François Hollande et Angela Merkel tenteront de passer outre leurs différences
Le nouveau président français, François Hollande, s'est rendu à Berlin pour rencontrer la chancelière allemande, Angela Merkel, quelques heures à peine après son investiture hier (15 mai). Les deux dirigeants se sont dits d'accord sur la nécessité de relancer l'économie européenne, mais ils ont également reconnu que leurs concepts de croissance étaient différents.
Le nouveau président français, François Hollande, s'est rendu à Berlin pour rencontrer la chancelière allemande, Angela Merkel, quelques heures à peine après son investiture hier (15 mai). Les deux dirigeants se sont dits d'accord sur la nécessité de relancer l'économie européenne, mais ils ont également reconnu que leurs concepts de croissance étaient différents.
La première visite de M. Hollande à Berlin a mal commencé : la foudre a touché l'avion du président, le forçant de faire demi-tour pour monter à bord d'un appareil plus petit et arriver sans encombres dans la capitale allemande.
Mme Merkel a tiré d'étranges conclusions de cet épisode : « C'est peut-être bon signe », a-t-elle ironisé au début d'une conférence de presse conjointe à Berlin, selon EURACTIV Allemagne.
Les deux dirigeants ont manifestement tenté d'afficher leur unité devant la presse internationale. M. Hollande a décidé de se rendre à Berlin quelques heures à peine après son investiture, par laquelle il est devenu le premier président socialiste en 17 ans en France. Il souhaite prouver la solidité de la relation franco-allemande.
Renégocier le pacte budgétaire
Le président n'a pourtant pas pu s'empêcher de rappeler que Mme Merkel avait refusé de le rencontrer lors de sa campagne électorale et qu'il souhaitait la connaître sur le plan personnel.
Il n'a pas manqué de jeter de l'huile sur le feu en affirmant, à propos du traité européen de discipline budgétaire, qu'il ne revenait pas à Berlin de décider seule de la direction à donner à l’Union européenne.
À Berlin, M. Hollande a assuré qu'il tiendrait sa promesse de renégocier le pacte budgétaire européen et d'y ajouter des clauses de croissance, se plaçant ainsi dans une position de conflit avec la chancelière, qui avait affirmé que le traité ne serait pas renégocié.
« J'ai dit dans la campagne, je le répète encore aujourd'hui, que je voulais renégocier le traité pour intégrer une dimension de croissance », a souligné le président français lors d’une conférence de presse conjointe avec Mme Merkel, dans la capitale allemande.
Lors de sa campagne, le président avait promis d'introduire dans le traité des éléments de croissance, un sujet épineux en Allemagne. Quelques heures avant l'atterrissage de M. Hollande à Berlin, les sociaux-démocrates allemands de l'opposition (SPD), menés par Sigmar Gabriel, Frank-Walter Steinbrück et Peer Steinbrück, ont présenté leur vision pour l'Europe dans un programme intitulé : « Sortir de la crise : prendre en compte la croissance et l'emploi en Europe »
Le message phare des trois sociaux-démocrates est quelque peu surprenant, dans la mesure où il ne remet pas en cause le traité budgétaire de Mme Merkel. « Le pacte budgétaire ne sera pas au coeur de nos négociations », a expliqué M. Gabriel. « Il s'agira plutôt d'ajouter des éléments de croissance à la politique budgétaire », a ajouté M. Steinbrück cité par EURACTIV Allemagne. Ils espèrent que l'élection de M. Hollande les aidera à élaborer un programme commun axé sur la croissance.
Des avis différents
Mme Merkel a tenté de passer outre ces différences en se montrant ouverte à un débat sur la croissance et en affirmant que l'unité franco-allemande serait essentielle pour conclure un accord lors du sommet européen de juin sur la croissance.
« La croissance doit toucher la population. C’est pourquoi je suis disposée à discuter des différentes options pour y parvenir », a déclaré la chancelière.
En réalité, Mme Merkel et M. Hollande ont des avis bien différents sur le sujet. « La croissance est un concept très général », a déclaré la chancelière lors de la conférence de presse d'hier. À l'issue d'une réunion d'une heure avec M. Hollande, elle a admis qu'ils avaient « des perceptions légèrement différentes ».
Rien d'extraordinaire dans le fait que les relations franco-allemandes et l’Union européenne abritent des positions différentes, mais ce n'est pas un secret : Mme Merkel et M. Hollande son affiliés à des partis différents.
De son côté, M. Hollande a joué sur les différences linguistiques : « Même en parlant français, on peut se faire comprendre par une chancelière allemande, et inversement », a-t-il déclaré.
Jean-Marc Ayrault, le nouveau premier ministre français, pourrait être d'une aide précieuse à cet égard. Cet allié de M. Hollande est en effet un ancien professeur d'allemand très au fait de la culture germanique.