Fin de campagne présidentielle : les stratégies opposées d’Emmanuel Macron et Marine Le Pen

À cinq jours du second tour de l’élection suprême, Marine Le Pen et Emmanuel Macron se livrent à des exercices très différents, entre la recherche d’une « présidentialité » pour l’une, et d’une proximité avec le peuple pour l’autre.

Euractiv France
Second round of the 2022 French presidential election
Des affiches électorales à Paris. Le second tour de l'élection présidentielle se tiendra le 24 avril et opposera le président sortant Emmanuel Macron à la candidate d'extrême droite Marine Le Pen. [EPA-EFE/Mohammed Badra]

À cinq jours du second tour de l’élection suprême, Marine Le Pen et Emmanuel Macron se livrent à des exercices opposés, entre la recherche d’une « présidentialité » pour l’une, et d’une proximité avec le peuple pour l’autre.

Marquée par des attaques à distance entre les différents camps, cette fin de campagne répond à des stratégies très différentes pour les deux candidats à l’Élysée.

Emmanuel Macron en quête de proximité

En tant que président sortant, Emmanuel Macron ne souffre pas d’un problème de « faire président ». C’est même plutôt l’inverse : il semble avoir besoin de descendre du piédestal que représente l’Élysée, donnant la sensation d’être au-dessus des soucis des vraies gens, donc déconnecté de la réalité. Un thème très exploité par ses opposants de tout bord.

C’est ainsi que le candidat-président se livre à de longues rencontres dans les différents territoires de France, y compris ceux qui ne lui sont pas favorables. Dès le lendemain du premier tour, il se rendait dans les Hauts-de-France – zone très lepéniste – pour échanger avec les habitants, pendant plus d’une dizaine d’heures d’affilée. Au Havre, il parlait d’écologie et d’industrie face à une population qui lui a préféré la candidature de Jean-Luc Mélenchon.

Un exercice répété quasiment chaque jour dans un nouvel endroit, accompagné d’une interview dans les radios ou la presse régionales. Une manière de retrouver le contact, d’être « à portée d’engueulade », d’expliquer son bilan et son projet au plus près de l’électeur.

Certes, les caméras ne sont jamais loin : le besoin de montrer un président-candidat proche de ses concitoyens est un enjeu de taille pour les équipes de celui qui a trop été décrit, à leurs yeux, comme un « président des riches », un haut fonctionnaire et un banquier d’affaires déconnecté de la réalité.

Pour Marine Le Pen, la nécessité de « faire présidente » 

Les enjeux pour Marine Le Pen sont diamétralement opposés. Considérée proche du peuple – à tort ou à raison –, elle l’est. Concernée par les problèmes de la vie courante et de pouvoir d’achat de ses compatriotes, aussi.

Son talon d’Achille : la stature présidentielle qui, dans une bonne partie de l’opinion et selon de nombreux commentateurs, semble lui faire défaut.

Alors, dans la foulée du premier tour, Marine Le Pen s’est adonnée à de longues conférences de presse censées asseoir son image de « présidentiable » et convaincre sur sa maîtrise des dossiers. Parmi elles, l’une était sur sa manière de gouverner, l’autre sur la diplomatie et les affaires étrangères, sujets du ressort du chef de l’État par excellence.

Dans les jours qui ont suivi, Mme Le Pen a multiplié les déplacements dans des terres qui lui étaient très favorables, comme pour marquer les esprits avec des bains de foule joyeux et un engouement populaire autour de sa candidature.

La préparation au débat

Jusqu’au débat d’entre-deux-tours, les deux candidats font le choix d’un retrait médiatique.

Marine Le Pen, depuis lundi midi, a laissé ses soutiens, habitués des plateaux télé, sur le devant de la scène pour pouvoir se concentrer et préparer le débat chez elle, entourée de quelques conseillers.

L’enjeu est d’éviter que le traumatisme de 2017 ne se reproduise, où elle était apparue peu compétente et parfois même mal à l’aise lors du débat face à M. Macron. Pour convaincre, elle doit renvoyer une image de quelqu’un qui est à la hauteur du moment, crédible, et prêt à gouverner le pays.

Emmanuel Macron réduit aussi sa présence médiatique et continue de travailler sur les affaires courantes en tant que président. Entre une visioconférence avec d’autres chefs d’État au sujet de l’Ukraine (19 avril) et le dernier Conseil des ministres du quinquennat mercredi, l’espoir est d’arriver détendu et paré au débat du 20 avril au soir.

Le débat de mercredi, diffusé sur TF1 et France 2, est d’autant plus important que les indécis et abstentionnistes potentiels sont encore nombreux et que l’écart dans les intentions de vote est faible entre les deux candidats.

La performance de l’un ou l’autre des candidats pourrait alors être décisive, tandis qu’une gaffe ou une maladresse seraient difficilement rattrapables en aussi peu de temps avant le scrutin et se paieraient cher dans les urnes.