Face à la Russie, la Finlande et la Suède se préparent à un avenir au sein de l’OTAN

La Finlande et la Suède se rapprochent d’une adhésion à l’OTAN. Helsinki présentera mercredi 13 avril un rapport sur la politique de sécurité du pays, qui pourrait constituer une étape clé vers sa candidature à l'Alliance atlantique.

/ EURACTIV.com
Prime Minister of Sweden visit in Helsinki
La Première ministre finlandaise Sanna Marin (à droite) et la Première ministre suédoise Magdalena Andersson (à gauche) lors d’une conférence de presse à Helsinki, en Finlande, le 8 décembre 2021 [ EPA-EFE/KIMMO BRANDT]

La Finlande et la Suède se rapprochent d’une adhésion à l’OTAN. Helsinki présentera mercredi 13 avril un rapport sur la politique de sécurité du pays, qui pourrait constituer une étape clé vers sa candidature à l’Alliance atlantique.

Le nouveau rapport sur la politique de sécurité devrait lancer les discussions au Parlement finlandais sur l’opportunité de poursuivre l’adhésion à l’alliance, discussions qui, selon la Première ministre Sanna Marin, pourraient être finalisées « avant le milieu de l’été ».

Si une majorité claire se dégage en faveur de l’adhésion à l’OTAN, le gouvernement et le président devraient décider d’une éventuelle candidature.

« Tout porte à croire que le gouvernement finlandais décidera de demander l’adhésion à l’OTAN. Personne ne veut parler de dates précises, mais si je dis que cela se produira dans les deux prochains mois, je ne pense pas me tromper », a déclaré Charly Salonius-Pasternak, chercheur à l’Institut de politique étrangère d’Helsinki, à l’agence de presse suédoise TT.

Au sein des sociaux-démocrates finlandais, un débat en interne devrait avoir lieu au début du mois de mai, après quoi une réunion extraordinaire du conseil du parti décidera s’il soutient le mouvement.

Le ministre finlandais des Affaires étrangères, Pekka Haavisto, a déclaré en début de semaine au Luxembourg qu’il était « important » que la Suède voisine suive un « processus similaire ».

« Mais bien sûr, nous échangeons des informations tout le temps et, avec un peu de chance, si nous prenons le même type de décisions, nous pourrions le faire à peu près en même temps », a-t-il ajouté.

Un soutien croissant

La Finlande et la Suède ont jusqu’à présent mené une politique de non-alignement militaire. Mais l’opinion publique des deux pays a sensiblement évolué depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie, et les alliés et responsables de l’OTAN sont dans l’ensemble favorables à l’adhésion des deux pays.

Selon un nouveau sondage commandé par MTV lundi 11 avril, 68 % des Finlandais sont prêts à rejoindre l’OTAN par eux-mêmes et 75 % pensent que la Finlande rejoindra l’OTAN d’ici un an.

En Suède, où la population était traditionnellement fidèle à sa politique de non-alignement, l’invasion russe a provoqué une forte augmentation du soutien à l’OTAN, près d’un Suédois sur deux étant favorable à l’adhésion à l’OTAN, selon un sondage Novus réalisé en mars, une semaine après l’invasion.

La première ministre suédoise, Magdalena Andersson, a par ailleurs déclaré le mois dernier qu’elle n’excluait « en aucune façon l’adhésion à l’OTAN » lors d’une interview sur la chaîne suédoise SVT.

Les tensions entre la Russie et la Suède se sont accrues au cours de la dernière décennie, notamment autour de l’île de Gotland, stratégiquement située dans la mer Baltique, à mi-chemin entre l’exclave russe de Kaliningrad et Saint-Pétersbourg.

Les responsables russes ont menacé à plusieurs reprises les deux pays de « conséquences » s’ils décidaient de rejoindre l’alliance militaire occidentale. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a prévenu lundi que l’élargissement de l’OTAN n’apporterait pas plus de stabilité à l’Europe.

« Nous avons dit à plusieurs reprises que l’alliance elle-même est plutôt un outil de confrontation. Ce n’est pas une alliance qui assure la paix et la stabilité, et une nouvelle expansion de l’alliance, bien sûr, n’apportera pas plus de stabilité sur le continent européen », a déclaré M. Peskov.

La semaine dernière, le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, a réaffirmé que les alliés de l’OTAN accueilleraient la Finlande et la Suède au sein de l’alliance si elles décidaient d’y adhérer, mais que cette décision dépendait des deux nations.

« C’est à eux de décider bien sûr, mais s’ils posent leur candidature, je m’attends à ce que 30 alliés les accueillent », a déclaré M. Stoltenberg aux journalistes à Bruxelles.

Il a ajouté que l’OTAN trouverait probablement des moyens « de répondre aux préoccupations qu’ils peuvent avoir au sujet de cette période intermédiaire entre le moment où ils ont posé leur candidature et celui où la dernière ratification (par les alliés) a eu lieu ». M. Stoltenberg a fait référence à d’éventuelles représailles russes avant que les deux hommes ne soient entièrement sous la protection de l’OTAN, parlant en fait de garanties de sécurité potentielles.

Ses propos ont été repris par Rob Bauer, chef du comité militaire de l’OTAN, qui a déclaré aux journalistes, mardi 12 avril, que l’alliance n’avait pas exclu de nouveaux membres, mais qu’il appartenait en fin de compte à la Finlande et à la Suède de décider si elles souhaitaient adhérer, rapporte Reuters.

« C’est une décision souveraine de toute nation qui veut rejoindre l’OTAN de demander l’adhésion, ce qu’ils n’ont pas fait jusqu’à présent. Nous ne forçons personne à entrer dans l’OTAN », a déclaré M. Bauer.

Entre-temps, des responsables américains cités par le Times ont toutefois estimé que la Suède et la Finlande pourraient très bien soumettre leurs demandes en juin et rejoindre l’OTAN dès cet été.

La Finlande et la Suède sont deux des six pays connus sous le nom de « partenaires renforcés », principalement en raison de leurs contributions aux opérations de l’OTAN. En tant que tels, ils disposent d’options en matière de coopération.

Ces derniers mois, l’OTAN a renforcé la coopération axée sur la sécurité dans la région de la mer Baltique, qui comprend des consultations politiques, des échanges d’informations sur la guerre hybride et des exercices conjoints.

En tant que partenaires de l’OTAN, la Finlande et la Suède ont fait l’objet d’une intensification des échanges d’informations et de la communication stratégique de l’OTAN dans le contexte de la guerre en Ukraine.

De manière réaliste, la seule objection pourrait venir du Premier ministre hongrois Viktor Orbán, nouvellement réélu, qui pourrait faire obstacle à leurs aspirations à l’égard de l’OTAN ou demander à l’OTAN ou à l’UE quelque chose en échange de son soutien.

Toutefois, les responsables de l’OTAN estiment qu’en cas de candidature finno-suédoise, M. Orbán pourrait très bien être contraint d’accepter.

Une « troisième voie » ?

Le journal finlandais Hufvudstadsbladet a rapporté dimanche 10 avril que le ministre suédois de la défense, Peter Hultqvist, et les sociaux-démocrates suédois envisagent une troisième option — une alliance de défense avec la Finlande soutenue par les États-Unis.

« J’ai eu plusieurs conversations avec les sociaux-démocrates suédois et je sais qu’ils prennent cette option au sérieux », a déclaré le député finlandais et ancien ministre des Affaires étrangères Erkki Tuomioja. Sa position a été reprise par la Première ministre Sanna Marin dimanche sur Radio Suomi, bien que de manière plus prudente.

« La coopération avec l’OTAN permet de coopérer avec d’autres, mais un système qui offre les mêmes garanties de sécurité que l’OTAN n’existe pas », a déclaré Mme Marin.

Elle a qualifié la discussion autour d’une alliance militaire Suède-Finlande de « bonne et analytique », ajoutant que « si nous rejoignons l’OTAN, il ne sera pas facile de quitter l’alliance de défense ».