François Bayrou forme son gouvernement, sous le sceau de la continuité
Ce lundi 23 décembre, le quatrième gouvernement français en un an a été annoncé. Largement constitué d’alliés de longue date et d’anciens ministres, il s’ancre dans le cap politique mis en œuvre les sept dernières années par le président Emmanuel Macron.
Ce lundi 23 décembre, le quatrième gouvernement français en un an a été annoncé. Largement constitué d’alliés de longue date et d’anciens ministres, il s’ancre dans le cap politique mis en œuvre les sept dernières années par le président Emmanuel Macron.
La motion de censure qui avait entraîné la chute du gouvernement de Michel Barnier au début du mois devait marquer un changement. Manifestement, le changement attendra.
Lundi était annoncé le quatrième gouvernement de l’année 2024, dirigé par le Premier ministre François Bayrou. Il est composé de figures familières, alliés de longue date du Premier ministre et du président, souvent ex-ministres, et quelques poids lourds du parti Les Républicains (LR).
Les espoirs qu’entretenait François Bayrou d’ouvrir le gouvernement aux sociaux-démocrates n’auront pas abouti. Dans l’état actuel des choses, le gouvernement est largement plus resserré qu’il n’avait pu l’être sous la houlette de Michel Barnier, forcé à la démission après deux petits mois et demi. La question de la survie du gouvernement « Bayrou I » est sur toutes les lèvres.
L’ex-Première ministre Elisabeth Borne (2022-2024) est de retour en grande pompe, numéro 2 du gouvernement, ministre d’État en charge de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche.
Gérald Darmanin, qui fut ministre de l’Intérieur pendant quatre années jusqu’à l’été 2024, devient ministre de la Justice. L’ancien sénateur LR Bruno Retailleau conserve le rôle de ministre de l’Intérieur.
Eric Lombard, directeur général de la Caisse des dépôts et consignations, est nommé ministre de l’Économie et des Finances. À charge pour lui d’élaborer et de faire adopter un budget pour 2025 en évitant une motion de censure. Il sera soutenu dans sa tâche par Amélie de Montchalin, ex-ministre chargé des affaires européennes et représentante permanente de la France auprès de l’OCDE.
De manière beaucoup plus étonnante, l’ancien Premier ministre Manuel Valls (2014-2016) fait son grand retour sur la scène politique française, pour prendre la tête du ministère des Outre-mer. Honni par une large partie de la gauche qui lui reproche son discours très droitier, notamment sur les questions régaliennes, il aura la périlleuse mission de chapeauter la reconstruction de Mayotte après la dévastation causée par le cyclone Chido.
Le maire de Dijon François Rebsamen, ministre sous François Hollande, rallié à la cause d’Emmanuel Macron en 2022, est nommé ministre de l’Aménagement du territoire et de la Décentralisation.
D’autres ministres de taille, tels Sébastien Lecornu (Armées), Rachida Dati (Culture), Catherine Vautrin (Travail, Santé, Solidarité et les Familles), Annie Genevard (Agriculture), Jean-Noël Barrot (Affaires étrangères) et Benjamin Haddad (Europe), gardent leurs postes.
Question de survie
Contrairement aux gouvernements sous le premier quinquennat d’Emmanuel Macron, qui faisaient la part belle aux nouveaux profils hors sérail, le gouvernement « Bayrou I » marque un retour vers les notables de la politique, n’hésitant pas à faire appel aux figures de « l’Ancien Monde ».
Ainsi presque tous les ministres de premier rang charrient derrière eux de longues carrières politiques, et quasiment tous, à l’exception d’Eric Lombard, ont déjà été ministres. Beaucoup sont des soutiens de la première heure d’Emmanuel Macron.
Se pose donc, en lettres capitales, la question de la survie de ce gouvernement, recentré autour des troupes de François Bayrou et Emmanuel Macron à l’Assemblée nationale — qui ont déjà subi de plein fouet la motion de censure du Rassemblement national (RN) et du Nouveau Front populaire (NFP).
Le NFP s’opposera très probablement à tout budget 2025 qui ne suspend pas l’application de la réforme des retraites — demande refusée en l’état par le Premier ministre.
L’extrême droite se retrouve donc, comme avec Michel Barnier, en position de faiseuse de rois : elle a confirmé qu’elle ne censurerait pas le gouvernement tout de go, mais pourrait tout à fait changer d’avis comme elle l’a fait en décembre sur le budget de la sécurité sociale et mêler ses votes à ceux du NFP pour faire tomber l’exécutif.
Premier signe de l’influence que le RN est prêt à exercer sur le nouvel exécutif, il s’est opposé à la nomination de Xavier Bertrand — fervent critique de l’extrême droite — au poste de ministre de la Justice. Le parti a prévenu que sa nomination « serait un très mauvais signal » — assez pour que Xavier Bertrand soit écarté.
« Je refuse de participer à un gouvernement de la France formé avec l’aval de Marine Le Pen », ce qui aurait été « le reniement de mes valeurs », a déclaré le président de la région Hauts-de-France dans un communiqué de presse.
« François Bayrou a réuni la coalition de l’échec. En 2025, plus que jamais, le RN sera là pour défendre et protéger nos compatriotes, en attendant l’alternance », a écrit Jordan Bardella, président du RN, sur X.