À Toulon, Emmanuel Macron va chercher du réconfort avec les Allemands
C’est dans un contexte politique difficile que se tiendra vendredi 29 août le 25e Conseil des ministres franco-allemand, alors que le gouvernement Bayrou devrait tomber le 8 septembre prochain. Mis sous pression en France, Emmanuel Macron compte sur Berlin pour peser au sein de l’UE.
Emmanuel Macron sera sans doute heureux de s’extirper des affres de la politique française pour recevoir ce soir le chancelier Friedrich Merz au fort de Brégançon, la résidence d’été des présidents français. Après avoir soutenu la présidente moldave Maia Sandu à Chișinău la veille, les deux hommes présideront vendredi le 25e Conseil des ministres franco-allemand à Toulon — l’occasion pour l’Élysée de se réjouir une nouvelle fois de la « relance » des relations entre Paris et Berlin.
Emmanuel Macron et Friedrich Merz ont ces derniers mois multiplié les rencontres bilatérales et « du travail de fond a été fait » depuis la formation du gouvernement allemand en mai dernier, confirme Paul Maurice, le Secrétaire général du Comité d’études des relations franco-allemandes (Cerfa). Parmi les points de convergence, le « réarmement économique » de l’Union européenne, le renforcement de la compétitivité du continent, des investissements dans l’IA ou l’espace, ainsi que le soutien de Paris et Berlin à l’Ukraine.
D’autres dossiers sont plus problématiques, comme l’accord entre l’UE et les pays du Mercosur — soutenu par Berlin et toujours rejeté par Paris — et certains projets de défense, comme le système de combat aérien futur (SCAF ou FCAS selon l’acronyme anglais), développé des deux côtés du Rhin en coopération avec l’Espagne.
Les bonnes relations qui unissent actuellement Paris et Berlin doivent cependant permettre « d’anticiper les points de blocage » et de poser sur la table « les lignes rouges », continue Paul Maurice. Ce qui n’a pas empêché le chancelier Merz de déplorer lors d’une conférence de presse mercredi 27 août la « volonté du côté français » de pousser pour que Dassault prenne la tête du projet européen de défense SCAF, soulignant qu’une décision sur l’avenir de celui-ci serait prise à la fin de l’année.
« Sur les questions européennes, les Allemands sont durs en affaire et ce n’est pas parce qu’ils s’entendent bien avec Macron qu’ils vont lui faire des cadeaux », explique l’ancien ambassadeur Michel Duclos, conseiller spécial pour l’Institut Montaigne.
L’ombre de la dissolution
Les groupes de travail réuniront vendredi une vingtaine de ministres des deux pays, et l’entourage du président de la République se félicite de l’annonce de « projets concrets ».
Reste cependant à savoir combien de ces derniers survivront à la chute annoncée du gouvernement Bayrou, lors du vote de confiance du 8 septembre. En mai 2024, la dernière rencontre franco-allemande s’était déjà tenue deux semaines avant la dissolution de l’Assemblée nationale.
Et alors que l’hypothèse de législatives anticipées prend de l’épaisseur à Paris, la composition du prochain gouvernement ne manque pas d’inquiéter à Berlin, « notamment en cas de victoire du Rassemblement national », note encore Paul Maurice.
Du côté allemand, on observe aussi avec inquiétude la situation budgétaire de la France, qui pourrait encore pâtir de l’instabilité politique.
Selon des projections de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), l’incertitude aurait déjà dégradé la croissance de 0,3 point de pourcentage en 2025, pour la faire passer de 1 % à 0,7 %. Alors que le coût d’emprunt de la France a augmenté sur les marchés depuis l’annonce du vote de confiance par Bayrou, certains commencent à craindre que « la France devienne un facteur de déstabilisation pour l’économie européenne », note Thierry Chopin, professeur invité au Collège d’Europe.
Se serrer les coudes
De nouveau sous pression sur la scène nationale, alors qu’une majorité de la population se déclare favorable à une nouvelle dissolution, ce qu’il s’est pour l’heure refusé à envisager, Emmanuel Macron doit plus que jamais compter sur le chancelier allemand pour faire entendre sa voix en Europe.
Les deux hommes n’ont cependant pas semblé être sur la même page quand il a fallu conclure des accords commerciaux avec Donald Trump. Si Friderich Merz n’a pas hésité à saluer les droits de douane de 15 % négociés avec Washington, le président français, partisan d’une approche plus dure, avait regretté que l’UE n’ait pas été « assez crainte ».
Et peu de chance que le chancelier allemand retienne Ursula von der Leyen — elle aussi membre de la CDU — de continuer à pousser pour la ratification de l’accord avec le Mercosur. La présidente de la Commission européenne avait signé le texte le 6 décembre 2024 à Montévidéo, deux jours après la chute du gouvernement de Michel Barnier.
« Ursula von der Leyen nous connaît très bien », prévient Michel Duclos.
Quelques mois plus tôt, cette dernière avait profité de la confusion qui avait suivi les législatives anticipées de l’été pour éjecter de sa liste le commissaire français, Thierry Breton, malgré le soutien que lui apportait le président de la République. Emmanuel Macron est donc prévenu, les coups pourront dans les prochaines semaines venir de tous les côtés.