen pour la paix. Cette décision intervient à la veille du sommet européen de la semaine prochaine, où le soutien à l’Ukraine devrait être discuté.

– Konstantin Karadjov

NICOSIE 🇨🇾

L’UE a fait savoir qu’elle était prête à participer à la reprise des pourparlers sur la réunification de Chypre, repoussant ainsi les appels lancés par le nord de l’île, sous contrôle turc, visant à exclure Bruxelles du processus. Un porte-parole de la Commission européenne a déclaré que l’Union était prête à jouer un « rôle actif », réaffirmant son soutien à une réunification sous la forme d’une fédération bizonale et bicommunautaire, alors que la diplomatie menée par l’ONU montre des signes timides de reprise. Lisez l’article complet.

– Sarantis Michalopoulos


Editrices.teurs Nicoletta Ionta, Eddy Wax, Christina Zhao, Sofia Mandilara, Charles Szumski

Contributeurs.trices : Victoria Becker, Magnus Lund Nielsen, Sarantis Michalopoulos, Thomas Moller Nielsen, Mátyás Varga, Elisa Braun

Traductrice : Clara Vassent