Exit la taxe sur les dépôts, Chypre devra restructurer ses banques
Une nouvelle nuit de négociations a été nécessaire aux ministres des Finances de la zone euro pour dégager un compromis sur l’avenir de l’île. Nicosie devra complètement revoir les bases de son économie.
Une nouvelle nuit de négociations a été nécessaire aux ministres des Finances de la zone euro pour dégager un compromis sur l’avenir de l’île. Nicosie devra complètement revoir les bases de son économie.
Dans la nuit du 24 au 25 mars 2013, Bruxelles a été le théâtre d’un spectacle récurant depuis le début de la crise de la zone euro en 2009 : une longue nuit de négociations faite de réunions bilatérales, de menaces, d’ultimatum, de report de séances.
La bonne et la mauvaise banque
La réunion des 17 ministres des Finances de la zone euro (Eurogroupe) a débuté avec 4 heures de retard, vers 23h. Ils avaient jusqu’au petit matin pour trouver un nouvel accord sur le sauvetage financier de Chypre, au bord de l’effondrement depuis plusieurs mois.
Un premier plan d’aide, approuvé le 16 mars, a été rejeté, trois jours plus tard, par le Parlement chypriote. Il prévoyait de taxer tous les dépôts bancaires de l’île (9,9% pour ceux supérieurs à 100 000 euros, 6,75% pour les autres), provoquant la colère des citoyens.
La nouvelle mouture est d’une tout autre nature. Cette fois, la zone euro laissera la deuxième banque du pays, la Popular Bank of Cyprus (dite Laiki), faire faillite. Elle sera scindée entre deux entités. La première sera une « structure de défaisance » ou « bad bank » en charge de liquider tous les actifs. La seconde prendra la charge des dépôts garantis jusqu’à 100 000 euros et sera transférée sous la houlette de la Bank of Cyprus (BoC).
Dans les deux établissements, les dépôts de plus de 100 000 euros seront gelés. Ils serviront à régler les dettes de Laïki, et à recapitaliser BoC, à travers une conversion des dépôts en participations.
Plus besoin du Parlement
Le président de l’Eurogroupe Jeroen Dijsselbloem a précisé que les dépôts de Laïki supérieurs à 100 000 euros devraient permettre à Chypre de lever 4,2 milliards d’euros, afin de compléter le plan de sauvetage international.
Nicosie a besoin de 5,8 milliards pour compléter le plan de sauvetage de l’Union européenne (via le Mécanisme européen de stabilité, MES) et du Fonds monétaire international, chiffré à 10 milliards.
Le président de l’Eurogroupe a en outre reconnu que les porteurs d’obligations de Laïki verraient leurs titres anéantis et que ceux de BoC seraient mis à contribution.
Un responsable européen a précisé qu’il n’y aurait pas de « taxe », à proprement parler, imposée à l’ensemble des déposants chypriotes, même si la mise à contribution des comptes supérieurs à 100 000 euros est bien supérieure à ce qui était initialement prévu.
Le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble a précisé, lundi 25 mars, que le nouvel accord ne devrait pas forcément être approuvé par le parlement de Chypre, dont les banques sont restées fermées toute la semaine dernière.
« Il aurait seulement fallu adopter d’autres lois si une taxe sur les dépôts non assurés avait été évoquée, mais ce n’est pas nécessaire pour restructurer les banques en question », a-t-il dit.
Le directeur général du MES, le fonds de secours de la zone euro, Klaus Regling a quant à lui annoncé que Chypre devrait recevoir, d’ici le début du mois, la première tranche de son plan d’aide.
Nouveau modèle économique à trouver
Des sources proches des négociations ont rapporté plus tôt dans la soirée que les négociations avaient été très difficiles et que le président chypriote Nicos Anastasiades, élu il y a à peine plus d’un mois, avait menacé de démissionner.
Le chef d’Etat souhaitait en effet préserver le modèle financier chypriote, unique dans l’UE, qui permet à ses banques de recevoir de très larges sommes de déposants britanniques et russes, ce à quoi il semble finalement avoir échoué.
Chypre, dont le secteur bancaire est huit fois plus important que son produit intérieur brut (PIB), devait trouver une solution avant l’entrée en vigueur de l’ultimatum de la Banque centrale européenne, qui menaçait de ne plus alimenter en liquidités d’urgence les banques chypriotes à partir de lundi matin.
L’accord conclu entre Nicosie et la troïka UE-BCE-FMI assure finalement que « le Conseil des gouverneurs de la BCE alimentera en liquidités BoC, selon les règles en vigueur ».
Une fois cette restructuration bancaire effectuée, c’est toute l’économie de l’île qu’il faudra réorienter vers un nouveau modèle. Au sein de son espace maritime, Chypre dispose de larges ressources gazières encore non exploitées.