Face à la menace d'une guerre commerciale américaine, les européens préparent des mesures de rétorsion

De plus en plus de dirigeants européens se disent prêts à prendre des mesures contre les États-Unis, si Washington venait à augmenter ses droits de douane sur les produits de l'Union.

EURACTIV.com
President Trump Speaks At The House GOP Conference In Doral, Florida
« Le Royaume-Uni a dépassé les bornes, mais […] je pense qu’il est possible de trouver une solution. Mais l’Union européenne, ce qu’elle a fait est une atrocité », a déclaré le dirigeant américain. [Joe Raedle/Getty Images]

BRUXELLES —De plus en plus de dirigeants européens se disent prêts à prendre des mesures contre les États-Unis, si Washington venait à augmenter ses droits de douane sur les produits de l’Union. 

Lors de la « retraite » informelle des dirigeants européens sur la défense, le commerce international n’était pas censé être un sujet à l’ordre du jour. Mais les déclarations des uns et des autres à leur arrivée à Bruxelles ont laissé penser le contraire.

Ces dernières semaines ont relevé de l’exercice d’équilibriste pour les Européens.

D’un côté, l’Europe a besoin des États-Unis pour l’aider à assurer sa sécurité, pour soutenir l’Ukraine et en tant que partenaire commercial. Les déclarations en direction de la nouvelle administration Trump ont donc pour l’heure été plus que mesurées. Aucun dirigeant de l’UE n’a voulu donner au président américain l’occasion de s’emporter.

De l’autre, Bruxelles s’inquiète de l’ouverture d’une guerre commerciale avec Washington, potentiellement dès cette semaine, selon certains diplomates de l’UE. Une crainte qui a tout emporté, alors que les responsables européens se retrouvaient pour discuter de leurs dépenses de défense, avec la guerre en Ukraine en toile de fond.

Le langage du nouveau président américain a, quant à lui, été jusqu’à présent très abrasif.

Après avoir ciblé le Canada, le Mexique et la Chine, Donald Trump a promis d’imposer « impérativement » des droits de douane sur les produits de l’UE.

« Le Royaume-Uni a dépassé les bornes, mais […] je pense qu’il est possible de trouver une solution. Mais l’Union européenne, ce qu’elle a fait est une atrocité », a-t-il déclaré, avant d’ajouter que l’Union est « vraiment à côté de la plaque ».

Au cours du week-end, le ton a commencé à changer à Bruxelles. De plus en plus de diplomates européens soulignent que l’UE sera bientôt contrainte de répondre aux menaces du président américain.

Un porte-parole de la Commission européenne a déclaré dimanche que l’Union « réagirait fermement » si Donald Trump « imposait de manière injuste ou arbitraire des droits de douane sur les produits de l’UE ».

La Commission a déjà travaillé à de potentielles mesures de rétorsion, mais certaines sources expliquent qu’il est encore trop tôt pour en faire publiquement la publicité.

Alors que les dirigeants de l’UE ont longtemps tenté de rappeler à l’administration Trump la valeur des échanges entre le continent européen et les États-Unis, ils s’accordent désormais largement sur la nécessité d’une riposte de Bruxelles.

Le chancelier allemand Olaf Scholz a ainsi déclaré que l’Union avait cette capacité. Emmanuel Macron a de son côté averti que l’UE devait montrer ses muscles, si Donald Trump venait à mettre sa menace à exécution.

« Si nous sommes attaqués sur le plan commercial, l’Europe — en tant que véritable puissance — devra se défendre et donc réagir », a déclaré le président français.

La dirigeante danoise Mette Frederiksen a prévenu que, si les États-Unis imposaient des droits de douane, l’Europe aurait besoin d’une « réponse collective et robuste ».

Le Premier ministre polonais Donald Tusk, dont le pays assure la présidence tournante de l’UE, a qualifié les guerres commerciales d’« inutiles et stupides ».

« Il serait cruel qu’à l’heure de la menace russe et de l’expansion chinoise, nous trouvions une raison d’être en conflit entre alliés », a-t-il confié aux journalistes.

L’une des stratégies pour les Européens face à Donald Trump consiste à lui faire miroiter la carotte de la Chine.

Au cours de son premier mandat, le président américain avait poussé l’UE à s’aligner sur la politique chinoise des États-Unis. Pour éviter que les exportations chinoises ne soient détournées vers l’Europe et ne déciment l’industrie européenne, Bruxelles se dirige de nouveau vers une guerre commerciale avec Pékin.

Certains diplomates de l’UE pensent qu’un message adéquat sur la Chine pourrait trouver un écho auprès de Donald Trump.

« Si les États-Unis et l’Europe entament une guerre commerciale, la Chine sera la seule à en rire », a déclaré lundi Kaja Kallas, Haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères.

« Il n’y a pas de gagnant dans les guerres commerciales », a-t-elle ajouté.

(AB et LG)