Feu vert de la conseillère scientifique principale de l’UE pour le gaz de schiste
La conseillère scientifique principale de l’UE a déclaré que des preuves permettaient d’autoriser l’extraction de gaz de schiste, la source d’énergie au cœur d’une lutte politique acharnée.
La conseillère scientifique principale de l’UE a déclaré que des preuves permettaient d’autoriser l’extraction de gaz de schiste, la source d’énergie au cœur d’une lutte politique acharnée.
L'exécutif européen a lancé le 27 mars un livre vert qui définit les objectifs de l'UE pour 2030 en matière d'énergie et de climat. Le commissaire en charge de l'énergie, Günther Oettinger, a pris une position favorable sur le gaz de schiste.
« Je suis favorable à la production de gaz de schiste, surtout pour des raisons de sécurité et de réduction des prix du gaz », a-t-il déclaré. « Aux États-Unis, grand producteur de gaz de schiste, le prix du gaz est quatre fois moins élevé qu'en Europe. »
Le gaz de schiste a déclenché une renaissance industrielle aux États-Unis. L'Agence internationale de l'énergie prévoit que le pays devienne quasi autonome en pétrole et en gaz d'ici 2035.
L'expansion du secteur en Europe est cependant hésitante en raison de coûts rédhibitoires, de la suspension de l'exploration et des craintes des gouvernements liées à l'environnement.
>> Lire : L’UE redoute la hausse de l’exploitation du gaz de schiste aux États-Unis
Connie Hedegaard prudente sur le schiste
Connie Hedegaard, la commissaire en charge de l'action pour le climat, a adopté un ton moins favorable sur le gaz de schiste. Elle estime que son extraction en Europe est peu comparable à celle aux États-Unis.
« Nous ne nous attendons pas à ce que ce soit aussi facile en Europe : les conditions géologiques sont différentes, tout comme les règles environnementales et l'activité des sols », a-t-elle déclaré à des journalistes lors de la parution du livre vert de la Commission.
Anne Glover, la conseillère scientifique principale du président de la Commission, José Manuel Barroso, s'est opposée à ce point de vue et a donné son feu vert au schiste.
Lors d'un débat sur les sciences et la prise de décision politique à Bruxelles le 9 avril, elle a déclaré : « À l'instar de toute production d'énergie, des risques seront impliqués, qu'il s'agisse d'éoliennes ou de centrales au charbon », a-t-elle affirmé au cours de la conférence organisée par le groupe de réflexion le Centre de politique européenne.
« Nous ne devrions pas entrer dans une phase de déni. Pour ma part, les preuves nous permettront de donner le feu vert [à la production de schiste]. Des questions d'ordre non-scientifique doivent toutefois être débattues en termes d'extraction et de production », a ajouté Mme Glover.
L'Europe dans une « phase de déni »
L'eurodéputé portugais António Fernando Correia de Campos, président du panel du Parlement européen Science and Technology Options Assessment (STOA), a également soutenu le schiste au cours du débat. Même s'il a déclaré qu'il ne s'exprimait au nom d'aucun groupe ou commission parlementaire, il a indiqué que l'Europe était dans une « phase de déni » sur le gaz de schiste.
Selon lui, il est évident que, d'ici cinq ans, l'Europe importerait du gaz de schiste des États-Unis, car il coûte entre 20 et 25 % moins cher que les importations actuelles de gaz européen. « Nous fondons notre avis sur le paradigme du déni, une étape au-delà du principe de précaution », a déclaré António Fernando Correia de Campos.
Les États membres restent divisés quant à leur approche vis-à-vis du schiste. En octobre 2012, le chancelier britannique George Osborne a annoncé des allégements fiscaux éventuels pour le schiste domestique. Au même moment, la Pologne a fait part de son intérêt pour le gaz et a déclaré qu'elle investirait environ 12,5 millions d'euros dans l'exploration d'ici 2020.
La production à grande échelle s'avère toutefois difficile. Des gouvernements européens et de grandes entreprises énergétiques ont récemment suspendu l'exploration ou y ont mis fin.
Dans le même temps, des doutes subsistent parmi les défenseurs du schiste concernant la sécurité de l’extraction de cette matière.
« Différentes études révisées par des pairs ont montré que les opérations [d'extraction] et les activités de production augmentent de manière significativement les risques de cancer pour les communautés vivant à moins d'1,6 kilomètre des sites de forage », a expliqué à EURACTIV Antoine Simon, spécialiste des industries extractives au sein des Amis de la Terre Europe.