Formation d’un gouvernement, difficultés économiques : les défis qui attendent le nouveau président roumain

Le nouveau président Nicuşor Dan devra faire face à plusieurs défis dès son entrée en fonction : une économie en difficulté, un parlement où les partis populistes occupent près d'un tiers des sièges, et des perspectives incertaines pour former un gouvernement stable.

/ EURACTIV Roumanie
Bucharest: Romania Election
Dès son investiture, Nicuşor Dan devra travailler à la formation d'un gouvernement, un processus qu'il espère finaliser en trois à quatre semaines. [Getty Images/Alex Nicodim_NurPhoto]

Le centriste Nicuşor Dan, un outsider sans appui d’un grand parti qui a remporté la présidentielle dimanche 18 mai, devra faire face à de grands défis dès son entrée en fonction : une économie en difficulté, un parlement où les partis populistes occupent près d’un tiers des sièges, et des perspectives incertaines pour former un gouvernement stable.

Le scrutin de dimanche s’est déroulé sans irrégularités notables, la confirmation officielle des résultats par le Bureau électoral central est donc attendue dans la semaine. Ensuite, la Cour constitutionnelle disposera de trois jours pour valider l’élection, dès que les résultats auront été publiés au journal officiel. Bien que des recours soient encore possibles, ils devraient être traités rapidement. Dans le meilleur des cas, le président nouvellement élu devrait prêter serment au parlement au début de la semaine prochaine.

Dès son investiture, Nicuşor Dan devra travailler à la formation d’un gouvernement, un processus qu’il espère finaliser en trois à quatre semaines. Toutefois, la tâche sera ardue, aucun parti ne détenant la majorité absolue au parlement. En outre, les sociaux-démocrates (Parti social-démocrate, PSD), pourtant arrivés en tête des législatives de décembre 2024 avec 22 % des voix, sont affaiblis par de longues années au pouvoir, les difficultés économiques et la baisse de popularité de leur chef, Marcel Ciolacu.

Le Parti social-démocrate traverse une période d’incertitude. « Continuera-t-il à être une force modérée et centriste ou évoluera-t-il vers un message plus populiste et eurosceptique ? », s’interroge le consultant politique Cristian Andrei, fondateur de The Political Rating Agency.

L’orientation choisie par le parti dépendra probablement de la personne qui prendra sa tête. Une décision est attendue mardi 20 mai dans la soirée lors d’une réunion décisive où le PSD devra soit désigner un dirigeant intérimaire, soit laisser à Marcel Ciolacu la liberté de négocier une place au sein du gouvernement.

Malgré son affaiblissement, le PSD reste la clé de toute coalition gouvernementale. « Tous les regards sont tournés vers les décisions du PSD », explique Cristian Andrei à Euractiv. « Sans lui, il est pratiquement impossible de former une majorité, même fragile. »

Pour assurer une certaine stabilité, Nicuşor Dan pourrait miser sur une large coalition rassemblant le PSD, le Parti national libéral (PNL), l’Union Sauvez la Roumanie (USR) et l’Union démocrate magyare de Roumanie (UDMR). Cette approche permettrait de partager la responsabilité des décisions économiques et sociales difficiles à venir.

Durant la campagne, Nicuşor Dan avait exprimé son souhait de nommer le président par intérim Ilie Bolojan (PNL) au poste de Premier ministre – une proposition soutenue par l’USR, comme l’a confirmé lundi 19 mai le chef du gouvernement intérimaire, Dominic Fritz.

Une autre option pourrait être un gouvernement minoritaire composé du PNL, de l’USR et de l’UDMR, soutenu ponctuellement par le PSD au parlement. En dernier recours, et si deux propositions de Premier ministre sont rejetées, des élections législatives anticipées pourraient être convoquées, bien que cette hypothèse reste peu probable.

Selon Cristian Andrei, le paysage politique roumain devrait connaître d’autres « remaniements et réalignements », les partis cherchant à obtenir une majorité viable. « Tous les partis sont actuellement faibles, et il y a trop de factions avec des agendas divergents », prévient-il. Une coalition capable de durer trois ans sera donc difficile à former.

Dans ce climat de fragilité, les partis populistes gagnent du terrain. Portés par les cinq millions de voix obtenues par George Simion, leader de l’Alliance pour l’unité des Roumains (AUR) d’extrême droite, ils détiennent désormais 32 % des sièges parlementaires.

Cristian Andrei met en garde contre une tentation grandissante chez certains élus locaux des partis traditionnels de rejoindre ces formations. Si les populistes deviennent la seule voix d’opposition crédible, cela pourrait s’avérer « désastreux » d’ici 2028 selon lui.

Nicuşor Dan, réputé pour sa ténacité, est le premier président de Roumanie élu sans le soutien d’un grand parti traditionnel. Cette indépendance, qui a séduit de nombreux électeurs, pourrait devenir un handicap s’il ne parvient pas à bâtir des alliances solides. Face à la crise économique, à l’instabilité politique et à la montée des populismes, il devra faire preuve de finesse politique pour avancer les réformes, notamment dans le domaine judiciaire.

« Il sera en permanence sous pression : de l’intérieur de l’État, d’une coalition fragile, et des populistes qui l’accuseront de trahir le changement qu’il avait promis », conclut Cristian Andrei.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]