Fabrice Leggeri, numéro 3 de la liste RN, visé par une plainte pour complicité de crimes contre l’humanité et de torture

L’une des têtes d’affiche du RN pour les Européennes, l’ancien directeur de l’agence Frontex Fabrice Leggeri, est accusée par deux ONG de complicité de crime contre l’Humanité et de complicité de crime de torture contre des migrants en Méditerranée et en Mer Égée.

Euractiv France
The European Union’s border agency to deploy 60 guards next week to monitor Lithuania’s frontier
Le directeur exécutif de l'agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes Frontex, Fabrice Leggeri, participe à un point presse lors de sa visite à Druskininkai, en Lituanie, le 19 juillet 2021. [EPA-EFE/STR]

L’une des têtes d’affiche du Rassemblement national (RN) pour les Européennes de juin, l’ancien directeur de l’agence Frontex Fabrice Leggeri, est accusée par deux ONG de complicité de crime contre l’Humanité et de complicité de crime de torture contre des migrants en Méditerranée et en Mer Égée. Une plainte a été déposée devant la justice mardi (23 avril).

C’est une affaire qui embarrasse le RN, qui caracole dans les sondages avec 31 % des intentions de vote, à moins qu’elle ne conforte sa stratégie de victimisation, avant les Européennes du 9 juin et alors que Jordan Bardella va officiellement présenter son programme politique jeudi (25 avril) à Paris.

Selon les informations de Le Monde et de France Info, le numéro 3 de la liste du parti de Marine Le Pen, Fabrice Leggeri, est visé par une plainte pour complicité de crime contre l’Humanité et complicité de crime de torture, déposée par la Ligue des droits de l’Homme (LDH) et l’association de défense des migrants Utopia 56.

Ancien directeur de l’agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes (Frontex) entre 2015 et 2022, ce dernier est soupçonné « d’avoir participé, soit en les facilitant, soit en les couvrant, au refoulement d’embarcations de migrants par les autorités grecques vers la Turquie ainsi qu’à des interceptions par les garde-côtes libyens d’embarcations de migrants qui tentaient de rejoindre l’Italie », explique Le Monde.

Ces accusations ne sont pas nouvelles. Fabrice Leggeri avait, semble-t-il et bien qu’il s’en défende, été poussé à la démission de l’agence européenne en avril 2022 après la publication d’un retentissant rapport de l’Office européen de lutte antifraude (OLAF), qui soulignait que Frontex n’avait pas traité correctement des preuves de refoulements de migrants aux frontières maritimes et terrestres de la Grèce entre le printemps et l’automne 2020, allant jusqu’à les dissimuler.

Refoulements illégaux

Les refoulements sont contraires au droit international et européen, puisqu’ils empêchent tout examen d’une demande de protection. Dans un communiqué de presse daté du 14 octobre 2022, la direction de Frontex avait d’ailleurs reconnu des « comportements répréhensibles graves », et notamment le fait que ces incidents avaient été « ignorés » en interne. Elle soulignait cependant que ces pratiques « appartenaient au passé ».

En mars dernier, Ylva Johansson, la commissaire européenne aux Affaires intérieures, avait pour sa part rejeté toute nécessité de réformer l’institution.

« Cette plainte est un signe très positif, alors que l’arrivée en politique de Fabrice Leggeri n’avait soulevé que peu d’interrogations », explique à Euractiv Lefteris Papagiannakis, directeur du Greek Council for Refugees, une organisation qui défend les droits des demandeurs d’asile depuis 1989.

« L’ancien directeur de Frontex était connu pour ses sorties politiques, qui sont bien sûr incompatibles avec les missions techniques que doit remplir une agence européenne. Il imposait son propre agenda et avait été décoré par le gouvernement d’Athènes pour son action, alors que les forces de sécurité grecques se rendent en permanence coupables de refoulement illégaux », continue-t-il.

Fabrice Leggeri contre Frontex

Installé aux premiers rangs de la liste de Jordan Bardella le 17 février dernier, ce haut fonctionnaire européen de 55 ans était considéré comme une belle « prise de guerre » par le RN, soucieux d’étoffer son réservoir d’experts et de technocrates, même si Fabrice Leggeri s’est surtout, depuis, appliqué à critiquer l’institution pour laquelle il travaillait précédemment.

« La philosophie générale du pacte asile-migration est un leurre », expliquait-il récemment au micro de BFM TV. « On ne s’attaque pas à la racine du problème, qui est d’essayer d’éviter que des migrants mettent leur vie en danger, tombent entre les mains de trafiquants, pour venir demander l’asile sur le continent européen », soulignait-il.

Selon les estimations de l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM), au moins 30 000 personnes seraient mortes en Méditerranée depuis 2014, dont 16 272 entre 2015 et 2022.

Sans surprise, Marine Le Pen n’a pas manqué d’apporter son soutien à M. Leggeri, fustigeant sur X « les associations d’extrême-gauche, partisans de la submersion migratoire et complices des passeurs », quand le principal intéressé appelait sur le plateau de CNEWS à « couper les vivres » à ces mêmes ONG et à les « poursuivre pénalement si nécessaire ».

Pour étayer leurs accusations, la LDH et Utopia 56 expliquent s’appuyer sur des enquêtes journalistiques, des rapports d’ONG et sur le fameux rapport de l’OLAF.

Sur son site Internet, Utopia 56 souligne que « selon plusieurs sources journalistiques, la participation de Frontex peut notamment être recensée dans près de 222 incidents dramatiques, impliquant 8 355 personnes entre mars 2020 et septembre 2021, que ce soit en s’abstenant de s’opposer aux autorités concernées alors qu’elle en avait le devoir, en dissimulant des preuves de ces crimes, voire parfois même en leur fournissant un soutien logistique et financier pour les exécuter ».