Feux de forêt : la pénurie de Canadairs en Europe risque de s'aggraver

Alors que les incendies vont se multiplier dans les prochaines années en Europe sous l'effet du réchauffement climatique, le continent manque de bombardiers d'eau de type Canadair. Or, le manque n'est pas prêt d'être comblé.

/ Euractiv.com
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Le début de l’été avait été relativement clément, mais la saison des feux de forêt semble bel et bien avoir débuté en Europe. Après avoir ravagé les Balkans et en particulier la Grèce, les flammes ont dévasté la semaine dernière l’île portugaise de Madère. [Shutterstock]

Alors que les incendies vont se multiplier dans les prochaines années en Europe sous l’effet du réchauffement climatique, le continent manque de bombardiers d’eau de type Canadair. Une carence qui n’est pas prête d’être comblée. 

Le début de l’été avait été relativement clément, mais la saison des feux de forêt semble bel et bien avoir débuté en Europe. Après avoir ravagé les Balkans et en particulier la Grèce, les flammes ont dévasté la semaine dernière l’île portugaise de Madère, située au large du Maroc. De jeudi à dimanche, deux avions bombardiers en provenance d’Espagne ont donc survolé l’île, le ventre chargé d’eau.

La réactivité des autorités espagnoles fait suite à l’activation jeudi par les autorités lusitaniennes du mécanisme de protection civile de l’Union européenne (UE), RescEU, qui permet de faciliter la coopération entre les pays membres pour lutter contre les feux de forêt.

Dans ce cadre, la Commission européenne a prévu d’investir 600 millions d’euros pour acheter des hydravions de type Canadair. Leur livraison est attendue en 2027. Bémol, les retards de production s’accumulent. En cause, la position monopolistique du Canadien DeHavilland sur le marché de la construction d’hydravions, dont la seule ligne de production n’est fonctionnelle que depuis mars 2022. 

Des problèmes de monopole

Ces derniers mois, les États membres ont commandé pas moins de 20 avions à DeHavilland. Sept pour l’Espagne et autant pour la Grèce, deux chacun pour la France, le Portugal et la Croatie.

« D’autres commandes sont en discussion », affirme le constructeur à Euractiv. Une signature italienne pour deux engins est notamment attendue « dans les semaines à venir » et, selon Delphine Grail-Dumas, cheffe du groupement des moyens aériens de la sécurité civile française, une « option de commande » de deux autres appareils a été posée pour 2025. 

Conformément aux attentes, le constructeur confirme que « la première livraison [vers l’Europe] aura lieu fin 2027 ou début 2028 ». Or, certains observateurs se montrent bien plus sceptiques. 

Des délais dans les livraisons

Dans un rapport officiel publié en juillet 2023, le sénateur français Jean-Pierre Vogel, qui étudie le sujet de la Sécurité civile depuis cinq ans, écrit que les délais de livraison sont « sans cesse repoussés, année après année », au point même de « suscite[r] des interrogations légitimes sur la concrétisation effective de [la] commande », des deux engins français à tout le moins.

Que dire, dès lors, des promesses faites par Emmanuel Macron fin 2022 d’acheter seize Canadairs « d’ici la fin [de son] quinquennat », soit 2027 ? Cela apparait d’autant plus compliqué que les autorités françaises n’ont pour l’heure prévu que 250 millions d’euros pour y parvenir, soit très peu, si l’on compare aux 350 millions d’euros déboursés par les autorités grecques pour sept Canadairs.

Selon la Cour des comptes, la France devrait donc plutôt décaisser 1,3 milliard d’euros pour arriver à ses fins, ce qui n’est pas à l’ordre du jour. 

Le monopole de la maintenance

En France toujours, s’ajoute un problème de monopole de la maintenance de la flotte existante. Le prestataire habilité jusqu’en 2027, Sabena Technics, connait des difficultés pour recruter, gérer les grèves de son personnel et se procurer certaines pièces détachées.

Alors que la flotte française est âgée d’une vingtaine d’années, ces difficultés rallongent considérablement les temps et les coûts de la maintenance. Résultat, la moitié seulement des douze aéronefs français était opérationnelle à la mi-août, rappelle dans Libération Benoît Quennepoix, pilote de Canadair et membre du syndicat national de l’aéronautique civile SNPNAC.

Trouver des alternatives

Sans nouveaux Canadairs avant des années et sans flotte convenablement disponible, se pose désormais la question de trouver dans l’urgence des alternatives complémentaires aux hydravions, et sur le long terme, d’investir dans une chaîne de production 100% européenne. La présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, souhaite en effet développer les capacités matérielles de RescEU.  

Plusieurs entreprises sont sur le pont pour développer des bombardiers d’eau européens, comme les Belges de Roadfour, qui espèrent lancer un prototype après 2030. En France, Hynaero développe un modèle pour 2031.

Côté constructeurs historiques, Airbus et Dassault Aviation planchent tous deux sur des modèles d’avion permettant des largages de produits retardant la propagation des incendies, mais en aucun cas des systèmes similaires au largage d’eau des Canadairs.

Une réindustrialisation difficile

Actuellement en phase de test, ces projets ne seront pas en mesure de renforcer la flotte européenne avant plusieurs années. La situation semble particulièrement insoluble, alors que les constructeurs historiques émettent de sérieuses réserves sur le développement d’une industrie européenne d’avions anti-incendie. 

Mettre en place cette filière pourrait en effet demander des milliards d’euros d’investissements pour un marché estimé aujourd’hui à environ 300 hydravions anti-incendie à l’échelle mondiale, dont moins d’une centaine en Europe, rappelle le rapport sénatorial précité.

De plus, « il serait économiquement impossible de produire un appareil sans que celui-ci ait un prix prohibitif pour l’acquéreur », expliquait Airbus aux sénateurs. Preuve, s’il en est, avec l’hydravion produit par Roadfour estimé à 60-70 millions d’euros en sortie d’usine. 

La solution canadienne, bien qu’insatisfaisante, reste donc pour l’heure l’option privilégiée par l’UE, puisque demeurant la seule.