Fonds mondial contre le Sida : les associations demandent la mobilisation des Etats

La société civile incite la France à mobiliser les donateurs du Fonds mondial de lutte contre le sida, le paludisme et la tuberculose en montrant l'exemple. Mais Paris reste encore floue sur ses contributions futures.

EURACTIV.fr

La société civile incite la France à mobiliser les donateurs du Fonds mondial de lutte contre le sida, le paludisme et la tuberculose en montrant l’exemple. Mais Paris reste encore floue sur ses contributions futures.

Pour combattre la propagation du sida, du paludisme, de la tuberculose et traiter toutes les personnes victimes de ces maladies, 87 milliards de dollars seront nécessaires d’ici 2016. C’est en tout cas le diagnostic formulé par le Fonds mondial, en amont de la réunion préparatoire de reconstitution du Fonds pour 2014-2016, à Bruxelles les 9 et 10 avril. 

D’ici la fin de l’année 2013, l’institution genevoise espère que ses différents donateurs engageront un somme globale de 15 milliards d’euros.

Acteur incontournable contre le paludisme et la tuberculose

Le Fonds mondial couvre aujourd’hui près de 90% des dépenses internationales relatives à la lutte contre le paludisme (ou malaria) et la tuberculose (prévention et traitement) et 20% de l’effort global concernant le VIH. L’aide transite en principe par les Etats ou les organisations non gouvernementales.

Mais dans un contexte budgétaire difficile, les donateurs publics comme privés sont plus prudents. A l’exception des Etats-Unis, qui ont annoncé, mercredi 10 avril,  une contribution de 1,65 milliard de dollars dans leur budget 2014 et du Royaume-Uni, qui serait en passe d’augmenter ses dons.

Incertitude sur la contribution française

Le déplacement à Bruxelles du ministre chargé du développement Pascal Canfin s’inscrit dans la volonté de mobiliser l’ensemble des donateurs et d’inciter notamment la Commission à augmenter ses contributions.

Le commissaire au Développement Andris Piebalgs a quant à lui demandé au secteur privé et aux pays émergents de prendre part à la lutte contre les trois pandémies. Mais M. Piebalgs ne s’engage pas sur la contribution de l’UE avant d’en « savoir plus » sur le budget européen pour 2014-2020, dont les négociations pourraient s’achever cet été.

Ainsi, chacun se renvoie la balle, au risque de réduire la pression sur les Etats pour qu’ils augmentent leurs contributions, selon les associations françaises mobilisées dans la lutte contre les pandémies.

Le montant de la contribution française demeure incertain. Depuis 2011, elle atteint 360 millions d’euros par an.

« Malgré les engagements répétés de François Hollande, des oppositions existent au sein des ministères et des administrations », affirme Eric Fleutelot, directeur des programmes internationaux à Sidaction. « Des diplomates plaident pour la baisse des contributions françaises afin de les réaffecter au maintien du personnel au Quai d’Orsay », confie une autre source.  

Mais, elles espèrent qu’un recul des engagements français serait politiquement trop couteux pour le gouvernement. Seconde en volume après les Etats-Unis, la contribution française au Fonds mondial, constitue un marqueur de sa diplomatie, estiment les ONG. 

« Gérer les pénuries »

Jusqu’à présent, l’ensemble des demandes de subventions a été honoré financièrement, dès lors qu’elles remplissaient les critères requis. Mais la pression budgétaire actuelle pourrait réduire les marges de manoeuvre du fonds, s’inquiètent les ONG.

D’autant plus qu’un nouveau modèle de financement entrera en vigueur après la reconstitution financière du fonds. Pour la première fois, une enveloppe indicative des financements disponibles sera communiquée par groupe de pays.

« Le mode de fonctionnement actuel était fondé sur la demande et non sur les ressources disponibles », explique Louis Pizarro, directeur général de l’association Solthis, qui oeuvre pour le renforcement de la prise en charge du VIH.

Nouveaux défis

Le Fonds mondial est « victime de son succès », ajoute-t-il. La communauté internationale considère qu’il est aujourd’hui réaliste d’enrayer la propagation des trois pandémies en renforçant les programmes de prévention et d’assurer la couverture universelle des malades.

Cependant, les besoins dépassent aujourd’hui les moyens. Concernant le VIH, l’enjeu est notamment d’élargir l’accès encore très limité aux traitements de deuxième et de troisième ligne, prescrits en cas d’insuffisance des premiers médicaments.

Mais il faut pour cela redoubler d’efforts financiers sinon la situation sanitaire pourrait régresser, estiment les ONG.