EXCLUSIF : le mandat européen 2024-2029 doit réconcilier climat et industrie, selon Équilibre des énergies
Le think tank Équilibre des énergies vient de publier ses recommandations pour la prochaine mandature européenne (2024-2029). En exclusivité pour Euractiv France, il insiste sur la nécessité d’une stratégie industrielle européenne correctement fléchée pour le climat et l’économie, plutôt qu’une accumulation d’objectifs.
Le think tank Équilibre des énergies (EdEn) vient de publier ses recommandations pour la prochaine mandature européenne (2024-2029). En exclusivité pour Euractiv France, le think tank insiste sur la nécessité d’une stratégie industrielle européenne correctement fléchée pour le climat et l’économie, plutôt qu’une accumulation d’objectifs.
La Commission européenne actuellement en place à Bruxelles restera dans la postérité pour avoir lancé le Pacte vert pour l’Europe (Green deal, en anglais), un vaste programme législatif destiné à mettre les 27 États membres de l’UE sur la voie de la neutralité climatique d’ici 2050.
Suite aux élections européennes de juin prochain, commissaires et parlementaires européens devront céder leur place à une nouvelle vague de responsables politiques. Certains conserveront leur place tandis que d’autres tireront leur révérence ou seront recasés.
Selon le think tank spécialisé dans les politiques industrielles EdEn, il s’agit d’une occasion à ne pas rater pour mettre en œuvre les objectifs climatiques et industriels européens pour 2030.
À destination des futurs décideurs, le think tank a rendu mercredi (7 février) son rapport « Fit for 55… et après ».
35 recommandations reparties en neuf domaines clefs et deux priorités : la réduction effective des émissions de gaz à effet de serre (GES) et la réindustrialisation de l’UE d’ici 2030.
Réduire les émissions sans dogmatisme
« L’impératif premier est maintenant de passer à l’action », insiste le rapport.
En clair, « il faut mettre un terme à la querelle entre énergies nucléaires et énergies renouvelables » et passer d’une directive sur le développement des énergies renouvelables a une directive sur le développement des énergies bas-carbone, défend Jean-Pierre Hauet, président du Comité scientifique, économique, environnemental et sociétal d’EdEn.
11 États membres, menés par la France, ont déjà exprimé un tel souhait auprès de la Commission européenne en fin d’année dernière.
L’UE est « trop restée dans la ligne inscrite dans les traités : économie d’énergie et énergie nouvelle », explique M. Hauet. Or, « le principe ‘Emissions reduction first’ doit gouverner à présent l’action », complète le rapport.
En d’autres termes, la prochaine mandature « ne dois pas passer trop de temps sur les discussions à horizon 2040 ». Elle doit plutôt agir pour atteindre ceux fixés pour 2030, soit -55 % d’émissions de gaz à effet de serre par rapport à 1990.
La Commission européenne a néanmoins dévoilé officiellement mardi (6 février) son futur objectif pour 2040 : -90 % d’émissions de GES par rapport à 1990.
De quoi faire jaser les plus sceptiques et « nourrir la lassitude des populations si la réindustrialisation et les changements de comportement ne suivent pas ces objectifs», prévient Cecil Coulet, responsable des affaires européennes chez EdEn.
Sans parler de « pause réglementaire », à l’instar d’Emmanuel Macron, « il ne faut pas que se développe une dichotomie entre d’un côté les objectifs aspirationnels des pouvoirs publics et les objectifs que l’industrie peut tenir », complète M. Hauet.
L’industrie avant tout
Selon EdEn, la prochaine mandature devra insister sur l’industrie, clef de voûte de la décarbonation européenne.
Cela passerait, notamment, par la mise en place de projets pilotes et par « se fixer un cadre et une stratégie claire avec des objectifs d’autonomie pour démarrer une filière », avance M. Coulet. Pour cela, « connaitre la disponibilité des ressources et, comme pour les carburants durables pour l’aviation, anticiper la demande », complète M. Hauet.
Mardi, les négociateurs européens (représentants du Parlement européen et des États membres), sont d’ailleurs parvenus à un accord sur le règlement pour une industrie « net-zéro » (Net zero industry act, NZIA, en anglais), prévu pour faciliter le déploiement d’une industrie plus propre en Europe.
« Une bonne chose », concède M. Coulet, « mais seulement une première pierre après des années pendant lesquelles la possibilité d’une stratégie industrielle commune a été mise sous le tapis par les institutions européennes ».
Faut-il encore, note M. Hauet, que des fonds soient alloués spécialement à une stratégie industrielle européenne. Or, ce n’est pas le cas avec le texte NZIA ni même avec les fonds restants des plans de relance européens.
Les réseaux électriques ou rien
Selon EdEn, l’industrie, comme d’autres secteurs, aura besoin de plus d’électricité, car l’électrification du mix énergétique est un préalable à sa décarbonation.
En outre, de plus en plus d’usages et de secteurs seront électrifiés, comme le bâtiment par exemple et le déploiement des pompes à chaleur qu’EdEn appelle urgemment de ses vœux.
La mise en place d’objectifs de déploiement, à l’image de ceux pour la fin de vente de véhicules thermiques neufs, « peut être un exemple », avance M. Hauet, pour qu’in fine, les États membres sortent des énergies fossiles dans le bâtiment d’ici à 2040.
M. Hauet se veut également prudent au sujet de la rénovation des bâtiments. Aller tout de suite vers de la rénovation intégrale de façon globale, « n’est pas réaliste », pense-t-il, alors qu’une révision du mode de calcul du diagnostic de performance énergétique serait plus que nécessaire.
La route électrique pour les poids lourds
Dans les transports, l’enjeu est d’assurer la mise en place d’un écosystème fiable et robuste pour la recharge de véhicules électriques et de mettre en route d’une politique d’électrification des poids lourds.
« Les solutions autres que l’électrification pour les poids lourds ne seront pas suffisantes à terme », plaide M. Hauet. L’hydrogène, par exemple, semble être encore trop cher pour lancer une démarche massive de décarbonation du secteur.
En outre, l’électrification ouvrirait la voie à la mise en place de « routes électriques » pour les trajets de longue distance, s’essaye le think tank.
« Ce n’est pas de la science-fiction. Sur le plan technologie, il n’y a pas d’obstacle fondamental, il y a des obstacles pratiques », avance M. Hauet, ingénieur de métier.
Sur tous ces pans, la mise en œuvre devra être efficace, prévient le think tank, car la transition devrait couter la bagatelle de 1 000 milliards d’euros par an. Il sera d’ailleurs primordial d’assurer une redistribution juste des fonds sociaux associés aux politiques climatiques, comme le marché carbone, conclut-il.
[Édité par Frédéric Simon]